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LA VISION PÉNITENTIELLE DU TRAVAIL

 

Le tournant historique provoqué par la révolution industrielle, sur le plan de l'organisation et de la conscience sociale du travail, a permis à l'Église surtout au début de répondre à une préoccupation éthique de défense de la dignité et des droits des travailleurs. Dans cette phase, l'aspect spirituel et théologique du travail ne fut pas particulièrement étudié.

Les transformations liées à la multiplication incroyable de la productivité due, à son tour, à l'accroissement du capital et au développement des technologies, donnèrent à l'homme industriel de grands avantages en vue d’une sortie progressive de la pénurie et de l'acquisition d’une plus grande confiance dans ses capacités technologiques.

De tels avantages, cependant, étaient contrebalancés et payés chèrement par les ouvriers soumis à l'aliénation de leur propre travail ; aliénation provoquée par une fragmentation et marchandisation de plus en plus accentuée de ce dernier.

La théologie tarda à reconnaître ces transformations et les problèmes provoqués par la nouvelle réalité et n'adapta pas tout de suite sa réflexion à cette dernière. Cependant, nous pouvons souligner quelques ferments, à partir du siècle dernier, dans la reprise d'une théologie biblique et dans le même enseignement social des papes.

En effet, la doctrine sociale classique, tout en manifestant le manque d'un cadre théologique et sa liaison plus accentuée vis-à-vis d’un traité sur la justice et sur le droit qu’à la révélation biblique et à l'Évangile, constitue paradoxalement l’un des rares cas où le Magistère social des papes, qui s’élabore dans l'action, précède la théologie.

Dans la position généralement éthique de l'élaboration du Magistère social pontifical, qui trouva son expression dans les traités classiques d'économie sociale, les significations du travail à la lumière de la foi demeuraient encore des éléments implicites, dépourvues de souffle et d'optimisme.

Les références bibliques présentes dans Rerum novarum et que nous retrouvons dans les documents sociaux postconciliaires, avec des développements, accentuations et implications théologiques différents, sont elles aussi soutenues par une vision théologique statique et pessimiste du travail.

On constate en particulier trois noyaux bibliques : la création de l'univers par Dieu, univers confié à l'homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, pour qu'avec son activité l'homme domine et gouverne l'univers (Gn 1, 27-28) ; l'irruption du mal dans l'histoire du monde à cause du péché qui implique tout l'univers, en particulier la réalité du travail (Gn 3, 17-19) ; la rédemption réalisée par Dieu grâce à son fils Jésus-Christ, dont l’incarnation, la mort et la résurrection impliquent à leur tour l'univers et l'histoire, y compris le travail humain, en rendant à toute chose la possibilité de sa dignité originelle (la référence biblique est à l'image de Jésus de Nazareth dans les Évangiles, en particulier à Jésus, le fils du charpentier et l’homme du travail).

La lecture théologique de ces noyaux, dans la phase classique de la doctrine sociale, accentue une vision du travail dans laquelle émerge surtout un caractère pénitentiel.

Les aspects pénibles et conflictuels, inhérents aux nouvelles formes de travail industriel, étaient reconduits aux conséquences du péché.

Le travail comme activité purificatrice

Comme l’on affirme dans Rerum novarum, à l'homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et donc supérieur à toutes les créatures, il a été donné la responsabilité de dominer la terre (n. 32). Cependant, cette activité qui, dans le plan de Dieu, était essentiellement en relation avec la vocation de l'homme en tant qu’expression et réalisation de sa liberté, devient une nécessité pénible à cause du péché (n. 14).

Dans le cadre de la rédemption, la fatigue et la peine liées au travail acquièrent un sens, en tant qu’activité de la personne rachetée par le Christ, tout en gardant leur fonction purificatrice.

Dans cette perspective, le travail est sanctifié grâce au fait que Jésus-Christ, ayant été lui-même travailleur, a élevé aussi, grâce à sa résurrection, l'activité de l'homme qui maintenant, par la foi et la vertu morale, peut le transformer en activité de réparation et d’expiation en vue de la rédemption eschatologique.

Même les conflits sociaux accentués de l’époque n'étaient pas mis en relation avec la nouvelle organisation capitaliste, mais considérés comme un mal provisoire que l’on pouvait résoudre avec un effort éthique de réconciliation entre les deux classes antagonistes.

Il y avait, naturellement, à la base de cette position une "ecclésiologie de la distance et de la supériorité" qui légitimait l'Église et sa théologie à se placer comme arbitre, en vertu de sa compétence morale, au-dessus des parties en conflit.

Donc les références à la création, au péché, à la rédemption ne touchent pas, en réalité, le travail en lui-même, sa propre valeur en relation au dessein salvifique de Dieu, mais renvoient plutôt au souci principal de la contemplation et de l’élévation de l'esprit à Dieu ; pour atteindre celles-ci le travail humain n’avait qu’un rôle pénitentiel et donc réductif.

Si d'un côté, l'activité du travail est tournée aux "choses matérielles", de l'autre l'exigence de sanctification personnelle rappelle l'attention aux "choses spirituelles". Cela renvoie au problème de l'attitude à adopter devant les réalités temporelles et matérielles et à leur rapport avec la destinée de l'homme.

La théologie, dans la phase préconciliaire, a résolu ce problème en considérant que l'activité humaine dans le monde n’avait pas une valeur en soi, et qu’elle acquérait solidité à partir des qualités spirituelles. Elle souligna de cette manière la valeur extrinsèque du travail, liée essentiellement à la vertu morale du travailleur.

Emanuela Furlanetto

 (Traduit de l’italien par Franco Paladini)

 

06/02/2014


 

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