Italiano Español Nederlands Français
Home arrow Approfondissements arrow "Africae munus" et la nouvelle évangélisation
Version imprimable Suggérer par mail




Approfondissements
 

 

AFRICAE MUNUS ET

LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION



 

Nous essayerons d'esquisser quelques lignes missiologiques sur le thème de la nouvelle évangélisation qui est la tâche, le munus, l'engagement principal confié par le Pape à l'Afrique, dans son Exhortation Apostolique Post-synodale Africae munus.

Après une première réception pastorale[1] réalisée au milieu du peuple de Dieu, nous approfondissons la réflexion, en mettant en exergue le lien existant entre cette Exhortation de Benoît XVI et les travaux préparatoires du prochain Synode sur "la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne", la XIII Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, qui se tiendra en octobre 2012. 




L'engagement pour une nouvelle évangélisation

 

Il est nécessaire de relire tout d'abord l'ouverture ci-après et qui constitue le premier paragraphe de l'Exhortation Africae munus:

 "L'engagement de l'Afrique pour le Seigneur Jésus-Christ est un trésor précieux que je confie, en ce début de troisième millénaire, aux Évêques, aux prêtres, aux diacres permanents, aux personnes consacrées, aux catéchistes et aux laïcs de ce cher continent et des îles voisines. Cette mission porte l'Afrique à approfondir la vocation chrétienne. Elle l'invite à vivre, au nom de Jésus, la réconciliation entre les personnes et les communautés, et à promouvoir pour tous la paix et la justice dans la vérité"[2].

Intéressons-nous aux deux vocables Africae munus qui ont été traduits par "Engagement de l'Afrique". Nous remarquerons qu'en latin et dans la dimension théologique et juridique de l'Église, le terme "munus" est bien plus fort et plus riche que le terme engagement[3]. Il s'agit d'une charge qui a été confiée par le Pape et l'Église en l'occurrence et qui en désigne aussi la nature plus profonde. Pensons par exemple aux trois "munera" de l'Église (sanctifier, enseigner et gouverner). Il s'agit donc d'un engagement, d'une véritable mission, au sens théologique du terme.

C'est une charge confiée aux différentes composantes du peuple de Dieu pour garder tout d'abord le trésor qui est le Christ, ensuite pour approfondir la vocation chrétienne; il s'agit également de témoigner par sa vie entière du don de la réconciliation entre les personnes et les communautés et finalement, la dimension éthique: s'engager pour la promotion de la justice dans la vérité[4]. Les dimensions théologiques, spirituelles et éthiques se renvoient les unes aux autres.

Si dans le premier paragraphe précité nous trouvons déjà en guise de synthèse les lignes majeures de la mission de l'Afrique pour les prochaines décennies, il faut tout de même pousser en profondeur la réflexion dans le texte.

Pour bien situer Africae munus, il est nécessaire aussi de considérer le lien de cette Exhortation avec d'autres événements ecclésiaux, c'est-à-dire le synode sur la Parole de Dieu (l'Exhortation Verbum Domini) et le synode sur la nouvelle évangélisation qui aura lieu en octobre 2012 avec ses Lineamenta[5].

L'Instrumentum laboris a été publié en juin 2012[6], en reprenant et en approfondissant, pour ce qui concerne l'Afrique, les lignes majeures déjà esquissées dans le premier document des Lineamenta.

En attendant les résultats de la prochaine assise synodale d'octobre 2012, nous tentons d'ores et déjà de comprendre l'approche du thème de la nouvelle évangélisation dans Africae munus dans cet horizon plus vaste vers lequel le Pape a orienté le regard de l'Afrique.

Le Pape revient sur ce thème dans la conclusion de l'Exhortation, en scellant sa réflexion par cet appel à mettre ensemble la missio ad gentes, "partout sur le continent, dans tous les domaines de la vie personnelle, familiale et sociale"[7], et la nouvelle évangélisation comme tâche confiée à l'Afrique[8].

 Il est intéressant de remarquer que Benoît XVI reprend la distinction établie par Jean Paul II dans l'encyclique Redemptoris missio entre les différentes situations missionnaires - missio ad gentes, pastorale et nouvelle évangélisation[9] - en développant la vision lucide de son Prédécesseur pour laquelle on ne peut établir des compartimentations rigides entre ces situations missionnaires. Benoît XVI, pour sa part, ouvre davantage la dimension pastorale à celle de l'évangélisation, tendant à identifier la première avec la seconde, vis-à-vis des mutations socioreligieuses en acte[10]. Cette tendance sera bien mise en exergue par l'Instrumentum laboris[11] qui affirmera qu'il ne s'agit pas d'un nouveau modèle pastoral, mais "d'un processus de relance de la mission fondamentale de l'Église", comme vérification de la vie ecclésiale et de sa propre vie de foi[12]. Cette insistance montre une conscience ecclésiale plus profonde du fait que l'évangélisation est une dimension transversale qui touche toute la pastorale, en Occident comme en Afrique. Cette dernière, aujourd'hui plus que jamais, est appelée à une créativité évangélisatrice, comme le souligne Africae munus, et à mettre au cœur de sa vie l'annonce de Jésus Christ, en redécouvrant la centralité de la Parole divine[13], et en utilisant de nouvelles méthodes, comme par exemple une catéchèse intégrant la partie pratique, "vécue au niveau liturgique, spirituel, ecclésial, culturel et caritatif"[14]. En général, il s'agit beaucoup plus de ne pas s'aplatir sur la dimension d'une pastorale ordinaire et des sacrements, mais de favoriser plutôt la priorité de la formation approfondie des laïcs afin qu'ils puissent relever les défis de la société contemporaine par une foi adulte et cohérente, capable aussi d'aller à contre-courant de la mentalité ambiante[15].

Africae Munus et le prochain Synode sur la nouvelle évangélisation

Les travaux pour le prochain Synode sur la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi chrétienne sont très significatifs comme arrière-fond sur le même sujet qu'Africae munus, puisqu'ils dépassent la conception et les méthodes d'une chrétienté constituée qui est désormais partout révolue[16] et mettent  en exergue le fait que la nouvelle évangélisation concerne tous les continents[17].

Les Lineamenta pour le synode sur la nouvelle évangélisation (auxquels se réfère Africae munus) invitent à la dimension du témoignage joyeux de Jésus Christ et à une annonce caractérisée par un style de parresia, la liberté de l'annonce de la Parole. On encourage une catéchèse kérygmatique conçue comme initiation chrétienne qui implique non seulement la dimension intellectuelle de la connaissance, mais aussi la participation à la vie de l'Eglise. Il y a une dilatation du concept même de la catéchèse, devenu coextensif à celui de la transmission de la foi[18]. On insiste surtout sur l'importance de l'"urgence éducative"[19] et d'une évangélisation de la culture, c'est-à-dire une remise en question de la culture contemporaine de marque occidentale dans ses aspects déshumanisants. Finalement, on insiste sur le lien étroit entre missio ad gentes et la nouvelle évangélisation, comme collaboration et communion fructueuse entre le Nord et le Sud du monde.

Pour ces Lineamenta, l'évangélisation est une dimension transversale de la pastorale ordinaire et la mission est donc tous azimuts[20]: elle n'est plus seulement du Nord vers le Sud, mais aussi vice-versa et finalement on encourage aussi la mission Sud-Sud.

Les nouvelles technologies et les possibilités de la mondialisation permettent, en effet, un échange global de connaissances et de ressources humaines autrefois impensable et, assurément, elles produisent un enrichissement pour la nouvelle évangélisation aujourd'hui[21].

La lecture de ces Lineamenta permet de mieux comprendre le chapitre d'Africae munus où nous retrouvons certains de ses thèmes majeurs appliqués au contexte de l'Afrique, pour laquelle on souligne davantage la participation de ce Continent à la nouvelle évangélisation de l'Occident par l'envoi des missionnaires à partir du Sud du monde[22].

Cette dernière perspective est fascinante et problématique en même temps. Elle demande une remise en question profonde de l'Occident, de ses attentes par rapport à l'Afrique, et de celle-ci par rapport à l'Occident, afin qu'au rendez-vous du donner et du recevoir des églises sœurs, il y ait un échange spirituel et théologique profond et non seulement une relation de nécessités réciproques (qu'elles soient d'ordre économique, culturel ou qu'elles soient relatives au problème de personnel).

 Le Pape Benoît XVI, dans son discours du 22 décembre 2011 à la Curie romaine, a mis en évidence par sa profondeur théologique, le centre de la question entre les Églises d'Europe et celles d'Afrique et il soulignait d'une part que le centre de la crise de l'Église en Europe est la crise de la foi et d'autre part que "la rencontre en Afrique avec sa joyeuse passion pour la foi a été un grand encouragement. Là ne se percevait aucun signe de cette fatigue de la foi, si répandue parmi nous, rien de cette lassitude de l'être chrétien toujours à nouveau perceptible chez nous. Avec tous les problèmes, les souffrances et les peines qui assurément se rencontrent justement en Afrique, on expérimentait toujours la joie d'être chrétiens, le fait d'être soutenus par le bonheur intérieur de connaître le Christ et d'appartenir à son Église"[23].

Il s'agit d'assumer une attitude profonde d'humilité qui sait accepter que dans l'avant-scène de l'histoire de l'Église il y ait irruption d'autres acteurs, d'autres peuples, et qui accepte de travailler main dans la main pour réaliser la nouvelle évangélisation qui constitue la même espérance et le même engagement[24].

 


Antonietta Cipollini



________________________

[1] Cf. A. Cipollini, L'engagement de l'Afrique, in http://fr.missionerh.com/index.php?option=com_content&task=view&id=4596&Itemid=136
[2]
Cf. Benoît XVI, Exhortation Apostolique post-synodale Africae munus (19 novembre 2011, n.10 (dorénavant AM).
[3]
De l'ensemble on retient qu'à cause des contenus théologiques mis en lumière par le Concile, le terme munus peut assumer des significations théologiques profondes. Le terme munus dans plusieurs textes prend la signification de devoir, charge, obligation, œuvre à accomplir, cf. Agostino Montan, Ministeria, munera, officia. I laici titolari di uffici e di ministeri (cann. 228, 230, 274): precisazioni terminologiche, in Gruppo Italiano Docenti di diritto canonico (a cura di), I laici nella ministerialità della Chiesa. XXVI Incontro di Studio. Centro Dolomiti "Pio X"  - Borca di Cadore, 28 giugno - 3 luglio 1999, Glossa, Milano 2000, 110.
[4] Cf. AM, n. 1.
[5]
Cf. XIII Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne, Lineamenta, Cité du Vatican, 2011 (dorénavant, XIII Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, Lineamenta).
[6]
Cf. XIII Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne, Instrumentum laboris, Cité du Vatican 2012 (dorénavant, XIII Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, Instrumentum laboris).
[7]
Cf. AM, n. 162.
[8]
Cf. AM, n. 159.
[9]
Cf. Jean Paul II, Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 33.
[10]
Cf. AM, n. 160 (le texte se réfère à une note doctrinale de la Congrégation pour la doctrine de la foi de 2007 sur certains aspects de l'évangélisation, n. 12, cf. note 212 de AM).
[11]
Cf. XIII Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, Instrumentum laboris, nn. 85-88.
[12]
Cf. XIII Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, Instrumentum laboris,  n. 77.
[13]
Cf. AM, n. 161.
[14]
Cf. AM, n. 165.
[15]
Cf. AM, n. 32.
[16]
"La nouvelle évangélisation est le contraire de se suffire à soi-même et du repli sur soi, de la mentalité du status quo et d'une conception pastorale selon laquelle il suffit de faire comme on a toujours fait". Cf. XIII Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, Lineamenta, n. 10.
[17]
Cf. XIII Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, Instrumentum laboris,  n. 87.
[18]
Cf. XIII Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, Lineamenta,  n. 14.
[19] "Par le terme 'urgence éducative', le Pape veut faire allusion aux difficultés toujours croissantes auxquelles sont confrontées non seulement l'action éducative chrétienne, mais plus généralement toute action éducative (...) nous ne sommes plus capables d'offrir aux jeunes, aux nouvelles générations ce que nous avons le devoir de leur transmettre". Cf. XIII Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, Lineamenta, n. 20.
[20] Cf. aussi Message du Pape Benoît XVI pour la Journée Mondiale des Missions, 2011 et Message de Benoît XVI pour la Journée missionnaire mondiale 2012.
[21]
Cf. XIII Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, Lineamenta, n. 5.
[22]
Cf. AM, n. 167.
[23]
Benoît XVI, Discours du Pape Benoît XVI aux Cardinaux, à la Curie romaine et à la famille pontificale, pour la présentation des vœux de Noël, 22 décembre 2011.
[24] Cf. E. Grasso, Cher clown, in http://fr.missionerh.com/index.php?option=com_content&task=view&id=4534&Itemid=136
E. Grasso a consacré plusieurs réflexions missiologiques à la relation entre nouvelle évangélisation et missio ad gentes. Cf. sa Bibliographie, in  http://fr.missionerh.com/index.php?option=com_content&task=view&id=834&Itemid=142


06/10/2012

 

 

Site de la Communauté missionnaire Redemptor hominis