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Droit canonique et cultures/10
 


 


LA POLYGAMIE/2


Discipline de l'Église et pratique pastorale



Après avoir examiné la réalité sociale et juridique de la polygamie, nous voulons considérer la discipline de l'Église et sa pratique pastorale par rapport aux polygames. Pour ce faire, il nous faut distinguer essentiellement deux situations : d'une part, le cas du polygame non baptisé qui, à la suite d'un chemin de conversion, veut recevoir le baptême, ou de l'une de ses femmes qui demande d'être baptisée, et d'autre part, le cas d'un catholique qui demande le sacrement de mariage, après qu'il a conclu un mariage civil sous régime polygamique.

Le polygame païen qui demande le baptême

Il n'est pas rare qu'une femme mariée civilement à un homme qui a plusieurs épouses demande le baptême.

 L'Église permet uniquement à la première femme d'un polygame non baptisé, après le temps de catéchuménat, de recevoir le baptême et de rester comme épouse du polygame.

En effet, cette première femme est considérée comme la seule épouse légitime du polygame. Le mariage du polygame non baptisé avec sa première femme non baptisée est reconnu comme un mariage naturel valide, malgré l'état polygamique de l'homme et cela permet l'accès au sacrement de baptême de la première épouse.

Par contre, ce discours ne s'applique pas aux autres femmes du polygame qui ne sont pas habilitées à recevoir le baptême, car elles vivent dans une situation irrégulière, vu que seule la première femme est considérée comme la conjointe du polygame.

Dans le cas où c'est le polygame qui se convertit et demande le baptême, il peut le recevoir, s'il rejette l'état polygamique. Selon le Code de droit canonique de 1917, il était tenu de garder la première femme comme épouse; toutefois, selon le Code actuel, il peut choisir n'importe quelle femme parmi ses épouses, s'il lui est difficile de rester avec la première (can. 1148). Par la loi canonique, son premier mariage naturel est dissous ; le polygame baptisé doit conclure le mariage avec la femme qu'il a choisie, selon la forme canonique, en exprimant un nouveau consentement matrimonial lors de la célébration du sacrement.

Le mariage civil des catholiques avec option polygamique

Les fidèles catholiques sont supposés connaître les exigences du mariage catholique.

Mais, comme nous l'avons dit dans une première partie, la réalité est bien plus complexe dans les pays d'Afrique, comme le Cameroun où la polygamie est régie par la loi civile.

En effet, il y a des fidèles catholiques qui sont civilement mariés sous régime polygamique, même s'ils n'ont jamais vécu en polygames et n'envisagent pas de prendre d'autres épouses[1]. Souvent, leur choix est fait pour se prémunir d'une éventuelle stérilité de l'épouse et, si ce dernier cas survenait, le mari pourrait alors prendre une autre épouse et perpétuer ainsi la lignée.

 Un couple catholique peut demander, à un certain moment, le sacrement de mariage, alors qu'il a déjà conclu un mariage civil sous régime polygamique. Le sacrement de mariage serait-il possible dans ce cas?

Au Cameroun, la Conférence Épiscopale Nationale interdit en principe que des titulaires de tels actes civils de mariage puissent contracter un mariage sacramentel[2]. La polygamie s'oppose à l'unité et donc à la fidélité que les époux sont tenus de se promettre mutuellement, selon la vision chrétienne. On doit donc refuser l'accès au mariage canonique à ceux qui vivent en situation de polygamie, en vertu du can. 1056 qui définit l'unité comme une propriété essentielle du sacrement de mariage.

La mention "régime polygamique" dans l'acte d'état civil de mariage fait présumer le refus des parties, ou au moins d'une d'entre elles, de l'unité et de la fidélité conjugales, d'où la non admission au mariage sacramentel.

Si le couple demande le mariage sacramentel, l'Église exige d'abord de changer officiellement l'acte d'état civil de mariage contracté sous régime polygamique en acte de mariage sous régime monogamique. C'est la preuve officielle de leur effective intention monogamique.

La procédure à entreprendre

Au Cameroun, l'article 22 du Code civil établit que la rectification et la reconstitution des actes d'état civil ne peuvent être faites que par le jugement du tribunal. De fait, cette procédure est longue et assez onéreuse et n'aboutit pas toujours rapidement.

Un couple, après avoir recouru sans succès à la procédure civile de rectification de leur acte civil aux fins de la conformer aux prescriptions de l'Église, peut se présenter  devant l'autorité ecclésiastique avec la volonté d'accéder au sacrement de mariage.

Au cas où changer l'option polygamique à l'état civil est très difficile, il s'agit de prouver que l'intention polygamique que l'acte de mariage civil fait présumer, en réalité n'existe pas ou n'existe plus, et que les deux conjoints n'ont pas la volonté d'exclure la fidélité et l'unité de leur lien matrimonial.

Le couple doit se présenter devant le curé et devant deux témoins et signer devant ceux-ci un document proposé par l'Évêque, pour révoquer l'intention polygamique et déclarer explicitement l'intention monogamique. La pratique ecclésiale exige deux ou trois personnes connaissant le couple, afin d'apporter des témoignages qui confirment leur volonté monogamique. Sera aussi examinée la façon dont le mariage civil a été vécu, pour avoir la certitude morale que la volonté des futurs époux est de contracter un mariage monogamique.

Au Cameroun, puisqu'il est clairement recommandé par la Conférence Épiscopale de ne pas admettre au mariage sacramentel ceux qui ont un acte de mariage civil portant la mention de régime polygamique, il faut nécessairement demander une dispense de cette normative particulière, si l'on n'a pas réussi à changer la mention civile. La demande sera adressée à l'Évêque expliquant les motifs qui ont conduit à la mention de régime polygamique sur l'acte civil de mariage.

Le curé est appelé, après des échanges avec le couple, à produire une recommandation visant à motiver l'Évêque dans la décision à prendre.

Le plus important est de vérifier que ceux qui demandent à se marier dans l'Église savent à quoi ils s'engagent et sont disposés à accueillir les propriétés essentielles du mariage sacramentel, notamment son unité et son indissolubilité.

 

 

Silvia Recchi




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[1] On y inclut également ceux qui, sans opter pour la polygamie, n'ont pas explicitement mentionné "régime monogamique" dans l'acte de mariage civil, la polygamie étant au Cameroun le régime de droit commun. Dans les deux cas, ces personnes vivent une union monogamique de fait.

[2] Cf. Conférence Episcopale Nationale du Cameroun, Guide pastoral pour le mariage catholique, Presses de l'UCAC, Yaoundé 2000.

10/11/2011 

 

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