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Nouvelles d'Afrique

 


LE PORT DES ESCLAVES OUBLIÉ DE L’HISTOIRE

 


 La presse locale au Cameroun s’en occupe depuis quelques années, mais ce n’est que le 10 mai dernier, lorsque la France a commémoré l’abolition de l’esclavage, que la nouvelle a été portée à l’attention internationale.

Le port camerounais de Bimbia, en effet, appartient à l’histoire oubliée de l’esclavage, même s’il a favorisé un intense commerce des esclaves.

Plus de 8.000 seraient les Afro-américains qui ont identifié leur origine camerounaise et dont les ancêtres esclaves sont vraisemblablement partis du port de Bimbia. Parmi eux, selon la presse récente, il y a le fameux producteur de musique Quincy Jones et l’ancienne secrétaire d’État Condoleezza Rice.

Grâce à ces révélations, les vestiges enfouis de Bimbia refont peu à peu surface. Le site a été même classé au patrimoine national de l'État camerounais et, depuis mars dernier, une requête de son inscription au patrimoine mondial a été avancée à l’UNESCO.

La Gorée camerounaise

On n’avait jamais parlé d’un véritable commerce d’esclaves au Cameroun, alors qu’on évoquait plutôt les plus fameux sites de Gorée au Sénégal, de Ouidah au Bénin et de la Gold Coast, l’actuel Ghana.

 Les dernières recherches, cependant, indiquent que plus de 10 % des victimes de la traite négrière transatlantique seraient parties du Cameroun.

Bimbia, qui est considérée toujours plus comme la Gorée du Cameroun, se trouve au bord de l’Atlantique et appartient à la commune de Limbe, dans la région sud-ouest du Pays.

Selon la légende, elle était à l’origine un état indépendant peuplé par l’ethnie Isubu.

Le port a été en 1884 annexé par les Allemands à leur colonie du Cameroun.

Treize navires chargés d’esclaves

Le site de Bimbia est aujourd’hui enfoui dans une vaste forêt. Pour y arriver, il faut remonter de Limbe et, après 12 km de piste rocailleuse, il faut encore continuer à pied pour 3 km, les mêmes empruntés un temps par les esclaves entravés.

 L’environnement hostile indique que, pendant la période d'intense commerce, les Isubus utilisaient ces obstacles naturels pour cacher les esclaves dans l'arrière-pays.

La tradition orale, confirmée par des recherches américaines, révèle que douze ou treize navires avec les esclaves, quittèrent le port de Bimbia. Le premier a levé l'ancre en 1776 en direction de l'île Saint-Vincent aux Caraïbes. Le dernier navire parti en 1838 a accosté à Cuba.

On retrouverait ainsi trace de quelques milliers d’esclaves qu'ils transportèrent en Caroline du Nord, au Brésil, en Guyane et à la Jamaïque. Des notables de Douala, la capitale économique du Cameroun, détiendraient encore des documents datant de cette époque.

Professeure d'études africaines à l'université de l'Arizona, Lisa Aubrey avance le chiffre de 46.000 à 68.000 esclaves d’origine camerounaise. Les dernières recherches et découvertes, en réalité, indiquent que 10 % des esclaves seraient partis du Cameroun. Et puisque la plupart des historiens contemporains estiment à 12 millions les victimes de l’esclavage, les chiffres qui se réfèrent à ce Pays seraient donc bien plus élevés.

En effet, souligne le professeur Stephen Fomin, historien et spécialiste de l’esclavage, qui participe actuellement aux recherches qui repositionnent le Cameroun dans l’histoire de la traite négrière, l’implication de ce Pays dans la traite n’a pas été suffisamment évaluée.

Au Cameroun, d’aucuns ont voulu mettre en doute l'authenticité de la fonction du port de Bimbia. Mais l'un des vestiges les plus révélateurs de l'abjection de la traite bat en brèche la théorie de l'imposture: Bimbia conserve encore des vestiges des cellules qui servaient de prison des esclaves avant l’embarquement, leurs mangeoires et même les restes des chaînes métalliques.

La découverte de Bimbia

Le site a été découvert en 1987. Malgré son intérêt historique, le lieu est resté peu connu ; il est encore submergé par une haute végétation et les bâtisses sont en ruine.

 Il bénéficie aujourd’hui, pour sa valorisation, d’une importante contribution financière de la part du Bureau pour les affaires éducatives et culturelles du Département d’État américain.

Depuis 2010, en effet, dans le cadre du programme américain Ancestry Reconnection Program ("programme de retour aux origines"), plus de 150 Américains, dont le test ADN avait révélé les origines camerounaises, ont visité le site, en faisant ainsi découvrir son importance culturelle, historique et touristique. Et si Bimbia est depuis quelques années sous le feu des projecteurs, c'est sans doute grâce à Ancestry Reconnection Program qui vise aussi à identifier les routes des navires d’esclaves.

Gina Page, présidente et co-fondatrice de la firme américaine African Ancestry affirme : “En tant qu’Afro-américains nous ne sommes pas en mesure d’établir notre arbre généalogique au-delà d’une certaine génération puisqu’il n’y a plus de traces écrites de nos ancêtres. Grâce à l’ADN, nous pouvons maintenant déterminer avec précision l’origine ethnique de quelqu’un. Nous avons testé plus de 20.000 personnes. Quinze à vingt pour cent d’entre elles avaient leurs origines au Cameroun”.

 

Sources:

www.camerpost.com (10/5/2014);

www.camer.be (10/5/2014);

www.jeuneafrique.com (4/9/2013);

www.slateafrique.com (16/9/2012);

www.cameroon-info.net (22/8/2012)

 

 

 

 

(Traduit de l'italien par Giuseppe Di Salvatore)

 


 

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