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Droit canonique et cultures/17

 

 

Les femmes dans le droit canonique/2

Au regard des Églises d’Afrique centrale

 

Le deuxième Synode africain a mis en exergue les grands défis sociaux auxquels les femmes sont confrontées, tels que les mutilations génitales féminines, le mariage précoce ou forcé, les rites pénibles du veuvage qui blessent profondément leur dignité.

 Sans aucun doute, il y a un engagement sur le plan social et politique que les fidèles doivent promouvoir pour supprimer toute situation qui porte atteinte aux droits de la femme.

La polygamie, pratiquée dans la plupart des pays africains, demeure un obstacle à la libération des femmes et s’oppose à la vision chrétienne de l’amour conjugal, qui exige une communion de vie et une donation réciproque à parts égales. De même l’institution de la dot, qui avait dans la tradition une signification de protection de la femme, est dégénérée aujourd’hui en une sorte de commerce qui ravale la femme au rang d’objet de vente et d’achat. Le système éducatif, dans de nombreux pays d’Afrique, est également accusé d’être discriminatoire, car il empêche les jeunes filles d’avoir les mêmes chances que les garçons.

L’engagement de la société civile

Non seulement les Églises, mais aussi toute la société civile doit être impliquée dans la promotion des femmes africaines. À cet égard, l'Union Africaine a adopté, le 11 juillet 2003, un Protocole relatif aux droits des femmes en Afrique, lors de son second sommet à Maputo, au Mozambique. Ce Protocole exige des gouvernements africains l'élimination de toutes les formes de discrimination et de violence à l'égard des femmes et la mise en œuvre d'une politique d'égalité entre les sexes[1]. Le Protocole de Maputo vient en complément de la Charte africaine, pour promouvoir les droits fondamentaux des femmes en Afrique et veiller à leur protection.

Ce Protocole a suscité, par ailleurs, des réactions de la part de l’Église Catholique par rapport à son art. 14 qui ouvre la porte à la légalisation de l’avortement. Benoît XVI, dans son discours au Corps Diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, le 8 janvier 2007, a manifesté ses vives préoccupations à ce sujet. Au Cameroun, la Conférence Épiscopale Nationale, tout en approuvant la volonté de protéger la femme des injustices sociales et des abus de toute sorte, a formellement contesté et désapprouvé ce même article du Protocole, car il porte atteinte à la vie naissante en Afrique.

Les femmes et le service aux Églises

L’Église est consciente de l’importance de la contribution des femmes pour sa mission en Afrique, qui serait, sans elles, moins dynamique, moins prête à accueillir, à éduquer, à servir avec générosité.

Néanmoins, il faut constater que, malgré la place que le Code de droit canonique reconnaît aux femmes, malgré leur engagement généreux au service des Églises, les tâches multiples et fondamentales qu’elles y exercent, leur témoignage de foi, de dévouement, de travail fidèle et constant dans les communautés ecclésiales, leur présence demeure réduite dans les instances les plus représentatives où les décisions sont prises, les directives pastorales établies, les orientations ecclésiales définies.

 Souvent, leur exclusion de la parité effective avec les hommes, est maintenue par une échelle de normes culturelles traditionnelles, confirmées par une lecture unilatérale de la Parole de Dieu, interprétée dans le sens d’une soumission de la femme à l’homme.

La culture 'machiste' de certains milieux africains, même ecclésiastiques, est souvent la raison d’être de la marginalisation des femmes ; ainsi la présence féminine est rare dans les organes de la curie diocésaine, rare dans la formation des candidats à la prêtrise, dans le rôle d’enseignants, de directrices spirituelles.

Pourtant le magistère de Jean-Paul II avait insisté particulièrement sur l'importance de l’influence du charisme de la féminité sur tout processus éducatif concernant la formation des futurs prêtres[2].

Exercice évangélique du pouvoir

Une participation plus qualifiée des femmes dans les divers domaines de la vie ecclésiale, selon les possibilités envisagées par le droit de l’Église, devrait montrer son influence bénéfique, surtout sur le plan de l’exercice évangélique du pouvoir et du service d’autorité.

Dans la réalité ecclésiale africaine, plus qu’ailleurs, la vision de l’autorité religieuse est marquée souvent par une culture qui la conçoit à la manière d’une chefferie traditionnelle où le pouvoir apparaît fréquemment comme un titre au profit du chef et qui peut entraîner une vraie domination sur les hommes et les institutions.

Les femmes peuvent aider l’Église africaine à rendre plus transparente la perspective du service propre du pouvoir évangélique, notamment sous l’angle du dévouement, du don de soi, de l’accueil, de l’écoute, de l’attention concrète aux petits et aux pauvres. Il s’agit d’une perspective capable d’aider les hommes à remettre en cause certains schémas mentaux, certains préjugés ou façons de se comprendre et d'organiser la  vie ecclésiale.

Il ne s’agit certes pas de créer des ministères institués spécifiquement pour les femmes, toute institutionnalisation de services rendus par les femmes pouvant être susceptible de favoriser les conditions d'une bureaucratisation croissante de la pastorale.

On attend des femmes, par contre, une débureaucratisation des services ecclésiaux, en favorisant plutôt une dimension de personnalisation des rapports où le sujet concret l’emporte sur l'anonymat des structures.

Le ministère ecclésial plus spécifique aux femmes consiste à montrer la dimension mariale de l’Église, afin que celle-ci ne soit pas réduite, comme il a été affirmé, aux dialogues permanents, aux organisations, aux comités, aux fonctions, aux structures et aux restructurations, à savoir à une Église avec un visage masculin, où la femme peut conquérir une place d’autant plus importante qu’elle est disposée à s’adapter au système[3].

La position de la femme dans l’Église ne s'améliorera pas à l’horizon d'un droit simplement plus égalitaire lui permettant enfin d’accéder à toutes les portes, mais dans l’accueil et la promotion de sa vocation ecclésiale propre dans les structures prévues par le droit. Le Code affirme qu’entre tous les fidèles, sur la base de leur régénération dans le Christ à travers le baptême, il y a une véritable égalité quant à leur dignité et leur action, mais cette égalité doit être considérée à la lumière des différences et de la pluralité des vocations, des charismes et des ministères.

Aujourd'hui, on est peut-être encore trop soucieux d’affirmer le principe d'égalité dans l'Église, comme réaction aux discriminations du passé et même aux discriminations du présent en Afrique, pour pouvoir parler, sans équivoque, de l’accueil des différences qui enrichissent la vie du peuple de Dieu à l’intérieur d’une authentique ecclésiologie de communion.

Réussir la mission d’évangélisation

L’Afrique du troisième millénaire ne pourra réussir sa mission évangélisatrice sans la contribution des femmes. Cette conviction demande aux Églises du continent africain de tout mettre en œuvre pour permettre, sans entraves, leur apport.

Tout en étant des piliers pour la vie des communautés ecclésiales et malgré le fait que le droit ecclésial ait grandement ouvert les portes aux femmes, elles restent parmi ceux qui comptent le moins dans la prise des décisions.

Il ne suffit pas que l'Église en Afrique apporte des paroles de solidarité envers les femmes, il faut qu’elle s'attaque sans compromis à toutes les causes d’injustice et de discrimination.

En Afrique, comme en Occident où la situation de la femme connaît une plus grande évolution, il ne s'agit pas de lutter tout simplement pour une vision plus égalitaire des droits, afin qu’elle exerce les mêmes fonctions. Moins encore s’agit-il de revendiquer que les femmes puissent se réaliser à la manière des hommes, mais plutôt qu’il soit donné place et appréciation aux spécificités, à la réciprocité et à la complémentarité féminines pour réaliser cette ecclésiologie de communion capable d’accueillir et de mettre en valeur les différences, en vue de contribuer efficacement à la mission de l’Église.

 

Silvia Recchi


____________________

[1] Le Protocole engage également les gouvernements africains qui ne l'ont pas déjà fait, à inclure dans leur constitution nationale et autres instruments législatifs ces principes fondamentaux, et à veiller à leur application effective. En outre, il les contraint à intégrer à leurs décisions politiques, à leur législation, à leurs plans de développement, à leurs actions, la notion de discrimination fondée sur le sexe. Au Cameroun, le Protocole a été ratifié le 28 mai 2009.
[2] Cf. Pastores dabo vobis, 66.
[3] Cf. H.U. von Balthasar, Punti fermi, Milano 1972, 128.


18/09/2012

 

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