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LA VALEUR DE L'“ACTIVITÉ HUMAINE DANS L'UNIVERS”

 

Après la Seconde Guerre mondiale, les changements continus déterminés par le développement impressionnant de la science et de la technique, l’élargissement des problèmes sociaux aux horizons de plus en plus vastes, l’émergence sur le front de l'histoire des réalités des Pays sous-développés stimulèrent l’apparition de nouvelles problématiques et l'exigence de trouver de nouvelles réponses, aussi théologiques et pastorales, face à une réalité en devenir continu.

Le Pape Jean XXIII perçut le dynamisme de cette époque, les nouvelles aspirations des individus et des peuples et y répondit à travers ses encycliques sociales ainsi qu’avec la convocation du Concile Vatican II.

Dans son encyclique Mater et magistra on pressentait déjà l’élargissement des problématiques et la doctrine sociale même commençait à prendre une dimension mondiale. Elle ne prenait plus uniquement en compte la question ouvrière ; elle porte une grande attention aussi aux problèmes des Pays en voie de développement et de l'agriculture[1].

Avec Jean XXIII, on observe ainsi une tendance au renouvellement méthodologique de la doctrine sociale : d'une conception déductive et statique précédente, à une ouverture aux exigences de la culture et de la conscience contemporaine, à la confrontation des principes avec l'histoire et la reconnaissance de ses propres limites.

Dans la perspective d'un monde en évolution, le Pape Roncalli tente d'indiquer et de mettre en exergue les problèmes principaux et, au niveau des principes généraux, il donne des suggestions et des indications malléables qui laissent un espace de liberté et responsabilité à ceux qui sont directement engagés dans la pratique et dans la théorie sociale.

C’est, donc, surtout dans sa manière d'affronter les problèmes, avec une conscience plus lucide de leur interdépendance et l’emploi plus évident des sciences sociales et de l'analyse sociologique, que Mater et magistra constitue le prélude du renouvellement qui aura bientôt lieu avec le Concile Vatican II.

Ce dernier, en effet, constitue l’espace de confluence et d’accueil de toutes ces instances et ces problématiques entamées les années précédentes, par la réflexion théologique sur les réalités terrestres ainsi que par le Magistère social des Papes.

Le tournant de Gaudium et spes

Dans la Constitution pastorale Gaudium et spes, en particulier, un tournant radical est pris dans la considération du monde, de ses réalités, de l'activité de l'homme dans l'histoire, en élaborant un nouveau rapport entre l’Église et le monde, entre la réalité surnaturelle et la réalité naturelle, non plus dans des termes de séparation dichotomique, mais d'ouverture, de dialogue et de collaboration.

Sur les préalables les plus importants des deux premiers chapitres de la Constitution qui affirment la dignité de la personne humaine et la communauté des hommes, se développe le troisième chapitre consacré à l'activité humaine dans l'univers, dans lequel sont assumées les nouvelles acquisitions théologiques sur les réalités terrestres.

Les deux thèses essentielles développées dans tout le document, en particulier le chapitre sur l'activité humaine, sont : la première, le fait que Dieu en se révélant à l'homme le rend capable de se révéler à lui-même et, donc, capable de réaliser lui-même ce qu’auparavant il attendait de Dieu ; l'autre affirme l'identité du Dieu de l'histoire et du Dieu du salut.

Ces préalables sont à la base d'une nouvelle vision théologique et anthropologique, certainement préparée aussi par la nouvelle vision ecclésiologique définie dans le même Concile à travers la Constitution dogmatique Lumen gentium.

La nouvelle vision anthropologique situe l'homme comme centre et protagoniste de l'histoire. Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, dans son unité spirituelle et corporelle essentielle, il peut dominer le monde. En vertu du principe spirituel de vie qui le caractérise, il survit au-delà de la mort. Dans cette affirmation réside donc le fondement de l’éminente dignité de la personne humaine, comme être supérieur, au-dessus de toutes les autres créatures et qui trouve son accomplissement en Jésus-Christ.

Ceci vaut pour chaque homme, mais en même temps pour la communauté des hommes. L'anthropologie chrétienne, en effet, considère la dimension sociale de l'homme, orienté, en tant que tel, vers la société humaine.

Sur ces préalables se fonde aussi la valeur de l'activité de l'homme.

Les problèmes que le Concile aborde sont en premier lieu le sens et la valeur de cette activité, l’usage des réalités humaines et terrestres et la détermination de la finalité vers laquelle tendent les efforts humains individuels et collectifs (Gaudium et spes, 33).

On affirme que l'activité humaine, comprise comme l'effort des hommes pour améliorer au cours du temps leurs propres conditions de vie, est quelque chose qui fait partie du plan de Dieu (n. 34).

L'homme, personnellement et collectivement, est appelé à améliorer ses propres conditions et celles de son environnement. Le fait que l'homme, créé à l'image de Dieu, domine, gouverne le monde et le reconduise à Lui, fait partie, donc, de l'ordre de la création et se situe dans la perspective du plan de salut, qui reconnaît la dépendance absolue de l'histoire à l’égard de Dieu (n. 34).

Chaque travail humain devient, ainsi, le prolongement de l'œuvre divine ; au service de la société, il contribue à la réalisation du plan divin dans l'histoire (n. 34).

L'homme est le collaborateur, le partenaire de Dieu et les succès qu’il obtient, à travers son travail et son esprit, ne rivalisent pas avec la puissance de Dieu, bien au contraire ils sont le signe de Sa grandeur. L'homme est appelé à s'engager dans ces activités (n. 34).

L'humanisation du monde et de l'homme

La création divine n'est pas une réalité statique, mais un monde dynamique qui dans l'homme, et à travers lui, se développe et avance.

La règle générale pour le progrès positif de l'activité humaine est que cette dernière soit placée en relation à son auteur : “De même qu’elle procède de l’homme, l’activité humaine lui est ordonnée”(n. 35).

Le but que l'humanité doit se donner n'est pas tellement celui de la possession extérieure ou du savoir technique, pourtant important et, dans un certain sens, indispensable, mais le développement de la personne humaine dans sa dignité inaliénable, étant donné que l'homme, quand il travaille, ne transforme pas seulement les choses et la société, il se parfait lui-même (n. 35).

Les catégories du personnalisme deviennent, donc, l’exigence fondamentale des temps modernes.

L'humanisation du monde à travers l'action humaine doit être au service de l'humanisation de l'homme.

Tout en considérant la positivité et la nécessité des richesses extérieures et des progrès techniques, qui libèrent l'homme d'un état de nécessité, l'être prévaut sur l'avoir (n. 35), en tant que réalisation de la vocation intégrale de l'homme.

L'instance religieuse dont, en définitive, le travail de l'homme dépend, n'empêche pas d'affirmer l'autonomie, la légitimité et la valeur intrinsèque des réalités terrestres (n. 36).

Toutes les choses ont leur bonté intrinsèque et leurs propres lois : l'homme doit respecter cet ordre, en recherchant, de manière scientifique et selon les normes morales, l'usage de ces dernières, en se référant toujours à Dieu.

Cette vision de l'activité humaine est donc pleinement située dans l'histoire du salut.

L'ordre existentiel de l'activité humaine

Sur cette voie de l'humanisation de la planète, il est nécessaire de considérer l'activité humaine, non seulement dans l'ordre 'essentiel', en relation avec la création, mais aussi dans celui 'existentiel' déterminé par le péché et la rédemption en Jésus-Christ.

La réalité humaine, comprenant aussi le travail, rendue ambigüe par le péché entré dans l'histoire, est libérée par la lumière du mystère pascal qui révèle une nouvelle dimension essentielle : la dépendance de cette libération de la mort et de la résurrection du Christ qui a réalisé l’homme nouveau vers lequel tend l'humanité (n. 38). Tout ceci donne sens à la nécessité de la croix pour arriver à une plus grande perfection.

L’incarnation et la résurrection ne sont pas séparées ; l'aspect terrestre les unit, en introduisant un rapport causal entre l’engagement dans le monde et l’aspiration eschatologique, cette dernière étant en relation avec l’aboutissement de l'histoire du salut.

Entre incarnationisme et eschatologisme, le Concile s’équilibre dans une position intermédiaire. Dieu veut le progrès de l'homme qui doit, donc, s'engager à construire une situation de dignité pour lui-même et pour les autres qui n'est pas indépendante de la perfection eschatologique.

Sans arriver à une formule définitive de continuité entre ce monde et le Royaume futur, la Gaudium et spes affirme que les fruits de l'activité humaine demeureront, d'une certaine manière, purifiés aussi dans le stade eschatologique.

L'attente eschatologique ne doit pas, donc, affaiblir l'engagement et la sollicitude pour le travail sur la terre présente, car déjà ici sur terre commence à se développer le corps de la nouvelle humanité (n. 39).

Dans l'énonciation de cette théologie, Gaudium et spes s'approprie, ainsi, des réalités qui lui sont restées longtemps étrangères, en les insérant dans un optimisme cosmique et dans une perspective dynamique fondée sur une vision théologique spirituelle, positive et incarnée.

Le Concile, donc, en conformité avec cette vision théologique, développe quelques applications pratiques liées aux problèmes urgents de l'humanité, parmi lesquels, ceux de la vie économique et sociale.

La deuxième partie de Gaudium et spes (nn. 46-90), pour le fait justement qu’elle traite des sujets contingents et en développement continu, difficilement codifiables et applicables de manière univoque, réaffirme et reformule des principes éthiques généraux, mûris aussi à travers l'enseignement social de l'Église.

D'autre part, le Concile, comme d’ailleurs le Magistère social, n’avait pas comme objectif de résoudre des problèmes spécifiques du monde moderne. Sa tâche était, plus simplement de dialoguer avec le monde, même sur ces problèmes, du point de vue des principes et des idéaux chrétiens.

Concernant le thème du travail (n. 67), la Constitution pastorale exprime un enseignement éthique qui privilégie l'engagement social du chrétien dans l'histoire et dans le monde. Elle soutient, dans une vision théologique et anthropologique renouvelée, la nouvelle affirmation du principe personnaliste dans le domaine économique, la prééminence du travail humain sur tous les autres éléments de la vie économique et la nécessité d'adapter le processus productif aux exigences de la vie familiale, culturelle, sociale et religieuse de la personne et de l'homme contemporain.

Emanuela Furlanetto

   (Traduit de l’italien par Franco Paladini)

 

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[1] Toute la troisième partie de l'encyclique est consacrée aux problèmes du déséquilibre économique et social et du développement : Mater et magistra, 110-196. Au numéro 110 en particulier elle affirme que : "Le déroulement de l'histoire met en plus grand relief les exigences de la justice et de l'équité. Elles n'interviennent pas seulement dans les relations entre ouvriers et entreprises ou direction. Elles concernent encore les rapports entre les divers secteurs économiques, entre zones développées et zones déprimées à l'intérieur de l'économie nationale, et, sur le plan mondial, elles intéressent les relations entre pays diversement développés en matière économique et sociale".


23/03/2014


 

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