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Vie consacrée en Afrique/11
 

 

 


VIE CONSACRÉE : URGENCES ET DIFFICULTES/1

La réflexion des Supérieurs Majeurs au Cameroun



 

Pour nos lecteurs, nous proposons en plusieurs parties successives des extraits d'un article d'un intérêt majeur pour la vie consacrée en Afrique, article paru dans la revue Vies consacrées.

 

 

 


Les Conférences des Supérieurs Majeurs du Cameroun
[1], dans ces dernières dix années, ont réfléchi sur nombre des défis auxquels la vie consacrée est confrontée, dans ses urgences et difficultés plus importantes.

La réflexion a abouti à des orientations communes portant sur le discernement des vocations et sur l'admission des nouveaux candidats, sur la fidélité à l'identité charismatique des familles religieuses, sur les relations des instituts avec les Églises locales, sur leur apport à la réconciliation, à la justice et à la paix dans le continent, ainsi que sur les problèmes liés à la séparation des membres de leur institut.

Nous voulons considérer les enjeux les plus significatifs de ce travail de réflexion.

Les vocations religieuses et leur discernement

C'est au sein d'une assemblée extraordinaire des Supérieurs Majeurs convoquée en décembre 2009 qu'on a traité expressément des critères de discernement des vocations. Cette assemblée était la première assemblée extraordinaire organisée hors des assemblées ordinaires annuelles, souhaitée explicitement par l'Evêque délégué pour la vie consacrée par la Conférence épiscopale nationale du Cameroun.

Le Synode célébré en octobre 2009, avait spécialement souligné, face à l'instabilité des vocations religieuses dans les jeunes Eglises d'Afrique, la nécessité d'un discernement plus attentif, car au nombre important des admissions dans les instituts correspondent malheureusement  des nombreuses défections, signifiant une fragilité vocationnelle qui n'est pas toujours "détectée" par les formateurs.

Un questionnaire ad hoc, élaboré par le Comité permanent des Conférences des Supérieurs Majeurs, aMgr Samuel Kleda, Délégué pour la vie consacrée été proposé aux instituts pour une réflexion commune sur le problème. Les critères d'admission signalés par ces derniers ont été les critères "classiques", qui prennent en compte notamment les aptitudes humaines (santé physique et mentale, équilibre psychologique), la formation chrétienne (catéchèse, sacrements, engagement dans les mouvements), le désir de suivre le Christ dans la vie consacrée ainsi que l'aptitude à vivre la vie propre à l'institut. Pour ce qui a trait au niveau culturel réclamé des candidats, la plupart des familles religieuses ont affirmé exiger le baccalauréat et seulement une petite minorité a déclaré accepter des candidats avec un niveau scolaire plus bas[2].

Les étapes prévues pour la formation suivent également le cheminement traditionnel. Le candidat passe progressivement par une période de pré-noviciat[3] qui vise la consolidation de sa formation humaine et spirituelle et qui l'introduit aux exigences essentielles de la vie consacrée. Le noviciat a été reconnu par tous comme une période capitale d'initiation à la vie consacrée dans l'institut, permettant au candidat de se confirmer dans la vocation spécifique de la famille religieuse par une expérience concrète de cette vie.

La réflexion des Supérieurs Majeurs a mis en exergue l'utilité pour les instituts d'harmoniser entre eux certaines de leurs pratiques d'admission et surtout, d'échanger des informations au bénéfice de tous, cela à cause d'une grande mobilité des vocations qui transmigrent très facilement d'un institut à l'autre. La réflexion sur ce dernier point a conduit à solliciter une plus grande prudence des responsables et une information plus adéquate sur le candidat, à rechercher auprès de sa famille, de sa paroisse ou de l'ancienne congrégation qui l'a accueilli. L'importance d'une aide psychologique a été également évoquée pour les cas les plus difficiles.

S'agissant d'une formation intellectuelle systématique des candidats, les Supérieurs Majeurs ont fortement recommandé les structures inter-congrégationelles mises en place au Cameroun, qui disposent d'un personnel plus qualifié et qui permettent des échanges et une collaboration fructueuse entre les formateurs.

Au delà des étapes de formation prévues par les instituts et des procédures suivies par ceux-ci, la difficulté la plus significative relative à l'admission et à la formation des candidats, qui ressort de la réflexion des Supérieurs Majeurs, se situe plutôt au niveau des motivations qui poussent les jeunes à entrer dans un institut de vie consacrée. Ces motivations sont souvent fragiles, voire ambigües, et si elles ne sont pas affrontées au début de la formation, elles conduisent plus tard à des difficultés graves au sein des communautés religieuses.

Un discernement plus approprié

C'est justement par rapport à ces motivations que le discernement de la part des formateurs et des supérieurs devrait s'effectuer avec des critères plus adaptés aux milieux. Parfois, la pastorale vocationnelle des instituts semble être plus soucieuse à montrer aux candidats les avantages de la vie religieuse qu'à leur expliquer ses exigences, ce qui fait facilement percevoir cette vie comme une promotion sociale et empêche les jeunes de percevoir le sérieux du choix vocationnel. La tentation implicite est celle d'agir comme si les vocations étaient un produit des différentes politiques ou méthodes pastorales des instituts plutôt que d'être suscitées par Dieu. Dans ces conditions, le danger est, nous semble-t-il, de céder au chantage du nombre des vocations qui risquent, en fin de compte, d'être "achetées" plutôt que d'être accueillies comme un don de Dieu.

L'expérience des instituts a porté à souligner la nécessité d'une formation plus solide des candidats, au niveau humain, culturel, spirituel, adaptée aux réalités africaines. Le processus traditionnel de la formation, avec toutes les étapes prévues, qui peut facilement satisfaire aux exigences des candidats provenant des pays d'ancienne chrétienté, ne suffit pas toujours pour la formation des candidats provenant des milieux où souvent leurs familles naturelles sont païennes ou d'évangélisation récente.

Une formation accomplie ou gérée avec légèreté est cause de départs, souvent forcés[4]. Dans la majorité des cas, il s'agit des personnes non admises au renouvellement de leur profession, à cause des difficultés à vivre les engagements aux vœux, de leur inaptitude à la vie communautaire, d'une immaturité humaine et affective, des problèmes éthiques (vol, mensonges, tricheries), de l'esprit d'indépendance et d'incapacité à se soumettre aux exigences de la vie consacrée. Par contre, rares sont les cas de départs volontaires dus à une insatisfaction de la vie dans l'institut ou à la découverte d'une autre vocation.

Pour les cas de renvoi, les Supérieurs Majeurs ont sollicité un plus grand respect des procédures prévues par le droit de l'Église, en ayant recours à l'aide des canonistes. A cet égard, la création d'un comité d'experts a été prévue. L'assemblée a discuté sur l'assistance à ceux qui se séparent de l'institut par un accompagnement moral et psychologique en vue de la réinsertion sociale de ces membres et par des aides financières.

 

Silvia Recchi

(À suivre)


________________________

* Voir S. Recchi, La vie consacrée et ses défis en Afrique : réflexions au sein des Conférences des Supérieurs Majeurs du Cameroun, in Vies consacrées 82 (2011-1) 43-56.

[1] Les Conférences des Supérieurs Majeurs du Cameroun comprennent l'Union des Supérieures Majeures et Déléguées du Cameroun qui réunit les Supérieures majeures des instituts de vie consacrée féminins (USMDC), la Conférence des Supérieurs Majeurs du Cameroun (CSMC) qui réunit les Supérieurs majeurs des Instituts masculins et la Conference English Speaking Religious (CESR) qui comprend les Supérieur(e)s Majeur(e)s des Instituts anglophones. Nous parlerons des Conférences des Supérieurs Majeurs tout court.
[2] Au Cameroun le CAP ou le BEPC.
[3] Par le postulat ou propédeutique et souvent par un pré-postulat ou aspiranat.
[4] Ce sont les instituts masculins qui au Cameroun enregistrent le plus grand nombre de sorties.

11/03/2011

 

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