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Droit canonique et cultures/6  




L'EUCHARISTIE POUR LES MALADES CŒLIAQUES

 



 La maladie cœliaque consiste dans l'intolérance au gluten et aux protéines apparentées contenues dans certaines céréales (blé, seigle, orge, épeautre, avoine). On trouve le gluten dans de nombreux aliments (pain, biscuits, pâtes...) et les personnes atteintes doivent s'abstenir de les consommer. Chez ces personnes, l'ingestion de gluten entraîne, en effet, une réaction immunitaire anormale dans l'intestin grêle, qui crée des inflammations et endommage la paroi intestinale.

Depuis quelques décennies, la maladie cœliaque s'impose à l'attention publique, du fait que le nombre des personnes atteintes est en constante augmentation ; selon les experts, en outre, beaucoup de gens ignorent être affectées par cette maladie qui peut se développer à n'importe quel moment de la vie.

Le problème

Les malades cœliaques ne peuvent pas recevoir la sainte communion sous l'espèce du pain, justement à cause de leur intolérance à la farine de blé, contenant le gluten qu'ils sont tenus d'éviter.

 Dans les années '70, les Évêques irlandais posaient déjà le problème de ces personnes dont le nombre n'était pas insignifiant. La même difficulté se posait dans d'autres Pays et concernait plusieurs Conférences épiscopales de l'Europe centrale.

Pour les personnes affectées par ladite maladie, le marché produisait des farines spéciales, sans gluten. La question s'est alors posée de savoir si l'on pouvait confectionner des hosties appropriées pour la consécration eucharistique avec ces farines.

L'Église a approfondi le problème ; ces farines contenaient du soja, pour obtenir la panification qui est l'effet du gluten.

Or, selon les dispositions constantes de l'Église, le pain destiné à la célébration eucharistique doit être de pur froment[1]. Des hosties préparées avec un produit sans gluten étant d'une validité douteuse, leur usage était interdit.

Les dispositions de l'Église

La Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 29 octobre 1982, publiait les premières réponses aux problèmes et aux doutes que les Évêques avaient manifestés[2]. Le Dicastère affirmait que l'Ordinaire du lieu pouvait permettre aux fidèles affectés par la maladie de communier sous la seule espèce du vin ; par contre, les hosties sans gluten ne pouvaient pas être consacrées.

 Quelques années plus tard, la Congrégation revenait sur le problème. Si le prêtre était affecté par la maladie cœliaque, la seule communion sous l'espèce du vin n'était pas une solution convenable.

La solution semblait pouvoir se trouver dans la confection d'hosties en utilisant la farine de blé, mais avec une quantité de gluten infime, telle qu'elle pouvait être supportée par les malades, sans y ajouter d'autres produits qui pouvaient corrompre la nature du pain.

La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a autorisé donc l'usage de ces hosties pour les ministres et ensuite pour les fidèles malades.

En 1995, le même Dicastère publiait sur le sujet une Lettre Circulaire adressée aux Présidents des Conférences épiscopales pour clarifier le problème dans tous ses aspects doctrinaux et disciplinaires[3].

Pour ce qui est de la validité de la matière eucharistique, la Lettre affirmait que des hosties spéciales, sans gluten, sont une matière invalide; si elles contiennent, en revanche, une quantité de gluten minime, mais suffisante pour obtenir la panification, sont une matière valide.

La Lettre ne détermine pas le pourcentage de gluten nécessaire pour consacrer validement les hosties, pourvu que la panification soit possible, sans y ajouter des matières étrangères, étant entendu que le procédé utilisé pour leur confection ne soit pas à même de dénaturer la substance du pain.

De telles hosties peuvent être accordées aux prêtres et aux laïcs cœliaques par les Ordinaires, sur présentation d'un certificat médical[4].

Exclusion du presbytérat des personnes cœliaques

Une clarification ultérieure apportée par la Lettre susmentionnée concerne les candidats au sacerdoce qui seraient affectés par la maladie.

celiaccom.jpgPour être promus aux Ordres, le droit canonique exige des qualités physiques et psychiques en rapport avec l'Ordre qu'on va recevoir (cf. can. 1029). Étant donné le caractère central de la célébration eucharistique dans la vie sacerdotale, les candidats atteints par la maladie cœliaque ne peuvent pas être admis aux Ordres sacrés.

La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a ainsi clarifié les principes doctrinaux fondamentaux sur la matière eucharistique par rapport aux malades cœliaques. La présence sacramentelle du Christ sous chaque espèce consacrée est réaffirmée ; la communion sous la seule espèce du vin, plus indiquée pour les malades cœliaques, permet de recevoir le fruit de la grâce eucharistique.

La compétence disciplinaire sur le sujet est laissée à la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements à laquelle les Conférences épiscopales devront adresser, tous les deux ans, une relation sur l'application des dites normes par rapport auxquelles elles sont tenues à exercer une surveillance particulière.

 


Silvia Recchi

 

 

____________________

[1] Cf. can. 924 §2 ; Catéchisme de l'Église catholique, 1412 ; Présentation Générale du Missel Romain, n. 320.
[2] Cf. AAS 74 (1982) 1298-1299.
[3] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre Questo dicastero, 19 juin 1995 ; en français : www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_19950619_pane-senza-glutine_fr.html.
[4]
Sur les deux interventions de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi cf. A. Miralles, Il pane e il vino per l'eucaristia : sulla recente Lettera della Congregazione per la Dottrina della fede, in "Notizie" 352 (novembre 1995-11) 616-626 ; G. Terraneo, La santa comunione per i fedeli affetti da celiachia, in "Quaderni di diritto ecclesiale" 12 (1999) 123-128.

23/07/2011 

 

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