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Vie consacrée en Afrique/12

 


 

VIE CONSACRÉE : URGENCES ET DIFFICULTES/2

La réflexion des Supérieurs Majeurs au Cameroun



 

Pour nos lecteurs, nous proposons en plusieurs parties successives des extraits d'un article d'un intérêt majeur pour la vie consacrée en Afrique, article paru dans la revue Vies consacrées.

 


 

Fidélité aux vœux et problèmes culturels

Au cours des dix dernières années, la fidélité aux vœux religieux face aux défis des cultures africaines, a été l'objet d'une réflexion approfondie des Supérieurs Majeurs. L'engagement à la pauvreté consacrée à retenu plus d'attention, lors des assemblées plénières, vu les nombreuses difficultés qui souvent à cet égard déchirent les communautés[1].

Les vocations religieuses qui proviennent des jeunes Églises d'Afrique et qui vivent dans des aires sociales pauvres ne perçoivent pas facilement la signification du vœu de pauvreté, car il y a une grande distance entre leur niveau actuel de vie dans les instituts et le contexte humain et social de leur famille d'origine.

Pour ces candidats, la vie religieuse est souvent synonyme de promotion sociale, qui donne une garantie suffisante de sécurité et de bien-être. Dès le début de sa formation, le jeune fait l'expérience d'un niveau de vie supérieure à celui qu'il menait au sein de sa famille de sang et le vœu de pauvreté marque paradoxalement le passage à un niveau de vie plus aisé. Cette contradiction rend difficile la compréhension de l'engagement à vivre la pauvreté consacrée.

Le problème a été traité par le Supérieurs Majeurs sous plusieurs aspects, théoriques et pratiques y compris sous l'angle des relations de l'institut avec les familles d'origine des membres autochtones.

Le constat qui ressort montre surtout une mauvaise compréhension des exigences de la vie consacrée de la part des familles des membres autochtones. Celles-ci ne comprennent pas facilement la "pauvreté religieuse", attendant des instituts des aides substantielles en échange du membre "donné" à la famille religieuse. À vrai dire, le problème ne vient pas des revendications des familles, mais plutôt des membres eux-mêmes qui favorisent ces attentes ou qui ne sont pas toujours déterminés à contester les requêtes de leurs familles.

Ces situations sont à l'origine de malaises et de conflits au sein des communautés religieuses, qui deviennent déchirants là où font défaut le sens d'appartenance à la nouvelle "famille", le sens du bien commun, de responsabilité, du service, l'importance de rendre compte des biens reçus et de leur utilisation. Une fois de plus, on est confronté avec le problème de la compréhension de la vocation religieuse et de ses exigences.

Il s'agit également de comprendre que la pauvreté consacrée n'est pas l'acceptation de la pauvreté sociologique que le peuple en Afrique subit sans l'avoir choisie. La pauvreté évangélique est toujours un acte de foi et de liberté, elle n'augmente pas en mesure du manque des biens, mais en mesure du don de soi, de la foi et du partage.

La pauvreté consacrée n'est pas une attitude de fatalisme qui fait accepter la misère comme un mal inévitable, au contraire, elle exige de lutter contre toute forme de sous-développement qui humilie le peuple et les personnes. Le vœu de pauvreté transforme les religieux en artisans de progrès et de développement, en leur demandant de développer leurs potentialités et talents, pour "s'enrichir", au sens plein du mot, et pouvoir ainsi mettre leurs richesses au service des pauvres.

Dans le débat concernant la pauvreté religieuse, les Supérieurs Majeurs ont considéré un dernier aspect, celui de l'autonomie financière et de l'autofinancement des communautés religieuses en Afrique. Cette problématique interpelle urgemment les instituts œuvrant dans ce continent tout comme les Églises particulières, au niveau des communautés locales, diocésaines, paroissiales.

Les instituts religieux ressentent la nécessité de réfléchir attentivement sur leur dépendance économique par rapport aux communautés d'Occident, car cette dépendance ne favorise pas le sens de responsabilité des membres. Sans contester les valeurs de communion à établir entre les communautés d'un même institut, il y a la nécessité de favoriser une vision plus responsable qui fait compter d'abord sur les forces locales et sur l'apport de tout membre à la subsistance de son institut, avant de faire recours à la solidarité des frères et des sœurs. Cela implique une formation des membres à l'usage responsable des biens et de l'argent, une administration et une gestion transparentes et compétentes et finalement une appréciation du travail manuel qui n'est pas toujours évident parmi les jeunes candidats autochtones.

La mission de la vie consacrée au sein des Eglises locales

Dans les dix dernières années, une attention spéciale à été réservée par les Supérieurs Majeurs, à la mission propre de la vie consacrée au sein des Églises locales du Cameroun.

Deux assemblées plénières, en mars 2006 et en mars 2007, ont été consacrées aux relations avec les Églises locales et leur Pasteurs.

L'assemblée du 2006 avait été précédée par un travail de réflexion et d'échanges, par institut ou par groupes d'instituts, à l'aide d'un questionnaire qui concentrait le débat autour de quelques points fondamentaux, notamment: la mission de la vie religieuse aujourd'hui dans les Églises locales d'Afrique, les relations avec les Pasteurs, les difficultés majeures rencontrées dans le travail apostolique, la collaboration inter-instituts pour un meilleur service ecclésial, les structures à mettre en place pour une collaboration fructueuse[2].

La réflexion, en évoquant le document Mutuae relationes, est descendue concrètement sur le "terrain", pour une évaluation des difficultés et des progrès dans cette collaboration ecclésiale.

Les instituts abattent un travail énorme et souvent difficile dans les écoles, les dispensaires, les paroisses, dans les lieux de formation, dans l'accompagnement des jeunes, des femmes, dans l'assistance aux pauvres. Ils sont conscients de l'importance de leur engagement pour l'inculturation de l'évangile, pour la libération des fidèles des pratiques et des traditions qui s'opposent aux valeurs évangéliques.

L'équivoque dans les relations avec les Églises locales surgit quand ces activités précieuses se transforment en un activisme qui empêche l'expression du charisme propre aux familles religieuses concernées. Alors, l'insertion des religieux dans les Églises particulières ne s'opère pas en regard de leur identité respective, mais plutôt au niveau d'une suppléance des services et des fonctions dans la vie pastorale, à cause des forces limitées ou peu qualifiées des diocèses.

Le débat au sein des assemblés des Supérieurs Majeurs a souligné d'abord la nécessité de sauvegarder l'identité des instituts et leur rôle propre au sein des Églises d'Afrique, qui ont besoin des religieux comme témoins de communion et de fraternité, de vérité et de solidarité, davantage que comme promoteurs de nombreux services sociaux importants et d'activités multiples en faveur du développement des milieux africains.

Les relations avec les Pasteurs

Les textes du magistère de l'Église recommandent instamment aux religieux d'œuvrer en pleine communion avec l'évêque du lieu, en particulier dans le domaine de l'évangélisation, de la catéchèse, de la vie des paroisses[3].

Par ailleurs, les évêques sont appelés à avoir une attention spéciale pour la vocation et la mission des religieux et à les valoriser dans la pastorale d'ensemble[4]. Le respect, le dialogue fécond dans les relations réciproques engage chacun au service de l'unique Église du Christ.

 S'agissant des relations avec les Pasteurs, il y a une certaine convergence dans l'expérience des instituts. Ils ont fait remarquer une insuffisance de connaissance de la nature de la vie consacrée et de la richesse des projets charismatiques de la part de la hiérarchie locale. Aux Pasteurs, on reproche parfois un manque d'attention et de souci pour les communautés religieuses, une certaine indifférence à l'égard des problèmes des instituts, même s'ils montrent une appréciation indéniable du travail exercé.

Les réactions les plus vives, toutefois, ont concerné  les questions d'ordre économique. A cet égard, les instituts se sentent traités comme des réservoirs financiers ; les Pasteurs sont accusés de s'approprier illégitimement de leurs biens. Par ailleurs, la contribution financière des diocèses pour le travail accompli par les religieux(ses) à leur service est rare, les Pasteurs étant habitués à les utiliser dans les activités pastorales sans trop se soucier de leurs problèmes de subsistance. En général, un manque d'accords clairs caractérise la gestion économique des œuvres diocésaines confiées aux religieux, ce qui demeure une source de tensions réciproques.

Silvia Recchi

(À suivre)



________________________

* Voir S. Recchi, La vie consacrée et ses défis en Afrique : réflexions au sein des Conférences des Supérieurs Majeurs du Cameroun, in Vies consacrées 82 (2011-1) 43-56.
[1] Ce thème a été développé dans les assemblées du 2004 et de 2005.
[2]
La réflexion sur ce dernier point, commencée dans l'assemblée de 2006, a été reportée à l'assemblée plénière de l'année suivante, en 2007, dans le but de faire mieux ressortir des propositions concrètes pour une collaboration avec les Églises diocésaines.
[3]
Cf. Vita consecrata, 49.
[4]
Cf. Repartir du Christ, 32.

23/03/11

 

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