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SE RÉJOUIR DU DON DE DIEU

Le charisme de la vie consacrée

 


Le terme "charisme" désigne, dans son sens général, une grâce divine (charis), une faveur ou un don que Dieu accorde aux fidèles en vue d'une vie meilleure.

 L'élément charismatique, tout comme les ministères et les fonctions hiérarchiques, appartient à l'essence même de l'Église, vivifiée en permanence par les dons de l'Esprit. La vie de l'Église, en effet, s'exprime dans la richesse et la diversité des dons divins accordés pour la construction de la communauté chrétienne[1].

C'est cette composante charismatique de l'Église qui caractérise la vie consacrée ; elle provient de l'action libre et imprévisible de l'Esprit, et elle émerge sans cesse dans l'histoire, toujours sous des formes nouvelles.

La Constitution Lumen gentium a suggéré cette vision, en affirmant que la vie consacrée, même si elle ne concerne pas la structure hiérarchique de l'Église, est un don divin spécial, un signe du mystère chrétien qui œuvre dans l'Église et qui appartient inséparablement à sa vie et à sa sainteté[2].

Accueil du don

La nature charismatique de la vie consacrée est confirmée chaque fois que, dans l'Église, naît un nouvel institut. Par le don fait aux Fondateurs, que nous approfondirons par la suite, l'Esprit révèle de nouvelles manières de suivre le Christ dans la pratique des conseils évangéliques, et de manifester ainsi la richesse inépuisable de son mystère.

La notion de charisme, appliquée à la vie consacrée, nous permet de mieux comprendre la nature des communautés religieuses. Ce qui réunit leurs membres, qui leur donne une raison d'être et une place spécifique dans l'Église, ce n'est pas un projet humain, aussi profitable et louable soit-il, mais un appel divin qui les invite à partager une vocation commune, en vue d'un projet évangélique à réaliser. Un institut n'est jamais une association privée, simplement constituée et maintenue par la volonté libre des membres en vue d'intérêts particuliers.

La communauté religieuse prend vie dans ce don original et singulier ; elle est l'expression d'une "faveur" accordée à toute l'Église qui, de cette manière, peut puiser plus profondément au mystère du Christ. Elle naît par "convocation charismatique" ; c'est un événement qui s'insère dans un horizon de foi et qui demande une adhésion à la mission même du Seigneur.

De cette vision découlent des conséquences importantes pour les communautés et leur apostolat dans l'Église. Le don divin qui les a fait naître doit inspirer et déterminer la vie des membres et leur organisation en groupe fraternel[3]. Il marquera leur esprit, leurs structures et leur action ecclésiale, comme un code génétique.

Pleins de reconnaissance et de gratitude

La vie consacrée n'est pas donc une création de l'Église, mais cette dernière la reçoit de son Seigneur. Ce ne sont pas les Évêques ni les Papes (ni non plus les membres) qui suscitent des familles religieuses.

Le ministère hiérarchique a le devoir d'accueillir le don, de le discerner, de le reconnaître, de l'approuver, de prévoir une discipline pour le protéger et de le cultiver selon son identité originale. Chaque nouvelle forme de vie consacrée est une interprétation des conseils évangéliques, soumise au jugement des Pasteurs.

Souligner la dimension charismatique des communautés de vie consacrée aide à développer un discours plus cohérent sur cette vie, et à comprendre que l'édification de l'Église locale passe par le respect de sa nature, et non par une activité indifférenciée exercée parfois pour remplir les nombreux "trous" dans la pastorale diocésaine.

Ceci signifie aussi que la fécondité apostolique des communautés et de leurs membres dépend toujours de la fidélité vécue par rapport au don et qu'on ne peut pas juger l'engagement des personnes consacrées à partir des besoins, du travail effectué ou des programmes à développer.

Il faut également dire que la valeur de l'activité apostolique d'un membre pourra être éventuellement différente de celle d'un autre de la même communauté. En effet, on n'est jamais simplement "interchangeable", parce qu'il ne s'agit pas d'assurer une fonction ou un travail, mais d'exprimer  justement une présence charismatique qui dépend de la fidélité à la vocation.

Le charisme de la vie consacrée doit être accueilli avec gratitude par qui en est bénéficiaire, par l'autorité ecclésiastique et par tout le peuple de Dieu. La réponse à tel don de Dieu, qui n'est pas toujours immédiatement compris et est parfois même empêché, est une attitude de gratitude et de joie.

Une joie non superficielle, mais qui jaillit, pour les personnes consacrées, de la reconnaissance d'être associées à la mission de salut du Seigneur. La réponse vivante au don de la vie consacrée n'est pas celle de visages tristes, accablés par le poids de nombreux problèmes et angoisses, mais de personnes reconnaissantes et jubilantes.

A la racine du terme "charisme", en effet, il y a un verbe grec qui signifie précisément "exulter, se réjouir". C'est le même verbe qui fut utilisé par l'archange Gabriel pour saluer la Vierge Marie, à l'annonciation ("Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi", Lc 1, 28).

Silvia Recchi

 

 



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[1] Le Concile Vatican II a suscité un processus de réévaluation des charismes et de valorisation de la dimension charismatique de l'Église, en recomposant une vision ecclésiale qui avait souvent vu opposer rigidement une Église-charismatique à une Église-hiérarchique-institutionnelle. K. Rahner est le théologien qui a exercé le plus d'influence sur la théologie des charismes dans la vision ecclésiale, cf. A. Romano, Carisma, in E. Ancilli (sous la direction de) Dizionario Enciclopedico di Spiritualità, I, Città Nuova, Roma 1992, 422-425.

[2] Cf. Lumen gentium, 44 ; cf. Perfectae caritatis, 1. Les documents successifs du Magistère confirmeront ultérieurement et développeront une telle vision.

[3] Cf. la perspective de F. Viens, Charismes et vie consacrée, Université Pontificale Grégorienne, Rome 1983.

09/06/2011

 

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