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Interviews/11


ENTRETIEN AVEC LE DOYEN JEAN-BERTRAND SALLA/2


Une "chaire Mgr Jean Zoa" au service de l’évangélisation



Dans cette deuxième partie de notre entretien avec le Doyen de la Faculté de Théologie de l’Université catholique d’Afrique centrale/Institut catholique de Yaoundé, Jean-Bertrand Salla nous dévoile ses projets pour mettre sa Faculté toujours davantage au service de l’évangélisation des cultures africaines.



* Vous avez approfondi particulièrement le magistère du feu archevêque de Yaoundé, Mgr Jean Zoa. Quel est l’apport que ce magistère peut offrir à nos Églises aujourd’hui ?

Je serais prétentieux en affirmant que j’ai réussi à approfondir l’énorme magistère de l’archevêque Mgr Jean Zoa. J’essaie de le découvrir progressivement ; ce Pasteur a été un véritable Père dont nous avons vu l’immense œuvre pastorale se déployer dans l’histoire religieuse de notre pays.

Nous avons écouté ses homélies claires, puissantes et courageuses à la Cathédrale de Yaoundé, ses conférences au Centre Jean XXIII de Mvolyé, au Grand Séminaire de Nkolbisson quand j’étais étudiant. Il a eu de grandes prises de Grand Séminaire de Nkolbissonposition face au monde politique quand les atteintes aux droits de l’homme et à sa dignité se multipliaient.

J’ai été ordonné prêtre quelques mois après son décès; devenu enseignant de la doctrine sociale de l’Église, j’ai décidé de rédiger un ouvrage consacré à la pensée de celui qui m’a conféré le diaconat, en 1996, et que j’admirais pour son amour à l’Église, son engagement au service de l’homme, son sens pastoral, son courage prophétique et pour l’originalité de sa pensée sociale.

S’agissant de l’apport de son magistère aujourd’hui, je dirais que Mgr Jean Zoa est arrivé dans ce monde et dans l’Église d’Afrique avant le temps ; en effet, sa pensée, ses méthodes pastorales et ses intuitions demeurent originales, elles étaient des anticipations sur les urgences pastorales que nous voyons plus clairement aujourd’hui.

Il avait choisi comme devise pastorale : adveniat regnum tuum ("que ton règne vienne") et il y travaillera toute sa vie. Dans son allocution le jour de son installation à Yaoundé, il dira que ce qui est inscrit dans ce vœu, c’est le culte des valeurs sans lesquelles il n’y a pas de société vraiment humaine : respect de la liberté de la personne, des biens d’autrui, de la justice et de la vérité. Le soir de son ordination épiscopale, il a envoyé un message au peuple camerounais depuis la radio vaticane, en promettant de rentrer bientôt pour travailler en Église, c’est-à-dire avec tous et faire ainsi grandir le royaume de Dieu dans notre Cameroun.

En mourant, il a laissé l’image d’un grand promoteur de la théologie de la création au sein de laquelle l’homme, le baptisé, le laïc, joue un rôle très actif comme cocréateur, chargé de parachever l’œuvre de la création. Il a laissé l’image d’un grand défenseur de la dignité de la personne humaine et de ses droits fondamentaux. Il a laissé l’image d’un grand formateur du laïcat et promoteur de son rôle au sein de l’Église d’Afrique ; l’image d’initiateur d’une pastorale spéciale et fondamentale dans nos milieux qu’on peut qualifier comme "pastorale de l’intelligence", non seulement pour l’évangélisation de l’élite, mais pour la purification de nos cultures africaines. Il a lutté avec acharnement contre la misère ; il est un grand promoteur du développement des populations par le travail.

Voilà en de grandes lignes, ce que l’immense magistère de Mgr Zoa lègue à la postérité.

* Notre Communauté a manifesté ses sentiments d’estime et d’admiration pour Mgr Jean Zoa par plusieurs initiatives, en organisant même un Colloque à l’Université catholique de Yaoundé, quelques mois après sa mort. Nous savons que vous préparez un livre sur lui ; pouvez-vous nous donner quelques anticipations ?

Je loue et félicite la Communauté Redemptor hominis pour toutes les initiatives prises afin que sa mémoire demeure vivante au milieu de ce peuple qu’il a aimé.

Laissez-moi vous avouer que beaucoup de personnes au Cameroun ont découvert progressivement, grâce à votre Colloque organisé déjà en 1998, la personnalité de Mgr Zoa. J’ai lu plus de trois fois les actes de ce Colloque et j’éprouve encore le besoin de les lire aujourd’hui ; ce document est un véritable miroir à travers lequel les générations présentes et futures pourront admirer ce que l’Église d’Afrique a pu avoir de meilleur comme homme et comme Pasteur.

Je m’inscris dans la même perspective que votre Communauté dans le désir de faire découvrir et promouvoir le magistère de ce grand archevêque. C’est pourquoi j’ai entrepris de rédiger un ouvrage sur sa pensée sociale. Ce livre est organisé en une dizaine de chapitres qui font le tour de ses préoccupations sociales en lien avec le magistère universel de l’Église (la dignité de la personne humaine, la bonne gestion des biens dans l’Église, le rôle éminent des laïcs et le rôle du chrétien en politique, la place du travail, l’évangélisation de la culture, la question du développement…). L’ouvrage permettra à mes étudiants, futurs prêtres, de comprendre davantage ce que l’Église attend d’eux.

Mgr Jean Zoa savait transformer chaque événement, chaque situation en occasion missionnaire ; il savait lire l’histoire des hommes et les différentes situations de la vie à la lumière de l’évangile ; pour lui, tout devait s’inscrire dans le projet de Dieu qui est un projet d’amour et de salut. Cet ouvrage se veut un essai d’adaptation du magistère social de l’Église dans un conditionnement africain; un fils de l’Afrique a su percevoir la portée de l’adhésion de notre peuple au  Christ et le traduire en principes, en valeurs, en engagements.

Au terme de cet entretien, laissez-moi vous avouer que la publication de cet ouvrage est un prélude à la création d’une "chaire Mgr Jean Zoa" au sein de cette Faculté de Théologie. En effet, il faut encore le dire, il a voulu cette Université catholique en pleine Afrique et, pour nous, ce sera un devoir à remplir que de créer une chaire à son nom ici. Ce sera un lieu de diffusion de son enseignement et d’approfondissement de sa pensée théologique.

* Merci, monsieur le Doyen, nous vous encourageons dans cette direction et attendons de lire votre ouvrage.

 

(Propos recueillis par Silvia Recchi)

 

 

16/01/2014



 

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