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Vie consacrée en Afrique/13


 

VIE CONSACRÉE : URGENCES ET DIFFICULTES/3

La réflexion des Supérieurs Majeurs au Cameroun

 



 

Pour nos lecteurs, nous proposons en plusieurs parties successives des extraits d'un article d'un intérêt majeur pour la vie consacrée en Afrique, article paru dans la revue Vies consacrées.

 


 

Structures de dialogue et de collaboration

L'exhortation Vita consecrata avait proposé des structures de dialogue entre les Pasteurs et les instituts, pour une féconde collaboration entre Eglises particulières et vie consacrée. Ces structures étaient représentées par des personnes déléguées par les Conférences des Supérieurs Majeurs à assister aux assemblées des Conférences des évêques et, inversement, par des délégués des Conférences épiscopales qui assistent aux assemblées des Conférences des Supérieurs Majeurs. Était également prévue la constitution de commissions mixtes d'évêques et de supérieurs qui examinent les questions d'intérêt commun[1].

La réalisation de ces structures de dialogue est assurément très importante pour aider les évêques à mieux saisir l'identité charismatique de la vie consacrée, et les supérieurs à partager davantage les soucis des Pasteurs.

Au Cameroun, depuis 2008, la Conférence épiscopale nationale a délégué officiellement un évêque pour suivre de près la vie consacrée dans le pays et elle invite les présidents de l'Union des Supérieurs Majeurs aux assemblées ordinaire de la Conférence épiscopale nationale.

L'assemblée plénière de mars 2007 a traité explicitement des structures concrètes pour une meilleure collaboration et une plus grande entente avec les Pasteurs. L'assemblée a exhorté les supérieurs à signer des Conventions avec les évêques, pour mieux préciser les engagements réciproques et prévenir les abus et donc des tensions relationnelles. La moitié des instituts qui sont présents au Cameroun ont déclaré avoir signé une Convention ou des contrats avec les diocèses, mais dans la plupart des cas, ces Conventions demandent d'être mises à jour, très souvent elles ne sont pas appliquées, surtout pour ce qui est de la prise en charge financière, des indemnités ou des salaires qui devraient être payés par les diocèses. La question financière se révèle comme la pierre d'achoppement dans la plupart des Conventions signées.

Le Code de droit canonique stipule qu'il appartient aux évêques diocésains des territoires de mission de faire en sorte que les relations mutuelles entre diocèses et instituts religieux soient réglées par des Conventions avec les Modérateurs de ces instituts qui opèrent dans leur territoire, et ceci pour le bien de la mission[2]. Une telle recommandation devient une obligation dans le cas des paroisses confiées aux instituts religieux ou aux sociétés de vie apostolique, et dans le cas d'œuvres diocésaines confiées aux instituts religieux.

Aujourd'hui, beaucoup d'instituts au Cameroun, selon les directives de cette assemblée, se sont engagés dans la rédaction des Conventions qui règlent leurs relations avec les Églises locales. Quelques diocèses au Cameroun sont plus structurés que d'autres pour des échanges réciproques fructueux. Les difficultés majeures, avant d'être d'ordre pratique, naissent souvent d'une mauvaise compréhension de la nature des instituts de vie consacrée et de leurs projets. Comprendre mieux leur dimension charismatique aiderait à dégager un discours plus cohérent et plus respectueux de leur vie et de leurs activités et à reconnaître que l'édification de l'Eglise locale passe par la fidélité à leur identité, et non par une activité indifférenciée[3].

La force du témoignage

En préparation du deuxième Synode sur l'Eglise en Afrique, les Supérieurs Majeurs ont consacré leur assemblée plénière à approfondir le rôle des membres des instituts de vie consacrée dans les domaines de la réconciliation, de la justice et de la paix. Les instituts ont été invités à développer une réflexion pour enrichir le débat synodal, autour des grands thèmes de la paix, de la justice et de la réconciliation et sur leur contribution spécifique dans ces domaines[4].

Des milieux troublés par des luttes tribales, par des tensions ethniques et des mentalités où le sens de l'appartenance régionale l'emporte sur toute forme de fraternité et de solidarité, ont spécialement besoin d'une culture de la communion et de la fraternité, véhiculée d'une façon particulière par la vie religieuse.

Beaucoup d'instituts ont souligné le fait que l'internationalité de leurs communautés oblige les membres à se confronter avec la différence culturelle, ce qui demande une attitude d'accueil, d'acceptation des autres, de respect pour l'identité de chacun et encore de développer le dialogue fraternel de manière que les diversités soient saisies comme une opportunité et une richesse réciproque, car c'est le Christ qui appelle tous les membres, avec leurs cultures et leurs origines différentes.

Les Supérieurs Majeurs ont invité à ne pas sous-estimer l'importance de créer au sein des instituts des structures qui favorisent un esprit de communion, telles que des soirées culturelles, des rencontres en vue de la correction fraternelle, des journées de demande de pardon communautaire, des moments de révision de vie ou de fête, des célébrations liturgiques de pardon et réconciliation.

On a beaucoup insisté sur le mot "témoignage" : l'importance de donner un témoignage de vie en communauté, de témoigner le Christ par la cohérence de sa vie dans une communauté où on fait l'expérience du partage, de l'espérance, de la charité, du service et de l'écoute.

Aussi bien, faut-il rendre ce témoignage par un engagement concret à lutter contre les injustices, à dénoncer les abus, à être présents parmi le démunis et les personnes qui souffrent et dans les démarches de réconciliation.

Être des agents de réconciliation, de justice et de paix fait partie de la vocation propre des personnes consacrées, appelées à promouvoir la réconciliation dans l'Eglise, à intercéder pour la paix, à rayonner cette paix dans leurs milieux par la prière, la vie et le travail. C'est le prophétisme de la vie consacrée qui atteste qu'il est possible de vivre dans un monde réconcilié, à commencer par les communautés religieuses.

Les Supérieurs Majeurs ont exhorté aussi à des prises de positions publiques contre les abus, les injustices et tout ce qui s'oppose, dans l'Eglise, à la réconciliation et à la paix. Il est nécessaire de soumettre à la critique évangélique certaines traditions et cultures africaines telles que les rites souvent cruels du veuvage, la dot, les funérailles, les chefferies...pour les purifier et pour libérer les consciences de la peur, du découragement, du sens du fatalisme.

En intervenant dans le récent Synode de l'Eglise en Afrique, le Secrétaire Général de la Confédération des Supérieurs Majeurs de l'Afrique et du Madagascar (COSMAM) a mis l'accent sur le fait que les personnes consacrées sont invitées à vivre au sein même des instituts la paix et la réconciliation. Cela est possible dans l'engagement à entretenir à l'intérieur des communautés des relations positives entre ethnies différentes, entre nationalités différentes, en développant une culture d'alternance dans les postes d'autorité et par le détachement des rôles de pouvoir, et encore par une mission accomplie avec amour, par un emploi des biens avec transparence et sans fins personnels[5].

C'est dans le même sens qu'est allée l'intervention du Supérieur Général des Pères Scheutistes. Le message de réconciliation, de paix, de justice et d'unité doit d'abord être vécu à l'intérieur des communautés, parce que la crise qui est dehors vit aussi "ad intra". La réconciliation ne se fait pas par de beaux discours, elle est par contre une option fondamentale de vie qui demande une conversion quotidienne des communautés religieuses. Il ne serait pas possible de guérir au dehors les blessures dans les relations entre les hommes sans pratiquer le pardon, la recherche de la vérité et la préoccupation pour la justice au sein des communautés religieuses elles-mêmes[6].

Conclusion

Au mois de février 2009, le Cardinal Franc Rodé, alors Préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, s'est rendu au Cameroun. C'était la première visite officielle d'un Préfet de cette Congrégation en terre africaine.

Ce voyage a donné de l'éclat à la première assemblée générale de la COSMAM, la Confédération des Conférences des Supérieurs Majeurs de l'Afrique et Madagascar qui venait de naître et qui s'est réunie à Yaoundé à cette même date, un événement d'importance particulière pour la vie consacrée dans le continent.

À cette même occasion, à Yaoundé, le Cardinal a célébré la journée de la vie consacrée, en mettant en lumière, avec réalisme, ses défis, ses espoirs, ses perspectives et ses fragilités dans le continent africain.

Le Card. Rodé a ainsi expliqué la raison de son voyage: "Simplement la conscience de mon devoir de Préfet responsable de la vie consacrée dans le monde entier. Nous nous rendons souvent dans les différents pays d'Europe, nous sommes périodiquement présents en Amérique du Nord et en Amérique du Sud. L'Afrique a été laissée un peu de côté. Je pense qu'on ne peut pas justifier le fait de laisser en marge cette part si importante de l'Église que représente la vie religieuse en Afrique. Le nombre des vocations et la qualité du travail accompli par les religieux et les religieuses en Afrique méritent sûrement une attention spéciale, un soin affectueux de la part de l'Église. C'est cette conscience qui m'a poussé à venir à Yaoundé pour rencontrer les responsables de la vie consacrée en Afrique ; et il s'agit effectivement du premier déplacement africain d'un Préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée".

Cette déclaration montre plus que beaucoup de discours les enjeux de la vie consacrée en Afrique en général et au Cameroun en particulier. Une vie qui connaît beaucoup de problèmes, mais qui montre également une grande vitalité au service de l'Eglise du continent, comme la réflexion des Supérieurs Majeurs du Cameroun dans leurs assemblées en a donné témoignage.

Silvia Recchi

 

________________________

* Voir S. Recchi, La vie consacrée et ses défis en Afrique : réflexions au sein des Conférences des Supérieurs Majeurs du Cameroun, in Vies consacrées 82 (2011-1) 43-56.

[1] Cf. Vita consecrata, 50.
[2]
Can. 790 §1, 2°.
[3]
Cf. Mutuae relationes, 11.
[4]
Cf. S. Recchi, Réconciliation et rôle des religieux et religieuses. Les réponses au Questionnaire, in Passion pour le Christ, passion pour l'humanité, Assemblée générale des Supérieurs Majeurs du Cameroun, Yaoundé 4-7 mars 2008, 28-35.
[5]
Cf. L'intervention du P. Emmanuel Typamm, Secrétaire général de la COSMAM, 6a Congrégation générale, 8 octobre 2009.
[6]
Cf. L'intervention du P. Eduard Tsimba, CICM, 8a Congrégation générale, 9 octobre 2009.

02/04/2011

 

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