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SERVANTES DE MESSE

Les femmes et le service à l'autel


C'est devenu un fait ordinaire, dans une grande partie des paroisses des pays de l'Afrique centrale, de voir les nombreuses servantes de messe qui, avec leur homologues masculins, s'occupent soigneusement du service à l'autel.

Il est pourtant bien connu qu'il était sévèrement et formellement interdit à une femme, dans un passé pas trop lointain, de s'occuper du service à l'autel.

Que prévoit aujourd'hui la normative de l'Église à ce sujet? Peut-on parler d'une évolution culturelle qui a conduit l'autorité ecclésiastique à supprimer l'interdiction susmentionnée qui, néanmoins, semble être encore en vigueur en certains autres lieux?

Les dispositions du droit ecclésial

Le can. 230 §2 du code de droit canonique admet que "les laïcs peuvent, en vertu d'une députation temporaire, exercer selon le droit la fonction de lecteur dans les actions liturgiques; de même, tous les laïcs peuvent exercer selon le droit les fonctions de commentateur, de chantre, ou encore d'autres fonctions".  

Le paragraphe cité du canon ne fait aucune distinction entre les hommes et les femmes; il s'agit des charges dans les actions liturgiques ad tempus ou ad actum, c'est-à-dire pour une durée temporaire ou pour des actes déterminés.

En concret, il s'agit d'exercer la fonction de lecteur - qui en tant qu'elle est temporaire peut être accomplie également par des hommes ou par des femmes dûment préparés - tout comme les fonctions de commentateur, de chanteur et bien d'autres encore non spécifiées dans le canon.

Le canon n'utilise pas le mot 'ministères', mais plutôt 'fonctions', pour l'exercice desquelles il n'est pas besoin d'institution canonique formelle.

Il est aussi à remarquer que le canon ne fait pas du tout mention de la possibilité d'accomplir la fonction d'acolyte (qui comprend justement le service à l'autel), même pas comme charge temporaire, comme il le fait, par contre, pour la fonction temporaire du lectorat.

Histoire d'une évolution

En ce qui concerne le problème spécifique du service à l'autel de la part des femmes, si nous considérons l'iter rédactionnel du § 2 du canon 230, nous devons exclure un tel service parmi les fonctions prévues par celui-ci. En effet, il résulte clairement des débats que l'intention de la Commission qui travaillait au nouveau code était de prévoir explicitement une telle exclusion. Cette vision se basait sur le motu proprio de Paul VI, Ministeria quaedam et sur le droit liturgique en vigueur[1].

Les consulteurs de la Commission avertirent, cependant, que l'exclusion paraissait dépassée, vu que l'autorité ecclésiastique, par l'Instruction Immensae caritatis du 29 février 1973, avait déjà ouvert aux femmes la possibilité de distribuer la communion, de faire les lectures à l' église, et de lire les intentions dans la prière universelle. Ils décidèrent néanmoins qu'il valait mieux ne rien dire à cet égard dans le code.

L'exclusion des femmes du service de l'autel a été ensuite, de plus en plus, objet de débat et de désapprobation, en particulier lors de l'assemblée synodale de 1987. Les Évêques remarquèrent qu'il n'y avait pas de sens à exclure les femmes du service de l'autel quand, de fait, on leur permettait d'être ministres extraordinaires de la communion;  "il est aujourd'hui difficile de défendre l'interdiction à une femme de porter les ampoules, pendant qu'elle peut porter le ciboire"[2].

L'ouverture aux femmes des différents ministères laïcs et du service à l'autel est perçue comme une exigence implicite du principe d'égalité entre les hommes et les femmes, même si quelques auteurs considéraient l'exclusion de la femme du service à l'autel en perspective à une continuité avec une tradition pluri-centenaire dans l'Église.

Une interprétation "subversive"

Au regard de ce qui nous avons dit ci-avant, l'interprétation authentique du can. 230 §2 de la part du Conseil Pontifical pour l'interprétation des textes législatifs, confirmée par le Saint-Père le 11 juillet 1992 et promulguée en 1994, a représenté une vraie innovation. En effet, à la question de savoir si parmi les fonctions liturgiques prévues dans le §2 du can. 230 l'on devait aussi y comprendre le service à l'autel, la Commission répond par un "oui". Cette réponse affirmative devait être comprise, selon le même Conseil, à la lumière des indications qui devaient être publiées par la suite.

Avec la promulgation de cette interprétation authentique, en effet, à la demande du Saint-Père, la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements adressera le 15 mars 1994 aux Présidents des Conférences Épiscopales une Lettre circulaire qui communiquait le contenu de la réponse de la Commission et y ajoutait quelques mises au point sur l'application dudit paragraphe du canon 230.

La Lettre donne aux Évêques quelques orientations, en affirmant que le can. 230 §2 a un caractère permissif et non de précepte; il appartient donc à chaque Évêque dans son propre diocèse de donner un jugement prudentiel sur son application. On rappelle, en outre, qu'il sera toujours opportun de suivre la noble tradition du service à l'autel de la part des garçons, tradition qui a permis le développement des vocations sacerdotales. Enfin, on affirme que, là où l'Évêque permet le service à l'autel de la part des femmes, cela devrait être bien expliqué aux fidèles, afin qu'on tienne compte du fait que ces services liturgiques sont à considérer comme des fonctions temporaires, selon le jugement de l'Évêque, sans aucun droit absolu à les exercer de la part des fidèles laïcs, qu'ils soient hommes ou femmes[3].

Il paraît évident que la réponse du Conseil Pontifical pour l'interprétation des textes législatifs, plus qu'interpréter le contenu du § 2 du can. 230, opère une vraie innovation, en incluant une fonction pour les femmes qui n'était pas prévue selon les intentions de la Commission qui avait travaillé à la rédaction du code.

Une telle inclusion suppose évidemment que le fondement sacramentel du service à l'autel se trouve dans le baptême et la confirmation et qu'il n'est pas à considérer comme une fonction supplémentaire du clergé.

Cette considération n'empêche pas que l'exercice du service à l'autel puisse être réservé, par l'autorité ecclésiastique, aux hommes, comme il l'était dans le passé, si cela est suggéré par des raisons pastorales.

L'interprétation authentique du can. 230 §2 ne remet pas en question la réserve des ministères institués de l'acolytat et du lectorat aux hommes. Sous l'aspect liturgique et juridique, la distinction entre servir à l'autel et être acolyte demeure. Mais cette distinction, qui se réduit en dernière analyse seulement dans la stabilité ou non du service, fait apparaître l'exclusion des femmes des ministères institués du lectorat et de l'acolytat encore plus problématique[4].

Silvia Recchi


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[1] "Selon les règles traditionnelles de l'Église, il n'est pas permis aux femmes (jeunes filles, femmes mariées, religieuses) de servir le prêtre à l'autel dans les églises, les maisons, les communautés, les collèges et les institutions féminines", Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Instruction Liturgicae Instaurationes, 5 septembre 1970, n. 7. L'interdiction est réaffirmée par l'Instruction Inestimabile donum du 3 avril 1980.

[2] P. Jounel, Les ministères non ordonnés dans l'Eglise, in "La Maison Dieu" 149 (1982) 105.

[3] Cf. Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Lettre circulaire Credo doveroso, 15 mars 1994.

[4] Pour approfondir le sujet cf. S. Recchi, I ministeri dell'accolitato e del lettorato riservati agli uomini. Il ruolo della donna nei ministeri laicali, in I laici nella ministerialità della Chiesa (sous la direction de l'Associazione canonistica italiana), Quaderni della Mendola 8, Éd. Glossa, Milano 2000, 293-312.


  
16/11/2010
 

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