Italiano Español Nederlands Français
Home arrow Droit canonique et cultures arrow Droit canonique et cultures/4. L’offrande des fidèles pour la célébration des messes
Version imprimable Suggérer par mail



 



L'OFFRANDE DES FIDÈLES

POUR LA CÉLÉBRATION DES MESSES


Une ancienne tradition dans l'Église veut que les fidèles donnent des offrandes pour la célébration de messes selon leurs intentions. Il s'agit d'une pratique en vigueur depuis la fin du VIIIe siècle ; initialement, les fidèles offraient des dons en nature, remplacés plus tard par des sommes d'argent.

L'Église a toujours approuvé et encouragé une telle pratique, mais elle l'a surveillée en même temps, afin d'éviter tout abus et de rejeter toute doctrine erronée qui pouvait se manifester à cet égard.

Le Code de Droit Canonique rappelle cet usage, selon lequel chaque prêtre célébrant (ou concélébrant) une messe peut recevoir une offrande afin qu'il applique celle-ci à une intention déterminée (cf. can. 945 §1). Le terme "appliquer" signifie que le ministre célébrant exprime l'intention que le fruit de la célébration eucharistique soit destiné à une personne, vivante ou défunte[1].

Par leurs offrandes, les fidèles contribuent ainsi au bien de l'Église, ils collaborent au soutien de ses ministres (cf. can. 946) et de ses activités apostoliques. Dans certaines régions du monde, nous pensons spécialement aux pays d'Afrique, de telles offrandes représentent parfois la seule source de subsistance du clergé.

Une réglementation rigoureuse

Le Code, après avoir affirmé la légitimité des offrandes pour l'application de la célébration eucharistique à une intention déterminée, établit des règles à cet égard ; cela dans le but d'éviter la moindre apparence de commerce en vue de réaliser des gains illicites, pratique qui serait sévèrement punie (cf. can. 1385).

Des messes distinctes doivent être célébrées aux intentions de chacun de ceux pour lesquels une offrande, même modeste, a été donnée et acceptée (cf. can 948)[2]. L'acte de cette acceptation inclue l'engagement à accomplir ce que le donateur a demandé, même si l'offrande viendrait ensuite à disparaître, sans aucune faute du ministre.

Si une somme d'argent est offerte pour la célébration de messes, sans que leur nombre soit spécifié, celui-ci sera déterminé par le taux en vigueur dans le lieu où le donateur réside, à moins que son intention ne soit censée être une autre, par exemple qu'il voulait faire un geste de bienveillance envers le prêtre ou la paroisse.

Le ministre qui célèbre plusieurs messes le même jour, peut appliquer chacune de celles-ci à l'intention pour laquelle une offrande a été donnée ; cependant, à l'exception du jour de Noël où il peut garder pour lui-même les offrandes relatives à trois intentions, il ne peut garder que l'offrande d'une seule messe (cf. can. 951 §1)[3], destinant le reste aux buts établis par l'Ordinaire[4].

Les Évêques et les curés sont obligés de célébrer, le jour du dimanche, la messe pro populo, c'est-à-dire pour leurs fidèles, messe pour laquelle aucune offrande n'est prévue. Si, toutefois, le même jour, ils célèbrent (ou concélèbrent) une deuxième messe, ils peuvent garder l'offrande relative à l'intention à laquelle cette messe a été appliquée.

Chaque ministre acceptera les offrandes des messes à appliquer par lui-même pour un nombre qu'il peut acquitter dans l'année, et cela afin que les fidèles n'attendent pas trop longtemps avant que leurs intentions soient satisfaites.

Il revient normalement à la Conférence épiscopale provinciale (ou au Concile provincial dont la célébration est toutefois très rare) de fixer le montant de l'offrande pour la messe. Le prêtre peut accepter un montant plus élevé, si celui-ci lui est offert spontanément.

En l'absence de dispositions de l'autorité compétente, le Code permet de suivre la coutume du lieu.

Les messes avec des intentions "collectives"

Le grand nombre d'intentions des fidèles par rapport à la pénurie de prêtres dans les circonstances actuelles et leur désir de participer à la messe à laquelle ils ont demandé d'appliquer leur intention, ont conduit l'autorité ecclésiastique à prévoir de nouvelles procédures, plus appropriées.

C'est la raison des dispositions prises par la Congrégation pour le Clergé[5], qui intègrent et modifient les règles actuelles du Code, en permettant la célébration de messes cumulant plusieurs intentions, dans le respect de certaines conditions.

Si les fidèles qui ont donné des offrandes pour des intentions de messes, préalablement avertis, consentent que leurs intentions soient cumulées avec d'autres, on peut s'acquitter par une messe unique, célébrée selon des intentions "collectives".

Le même célébrant est autorisé à suivre cette pratique deux fois par semaine ; il a le droit de garder l'offrande d'une seule messe, tandis que le reste doit être versé pour les fins prévues par l'Ordinaire.

Il y a, ensuite, des messes, appelées "grégoriennes", parce qu'instituées par le Pape Grégoire le Grand ; elles consistent dans la célébration d'une messe quotidienne pour les défunts au cours d'une période continue de trente jours[6].

Une catéchèse pour les fidèles

Une catéchèse appropriée développée pour les fidèles doit permettre de comprendre la signification théologique de l'offrande donnée au prêtre pour la célébration du sacrifice eucharistique. Les fidèles ne paient pas un service, moins encore peuvent-ils acheter la messe. Ils donnent quelque chose de ce qu'ils ont, en signifiant ainsi l'offrande d'eux-mêmes et leur union avec le sacrifice eucharistique célébré dans la communauté chrétienne.

Ainsi les fidèles sont éduqués au partage des biens, conscients que par leurs offrandes, ils contribuent à la subsistance des ministres sacrés et à la réalisation des activités apostoliques de l'Église[7].

Silvia Recchi

 


____________________

[1] Cf. B. F. Pighin, Diritto sacramentale, Marcianum Press, Venezia 2006, 243.
[2] Il faut mentionner aussi les offrandes pour les messes dites "fondées", qui proviennent des fondations pieuses, créées notamment avec la charge de donner leurs revenues annuelles pour faire célébrer des messes.
[3] Le célébrant qui célèbre une deuxième ou une troisième messe le même jour peut garder, toutefois, une certaine rétribution à titre extrinsèque, notamment pour son déplacement, etc.
[4] Par le terme "Ordinaire", on entend l'Ordinaire du lieu, si le célébrant est le curé ou le vicaire paroissial, mais aussi l'Ordinaire religieux pour les célébrants qui sont membres des instituts religieux ou des sociétés de vie apostoliques cléricaux de droit pontifical.
[5] Congrégation pour le Clergé, Décret Mos iugiter, 22 février 1991.
[6] La Déclaration Tricentenario Gregoriano de la Congrégation du Concile, du 24 février 1967, a pourtant rendu plus souple cette application, en permettant l'interruption des trente jours en présence des raisons particulières telles que la célébration d'un mariage, des obsèques ou à cause d'une maladie, avec l'obligation de compléter dans les meilleurs délais la célébration des trente messes. Celles-ci pourraient être célébrées, par ailleurs, aussi par plusieurs célébrants et dans des lieux différents, pourvu que le principe de la célébration pendant les trente jours soit respecté.
[7] Cf. Congrégation pour le Clergé, Décret Mos iugiter..., art. 7.

18/03/2011

 

Site de la Communauté missionnaire Redemptor hominis