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Interviews/1

 

Excellence, nos meilleurs vœux 

POUR VOS 25 ans d'Épiscopat!

 


Interview à S.E. Mgr Adalbert Ndzana, Evêque de Mbalmayo


 

Mgr Adalbert Ndzana est né le 17 juillet 1939 à Zoatoubsi (diocèse d'Obala). Il a été ordonné prêtre à Efok le 15 août 1969, après avoir mené ses études philosophiques et théologiques à Rome, au Collège pontifical de Propaganda Fide. Nommé, en novembre 1984, Évêque Coadjuteur de Mbalmayo, auprès de Mgr Paul Etoga, il a été ordonné Évêque le 20 janvier 1985. Au sein de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun, il préside actuellement la Commission pour l'œcuménisme et le dialogue interreligieux.

Les vingt-cinq ans de son ministère à Mbalmayo ont été marqués par le souci constant à l'égard de l'avenir des familles et de la jeunesse. Une attention spéciale, Mgr Adalbert Ndzana l'a en outre accordée à la formation permanente de ses prêtres. En cette même période, de nombreuses paroisses ont vu le jour, sans oublier les diverses œuvres créées (collèges, dispensaires, hôpitaux) et le sanctuaire "Marie, Reine de la paix", construit sur la haute colline qui domine la ville de Mbalmayo.

 


 

* Excellence, merci de nous avoir accordé un peu de votre précieux temps afin de faire connaitre à nos lecteurs la physionomie de l'Église que vous gouvernez depuis vingt-cinq ans. Quels sont à votre avis les défis les plus importants pour le diocèse de Mbalmayo?

Je voudrais d'abord esquisser la situation géographique. Le diocèse de Mbalmayo s'étire, au sud de Yaoundé, sur une bande de 11.000 Km2 couvrant deux départements : le Nyong-et-Soo et le Nyong-et-Mfoumou. Il compte une population d'environ 450.000 habitants, baptisés pour la plupart et dont près de 65% de catholiques. Nous avons quatre-vingts paroisses et quatre-vingts prêtres dont une quinzaine est hors du diocèse, pour raison d'études ou pour des ministères extraordinaires (la formation dans lesMgr Adalbert Ndzana avec quelques prêtres et diacres de Mbalmayo Grands Séminaires provinciaux et l'enseignement à l'Institut Catholique de Yaoundé).

En ce qui concerne les défis pastoraux, j'en retiendrai trois parmi les plus importants : l'éducation de la foi, l'inculturation et la promotion humaine intégrale.

L'éducation de la foi s'avère être la priorité des priorités. Si nos fidèles ont été catéchisés et baptisés, il leur manque encore cette dimension essentielle qui fait du chrétien un témoin de Jésus-Christ mort et ressuscité. Pour y parvenir, il faut revoir notre catéchèse et la recentrer sur Jésus-Christ. C'est dire que le kérygme, la proclamation de la Bonne Nouvelle doit occuper la place centrale dans cette catéchèse, de manière que la foi en Jésus-Christ soit une rencontre transformatrice de toute la vie du croyant.

Ce que je viens de dire définit clairement ce que j'entends par inculturation. Il n'est pas en effet normal que nos chrétiens assistent massivement aux messes dominicales, mais qu'au moindre problème ils recourent au marabout ou aux autres structures de la tradition pour leur en demander la solution, ou encore qu'ils se mobilisent très activement pour l'organisation des funérailles et qu'ils ne fassent pas autant pour la défense de la vie au moment où elle est menacée par la maladie. Où est Jésus-Christ et sa parole dans le vécu quotidien de ces chrétiens ? En fait chez eux la pratique chrétienne est dictée par la "religiosité" plutôt que par l'adhésion à une personne, Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme. L'inculturation doit favoriser le passage de la "religiosité" à une foi adulte qui marque et imprègne toute la vie du croyant.

"La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant", disait Irénée de Lyon. Or chez nous, l'homme est encore écrasé par le poids des coutumes et des traditions, les croyances ancestrales ; en agriculture, il utilise encore les techniques archaïques relevant presque de l'âge de la pierre taillée ! Et dans tout cela, où est Jésus-Christ, le libérateur de l'homme ? Là encore, il y a rupture totale entre l'Évangile où ruisselle la vie et les situations de léthargie où se complaisent nos populations : on est vraiment loin du souffle vivificateur qui transforme de fond en comble et sous tous les aspects la vie du croyant.

Notre service diocésain d'action socio-caritative voudrait être une réponse à cette situation de détresse humaine générale dans laquelle vivent nos populations.

* "Et veritas liberabit vos!" est votre devise épiscopale. De quelle manière, a-t-il éclairé vos vingt-cinq ans d'épiscopat aux prises avec les multiples situations ecclésiales et surtout dans un milieu culturel où la liberté est souvent perçue avec suspicion et méfiance?

La vérité dont il s'agit ici n'est pas de l'ordre philosophique, mais plutôt de celuiMgr Adalbert Ndzana en dialogue avec les jeunes existentiel et spirituel : c'est Jésus-Christ, chemin, vérité et vie, venu libérer l'humanité entière en l'affranchissant du péché et de la mort conséquente au péché, lui ouvrant grandement les portes de la vie éternelle.

Cette devise dessine donc en soi les grands contours de mon projet pastoral, que j'ai voulu, en toute modestie, proche de celui de Paul de Tarse : prêcher Jésus-Christ crucifié et inviter, à temps et à contretemps, à la conversion que l'Esprit Saint opère continuellement en ceux qui ont accueilli la Parole de Dieu.

Un tel projet marque nettement le primat de la fonction prophétique. Et nous connaissons les risques inhérents à la difficile mission de prophète, des prophètes de l'Ancien Testament à Jésus-Christ lui-même, en passant par les apôtres. Le Maître lui-même nous a d'ailleurs prévenus : "Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous" (Jn 15, 18) et encore : "Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi" (Jn 15, 20). Ce que j'ai donc vécu pendant ces vingt-cinq ans d'incompréhensions et de difficultés me semble participer de cette opposition fondamentale entre l'esprit du monde et l'Esprit du Christ, et cela vaut partout où est proclamé "l'Evangile de Vie". Mais là aussi Jésus nous rassure : "Courage j'ai vaincu le monde" (Jn 16, 33). 

* Nous attendons la publication de l'exhortation apostolique après le deuxième Synode sur l'Église en Afrique; pourriez-vous partager avec nous les préoccupations et les espérances que le diocèse de Mbalmayo nourrit sur les importantes problématiques liées à la réconciliation, à la justice et à la paix?

Oui, nous attendons effectivement la publication de l'exhortation apostolique post synodale, mais nous sommes déjà, depuis plusieurs années, dans la dynamique de ce synode : nous avons en effet depuis une dizaine d'années, demandé que dans toutes nos paroisses, nos quartiers et villages, soient instaurées des commissions "Justice et paix" aux fins de prévenir et de gérer les conflits qui pourraient éclater au sein de ces diverses communautés. À noter qu'ici même à Mbalmayo fonctionne la commission diocésaine "Justice et paix" qui est impliquéeMgr Adalbert Ndzana avec les fidèles d'Obeck dans la gestion des dossiers des prisonniers. Et tout au long des visites pastorales de cette année, j'ai rappelé l'urgence de mettre sur pied, dans les paroisses où ce n'était pas encore fait, les commissions "Justice et paix".

Une attention particulière nous la réservons en plus à l'éducation de la jeunesse à travers la création des clubs "Justice et paix" et l'introduction des cours d'éthique au sein de nos établissements scolaires secondaires pour promouvoir la culture de la paix parmi les jeunes et véhiculer les valeurs essentielles à enrayer certains maux, tels que la corruption, le tribalisme et les autres barrières sociales qui ruinent tout espoir de développement

Enfin l'enseignement catéchétique bien adapté et visant une éducation solide de la foi capable de modeler, non des chrétiens anonymes, mais des témoins intrépides de la foi, pétris d'amour gratuit du prochain, à l'instar du Maître venu "non pour être servi, mais pour servir" (Mt 20, 28). Pour cela la catéchèse des jeunes ne peut pas se limiter à l'apprentissage des réponses du catéchisme, mais se faire existentielle et interpeller au changement de la vie, avec une attention spéciale aux thématiques essentielles telles que la dignité du corps et l'éducation à l'amour.

* Vous nous avez accueillis dans votre diocèse en 1991. En ces presque vingt ans de cheminement commun, quels sont les aspects de la présence de la Communauté Redemptor hominis qui selon vous ont contribué davantage à l'édification de l'Église qui est à Mbalmayo?

Merci de me donner l'opportunité de dire ici combien je suis heureux de la présence dynamique de la Communaté Redemptor hominis à Mbalmayo. Elle contribue en effet d'une manière spécifique et exemplaire à l'approfondissement de la foi dans notre Église. Sans être exhaustif, qu'il me suffise de rappeler qu'elle assume depuis plusieurs années diverses responsabilités telles que l'aumônerie des élèves de la ville; la participation à la commission diocésaine "Justice et paix" où vous apportez l'attention aux personnes les plus marginalisées; la formation des laïcs, avec une insistance sur l'enseignement social de l'Eglise ; enfin la direction de la paroisse "Bienheureuse Anwarite", sise dans le quartier populaireMgr Adalbert Ndzana en visite à la paroisse d'Obeck multiethnique de notre ville que je considère, à plus d'un titre, comme paroisse pilote.

J'apprécie particulièrement, dans cette paroisse, l'instauration dans ses quartiers des Communautés Ecclésiales Vivantes (CEV) qui, comme les communautés de l'Église primitive, veulent construire leur vie de foi autour de la Parole de Dieu, de l'Eucharistie et du témoignage chrétien, notamment en ce qui concerne l'amour fraternel et le partage. Parole de Dieu, Eucharistie, témoignage dans le tissu du vécu quotidien : voilà le schéma classique des CEV que je propose à toutes nos paroisses pour qu'elles aillent toujours plus loin avec Jésus-Christ.

Pour cet apostolat multiforme, je vous exprime ici ma sincère reconnaissance, à vous-même, à votre fondateur, le Père Emilio Grasso, ainsi qu'à tous les membres de la famille Redemptor hominis. Que le Seigneur vous bénisse et vous soutienne dans votre belle option préférentielle pour les pauvres.

*  Encore une fois merci pour votre disponibilité, Excellence, avec nos meilleurs vœux pour vos 25 ans d'épiscopat.


(Propos recueillis par Franco Paladini)



05/11/2010


 

Site de la Communauté missionnaire Redemptor hominis