Italiano Español Nederlands Français
Home arrow Droit canonique et cultures arrow Droit canonique et cultures/12. L’abstinence et le jeûne. La pénitence dans l’Église




Version imprimable Suggérer par mail


 




L'ABSTINENCE ET LE JEÛNE


La pénitence dans l'Église




Le temps de Carême est par excellence un temps de pénitence. Dans nos milieux africains, nous assistons pendant ce temps à une multiplication de pèlerinages où les fidèles se rendent, marchant à pied des jours durant, vers des lieux de culte.

 En effet, la pénitence authentique ne peut pas faire abstraction d'une ascèse aussi physique, la foi chrétienne concernant non seulement l'esprit de l'homme, mais aussi son corps.

Ainsi, la pénitence a une valeur de mortification, de purification et de supplication que l'Église recommande à ses fidèles. La tradition ecclésiale, fondée sur les Saintes Écritures, la présente particulièrement sous la forme du jeûne et de l'abstinence de la viande, mais elle montre plus exactement dans la triade, prière-jeûne-œuvres de charité, les modes par excellence pour obtempérer au précepte divin de la pénitence. 

Le jeûne, ainsi que la prière et l'aumône, exprime devant Dieu des attitudes d'humilité, d'espérance chrétienne et d'amour du prochain. L'ascèse avec les œuvres de charité et la prière est un signe concret de conversion du cœur.

Une vision approfondie

 Par la Constitution apostolique Pænitemini du 17 février 1966, Paul VI a réorganisé entièrement la discipline pénitentielle de l'Église.

Cette Constitution exhorte les fidèles, avec une optique approfondie sur le sujet, à faire en sorte que la vertu de la pénitence soit exercée tout d'abord dans la fidélité persévérante aux devoirs de son propre état, dans l'accomplissement responsable des tâches qui reviennent à chacun, selon sa vocation et son travail.

La Constitution Pænitemini approfondit également des aspects mis en lumière par le Concile à ce sujet. D'abord l'aspect plus social de la pénitence, qui a toujours un lien étroit avec la communauté humaine. En outre, la nécessité de chercher des expressions nouvelles, en plus de l'abstinence et du jeûne, qui soient plus aptes à réaliser, selon les exigences des lieux et des temps, la finalité de la pénitence, notamment la conversion et le renouvellement intérieurement et social.

Le Code de droit canonique accueille cette même optique. Il établit que tous les fidèles sont tenus par la loi divine de faire pénitence, chacun à sa façon (cf. can. 1249). Il confirme la prescription du jeûne et de l'abstinence de la viande parmi les formes de pénitence plus communes et les rend obligatoires certains jours. Toutefois, l'obligation générale de faire pénitence ne se concrétise plus seulement dans les jours d'abstinence et de jeûne, comme le prescrivait l'ancien Code, mais également dans d'autres formes suggérées par des circonstances individuelles et communautaires.

Les prescriptions du droit

Dans l'Église universelle, sont considérés jours de pénitence tous les vendredis de l'année et le temps de  Carême (cf. can. 1250), le jour du vendredi évoquant la mort du Seigneur et le Carême étant un temps spécifiquement pénitentiel.

L'abstinence de la viande (ou d'une autre nourriture, selon les dispositions de la Conférence épiscopale) doit donc être observée chaque vendredi de l'année, à moins qu'il ne tombe l'un des jours marqués comme solennité. L'abstinence et le jeûne sont à observer le Mercredi des Cendres et le Vendredi saint (cf. can. 1251).

À l'obligation morale et canonique de l'abstinence sont tenus ceux qui ont 14 ans accomplis; à celle du jeûne, par contre, tous ceux qui sont âgés de 18 à 59 ans.

L'Évêque diocésain peut dispenser ses fidèles des jours de pénitence, chaque fois qu'il le retient opportun pour leur bien spirituel. Également, le curé a la faculté d'en dispenser, pour une juste cause et en accord avec les dispositions diocésaines.

Des expressions conformes aux temps

La Constitution Pænitemini avait souligné la nécessité de chercher, en plus de l'abstinence et du jeûne, des expressions nouvelles de pénitence, plus conformes  aux différentes exigences, selon qu'il s'agit des milieux où il y a un plus grand bien être économique ou des lieux caractérisés par la précarité de vie.

En ce temps-ci, l'abstinence de la viande a perdu de signification, pour des raisons économiques, diététique et culturelles. Le Code laisse donc aux Conférences épiscopales de préciser davantage les modalités d'observance du jeûne et de l'abstinence, ainsi que d'autres formes de pénitence, comme par les œuvres de charité et les pratiques de piété, qui peuvent tenir lieu d'abstinence et de jeûne.

À cet égard, les Conférences épiscopales sont invitées à établir des normes pastorales opportunes et efficaces.

 Il n'est donc pas étonnant que certains diocèses aient, ces dernières années, invités les fidèles à des formes de pénitence plus "inculturées". C'est le cas, par exemple, du diocèse de Modena (suivi par d'autres diocèses) en Italie qui, à l'occasion du Carême, avait proposé l'abstinence non de la viande mais de "sms" téléphoniques, en exhortant au no sms day, notamment renoncer aux messages téléphoniques pour chaque vendredi de Carême pour privilégier la communication personnelle. D'autres Églises particulières ont proposé l'abstinence de la voiture, du virtuel (facebook, mp3...), de l'alcool, de la télé, etc.

Relation au Christ et service du prochain

 Au delà des différentes formes, susceptibles d'adaptation aux lieux et aux temps, il ne faut pas oublier le sens authentique de la pénitence.

La signification chrétienne du jeûne et de l'abstinence demeure toujours dans la relation au Christ ; ils sont des signes de mortification, de repentir et de conversion, d'union avec le Christ crucifié et de solidarité avec ceux qui souffrent[1].

En effet, toute pratique de renoncement, tout geste grand et petit de pénitence, toute œuvre cachée ou manifeste de charité et de miséricorde acquiert sa valeur salvifique à la lumière du mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur. La pratique du jeûne et de l'abstinence donc, consiste non seulement en une privation de nourriture, mais également en l'élimination de tout obstacle à une vie de communion avec Dieu et de service humble et désintéressé du prochain[2].

Silvia Recchi


____________________

[1] Cf. Reconciliatio et paenitentia, 26.

[2] Cf. CEI, Il senso cristiano del digiuno e dell'astinenza. Nota pastorale dell'episcopato italiano, Roma, 4 octobre 1994, nn.7-8.
 


15/03/2012

 

Site de la Communauté missionnaire Redemptor hominis