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Droit canonique et cultures/11 




LES MARIAGES MIXTES

 



 Le monde actuel a vu augmenter considérablement le nombre de mariages mixtes, en raison du développement des communications, des migrations de masses, de l'augmentation des réfugiés très nombreux qui viennent des pays non catholiques en direction des pays traditionnellement catholiques.

Selon le droit de l'Église, le mariage "mixte" est un mariage contracté entre deux personnes baptisées, dont une a été baptisée dans l'Église catholique, ou y a été accueillie, tandis que l'autre appartient à une Église ou à une communauté ecclésiale dont on reconnaît la validité du baptême, mais qui n'a pas une pleine communion avec l'Église catholique. C'est le cas par exemple des Églises orthodoxes et protestantes[1].

Un problème pastoral délicat

Les mariages mixtes constituent un problème délicat et complexe à cause des multiples aspects théologiques, juridiques et pastoraux ; l'Église y a toujours consacré une attention et un soin pastoral particuliers. Outre d'éventuelles difficultés d'une pleine communion dans la vie conjugale, l'Église y aperçoit en effet un danger pour la foi de la partie catholique et un danger aussi pour l'éducation catholique des enfants nés de tels mariages.

 Le fait qu'un des conjoints soit un baptisé non catholique ne représente pas en soi un empêchement au sens canonique du terme. Les "empêchements dirimants" sont un obstacle pour les fidèles qui ne peuvent contracter un mariage valide dans l'Église catholique. C'est le cas de situations personnelles particulières comme des mariages entre consanguins, ou des mariages avec des personnes déjà liées par un mariage sacramentel ou encore d'une personne qui a fait profession de vœux perpétuels dans un institut religieux, etc. Toutefois, pour les raisons précitées, on requiert, pour la célébration d'un mariage mixte, une autorisation préalable de l'autorité ecclésiastique.

L'Ordinaire du lieu qui voit, suite à un discernement prudent de sa part, une cause juste et raisonnable pour la célébration du mariage, peut accorder son autorisation, en exigeant quelques mesures de prudence que le Code lui-même établit (cf. can. 1125). L'omission de cette autorisation entraînerait une illicéité de la célébration, c'est-à-dire un manque grave de conformité aux règles de l'Église, mais ne rendrait pas le mariage invalide.

Les conditions demandées par le Code pour autoriser les mariages mixtes exigent que la partie catholique promette d'être prête à écarter tout danger d'abandon de sa foi et de tout faire pour que les enfants soient baptisés et éduqués dans la foi catholique. De ces promesses, la partie non catholique doit être informée.

Pour une certaine uniformité de critères dans la formulation des déclarations du conjoint catholique, le droit canonique confie à la Conférence Épiscopale la tâche d'en établir les modalités concrètes.

La tâche du curé

La fonction pastorale du curé est très importante. Pendant l'instruction matrimoniale, il doit demander à la partie non catholique, outre son certificat de baptême, une déclaration écrite, témoin à l'appui, montrant qu'elle n'a contracté aucun mariage avant.

 Cette procédure n'est pas une expression de méfiance vis-à-vis de la partie non catholique, mais un moyen pour protéger la sacralité et la validité du mariage. Le curé doit aussi s'occuper des publications canoniques usuelles dans la paroisse du fidèle catholique.

Le fidèle catholique doit souscrire devant le curé la déclaration d'être prêt à éloigner les dangers d'abandon de la foi et promettre de tout mettre en œuvre pour que ses enfants soient baptisés et éduqués dans l'Église catholique. Le curé doit attester que le conjoint non catholique est informé et est conscient de ces promesses.

Tous les deux contractants doivent être instruits sur les propriétés du mariage chrétien, notamment l'unité (monogamie), la fidélité et l'indissolubilité, et sur ses fins institutionnelles, comme par exemple l'éducation des enfants nés du mariage ; propriétés et fins qui ne doivent pas être exclues dans leur consentement matrimonial.

Jointes à la demande de permission d'un mariage mixte, les déclarations des parties sont présentées à l'Ordinaire du lieu.

Pour la célébration d'un tel mariage, l'Église demande que ses ministres accordent un soin particulier à l'accompagnement des conjoints ; ceux-ci doivent être préparés à affronter les difficultés qui peuvent surgir dans la vie conjugale entre des personnes qui ne sont pas liées par une même foi.

La forme de la célébration

S'agissant de la "forme" que le droit de l'Église établit pour la célébration des mariages mixtes, elle doit respecter, en général, les normes relatives à la forme canonique prévue pour tous les mariages où au moins un des conjoints confesse la foi catholique (cf. can. 1108).

La "forme canonique" du mariage n'est pas à confondre avec la "cérémonie liturgique" ; cette dernière constitue le rite liturgique approprié au sacrement, inséré le plus souvent dans une célébration eucharistique. Par contre, la forme canonique se borne à prescrire aux conjoints d'exprimer leur consentement matrimonial devant un assistant, notamment un ministre ou un représentant de l'Église  catholique, en présence de deux témoins.

Pareille forme canonique est pourtant susceptible d'exceptions dans les mariages mixtes. Par exemple, les mariages où l'une des parties appartient à l'Église orthodoxe, dont les principes théologiques et disciplinaires sont proches de ceux de l'Église catholique, doivent être célébrés devant un ministre sacré, catholique ou orthodoxe (cf. can. 1127 §1).

Pour toutes situations où il y aurait des difficultés graves à observer la forme canonique, le Code prévoit que l'Ordinaire du lieu du fidèle catholique donne une dispense de son obligation.

Dans ce cas, on exige seulement qu'il y ait "une certaine forme publique" (can. 1127 §2), de manière à éviter des célébrations clandestines. La forme civile du mariage, par exemple, pourrait suffire, pourvu qu'elle se déroule selon les lois civiles, qui prévoient le consentement matrimonial explicite des futurs conjoints ; le mariage ne doit pas être simplement une union "de fait", comme le sont les mariages coutumiers en Afrique.

Pour éviter toute confusion chez les contractants et chez les fidèles qui participent à la célébration du mariage, le droit de l'Église défend la "double" célébration religieuse. Elle interdit qu'avant ou après la célébration selon la forme canonique, il y ait une autre cérémonie religieuse du mariage, dans laquelle les deux conjoints expriment une fois de plus leur consentement matrimonial (cf. can. 1127 §3).

L'Église interdit également la célébration "œcuménique", c'est-à-dire l'intervention simultanée d'un ministre catholique et d'un ministre non catholique, qui demandent à tour de rôle le consentement matrimonial des parties.

Par contre, il n'est pas défendu qu'à la célébration du rite catholique participe le ministre non catholique, comme témoin ou intervenant avec des lectures bibliques ou des prières. Le même principe vaut pour le ministre catholique présent au rite non catholique du mariage.

Il revient toujours à la Conférence Épiscopale de dicter les normes et les procédures concrètes pour l'obtention de la dispense de la forme canonique dans les mariages mixtes que les Ordinaires du lieu sont tenus de respecter.

Les mariages mixtes, devenus très fréquents aujourd'hui, exigent une préparation minutieuse des deux contractants ; les curés doivent assurer celle-ci, pour garantir le respect de la sacralité du mariage et le sérieux, chez le fidèle catholique, des engagements assumés pour protéger sa foi et pour l'assurer, dans la mesure du possible, chez les enfants nés du mariage.

Silvia Recchi




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[1] Les mariages mixtes sont des mariages interconfessionnels, à distinguer des mariages de disparité de culte, c'est-à-dire interreligieux, qui unissent une partie catholique et une personne non baptisée. Cette dernière situation représente un "empêchement" canonique et exige, pour la célébration du mariage, une dispense dudit empêchement par l'autorité ecclésiastique.


01/03/2012

 

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