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LIBRES D’OBÉIR

L'obéissance consacrée 



Aujourd'hui, la culture dominante accueille avec difficulté l'idée d'autorité et celle d'obéissance. Cette dernière résonne désagréablement aux oreilles modernes et est perçue plutôt comme un manque de liberté, comme une expression d'immaturité et d'incapacité à prendre des décisions ou à assumer une attitude responsable.

Face à cette vision culturelle, l'engagement à l'obéissance des personnes consacrées doit justifier son sens le plus profond.

Une telle justification n'est possible que sur le chemin d'imitation du Seigneur dont la vie fut, de sa naissance à sa mort sur la Croix, une obéissance continue (cf. Ph 2, 8). Venu pour faire non sa propre volonté mais celle du Père, cette dernière a été l'unique préoccupation de son existence. Le Christ a refusé de s'approprier un quelconque projet, en dehors de cette volonté d'obéir et il a accompli par l'obéissance sa mission de Rédempteur[1].

La mission du Christ est l'obéissance fondamentale ; insérée au cœur du plan salvifique, elle a permis le salut de l'humanité. À cause de la désobéissance d'un seul, tous les hommes ont été rendus pécheurs ; grâce à l'obéissance du Christ, ils ont été rendus justes (cf. Rm 5, 19). Par l'obéissance, Jésus vit son abaissement total, afin que l'humanité puisse participer de la vie trinitaire.

Une écoute attentive

Pour parler d'"obéissance", le langage biblique fait référence à l'attitude d'"écoute"[2]. L'étymologie même du mot "obéir", du latin ob et audire, suggère l'attitude d'une écoute empressée, attentive, suivie d'une adhésion personnelle à la parole entendue.

L'obéissance du Christ est une écoute de la volonté du Père et une adhésion à celle-ci ; cette volonté, le Christ a tâché de la découvrir, au cours de son existence terrestre, à travers les personnes et le discernement des événements : "Tout Fils qu'il était, il apprit, de ce qu'il souffrit, l'obéissance ; après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel" (He 5, 8-9). 

Cette attitude est la source et le modèle d'obéissance pour tous. Les personnes consacrées ne sont pas appelées à obéir à Dieu plus que les autres fidèles, parce que tous lui doivent une soumission totale. Ce qui est spécifique dans leur vie, c'est qu'ils réalisent l'obéissance, par vocation, en se soumettant à certaines médiations déterminées qui ne s'appliquent pas à d'autres fidèles.

Ces médiations trouvent leur fondement dans l'origine charismatique de la famille religieuse, dans le projet et dans les intentions des fondateurs. Elles se rendent concrètes par le moyen des Constitutions ou des Statuts[3] de l'institut, par la vie fraternelle des membres et par l'action des supérieurs.

Appelés à la liberté

L'obéissance du Fils a la même dimension infinie que sa liberté. Dans son mystère, le Christ témoigne qu'il n’y a pas de contradiction entre l'obéissance et la liberté[4].

Pour comprendre convenablement l'obéissance des personnes consacrées, il faut évoquer l'apôtre qui dit : "Vous, en effet, mes frères, vous avez été appelés à la liberté" (Gal 5,13). L'obéissance, loin de diminuer la dignité de la personne humaine, la conduit à la maturité, en faisant grandir la liberté des enfants de Dieu[5].

L'engagement à l'obéissance des personnes consacrées n'est pas l'attitude de l'esclave, du serviteur ou de la personne qui a besoin de se réfugier derrière les décisions des autres pour acquérir une plus grande sûreté dans sa vie personnelle. Ce n'est pas non plus l'obéissance du fils vis-à-vis des parents, ni du sujet vis-à-vis des autorités civiles. Elle est, par contre, une réponse libre à l'invitation à suivre le Christ, le choix volontaire de se soumettre à des médiations, parce qu'on croit qu'à travers celles-ci Dieu peut nous atteindre. Elle est un acte de liberté du "je" face au "Tu" de Dieu.

Ainsi, l'engagement d’obéissance n'empêche pas la liberté, mais la suppose ; elle n'entrave pas la croissance humaine, mais favorise l'autonomie de la personne. En effet, seul le libre choix rend les convictions authentiques, la croissance personnelle vraie et le témoignage crédible. Une obéissance vécue comme une coercition ou une incapacité d'autonomie peut obliger, peut-être, à certains comportements, mais ne parvient pas à modeler le cœur ni à forger l'esprit.

Engagement dans le projet commun

L'obéissance des personnes consacrées se présente dès lors comme une attitude de dépendance filiale et non servile, riche du sens de la responsabilité. Elle demande un esprit d'initiative, les énergies de l'esprit et de la volonté, pour mieux accomplir ce qui est demandé afin de réaliser le projet évangélique commun. Elle comporte une implication personnelle par rapport à ce qui est proposé et dont on accepte les conséquences.

Cette obéissance est une recherche et un accueil de la volonté de Dieu, qui se fait explicite à travers les directives de l'autorité. C'est le signe de l'acceptation du charisme et des médiations par lequel il se concrétise. Les personnes consacrées sont appelées à la suite du Christ obéissant, à l'intérieur d'un projet charismatique, suscité par l'Esprit et déclaré authentique par l'Église. Cette dernière, en l'approuvant, garantit que les inspirations qui l'animent et les règles qui le soutiennent peuvent donner vie à un itinéraire de sainteté et de recherche de Dieu[6].

La conscience de leur identité, de la part des familles de vie consacrée, est d'une importance fondamentale pour forger l'attitude d'obéissance des membres par rapport à l'exercice de l'autorité. Un tel exercice est également un acte d'obéissance : en effet, dans une communauté religieuse, il n’y a pas ceux qui commandent et ceux qui obéissent, mais tous obéissent à la volonté de Dieu qui se révèle par l'articulation des rôles et des fonctions de chacun. Un supérieur qui n'exercerait pas l'autorité qui lui revient d'exercer, serait "désobéissant" vis-à-vis du mandat confié à sa personne, en faisant manquer une médiation indispensable pour les membres.

Il faut rappeler, enfin, qu'il y a aussi une obéissance à vivre par rapport à la communauté fraternelle, dans le sens que celle-ci doit être perçue comme une valeur fondamentale et un "lieu" où le Seigneur se rend présent. Si l'on n'est pas capable d'attention vis-à-vis de ce que Dieu nous dit à travers les besoins, les nécessités, les paroles, les dons des membres de notre propre famille, l'on ne peut pas être véritablement au service des autres, ni assumer de façon crédible les exigences apostoliques ad extra.

L'engagement à l'obéissance exprime ainsi, chez les personnes consacrées, une attitude d'acceptation confiante de l'action salutaire de Dieu dans sa propre vie ; comme pour la chasteté et pour la pauvreté, il est essentiellement un acte théologal, un acte eschatologique, une proclamation de ses propres convictions de foi.

Silvia Recchi

 

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[1] Cf. T. Goffi, Obbedienza, in E. Ancilli (sous la direction de), Dizionario Enciclopedico di Spiritualità, II, Città Nuova, Roma 1990, 1739-1743.

[2] Cf. Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, Le service de l'autorité et l'obéissance, 5-6.

[3] "De même, la Règle et les autres normes de vie deviennent ainsi médiation de la volonté du Seigneur : médiation humaine, mais qui fait toujours autorité, imparfaite mais en même temps contraignante, point de départ pour prendre la route chaque jour, mais à dépasser dans un élan généreux et créatif vers la sainteté que Dieu 'veut' pour chaque consacré", Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, Le service de l'autorité..., 9.

[4] "En effet, l'attitude du Fils révèle que le mystère de la liberté humaine est une voie d'obéissance à la volonté du Père et que le mystère de l'obéissance est une voie de conquête progressive de la vraie liberté", Vita consecrata, 91.

[5] Cf. Perfectae caritatis, 14.

[6] Cf. Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, Le service de l'autorité..., 9.

 

01/04/2014

 

 

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