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Droit canonique et cultures/29

 

 

LE DROIT DE L’ÉGLISE FACE AUX CULTURES/2

Droit universel et droit particulier

 


Le Code de droit canonique actuel laisse des "portes ouvertes" pour la création d’un droit particulier comme instrument d’adaptation de sa discipline. Ainsi, il offre une chance concrète pour la production d'une législation avec une identité spécifique, plus attentive au contexte socioculturel de la communauté ecclésiale dont l’Église doit discipliner la vie.

Les législateurs particuliers

De nombreux canons dans le Code confèrent à l'Évêque la détermination de décisions disciplinaires qui comporte la création d'un droit particulier diocésain. Il s'agit d'une reconnaissance beaucoup plus significative que celle du Code précédent, du rôle de l'Évêque de donner des directives pour la portion du peuple de Dieu à lui confiée.

Dans son élaboration d’une discipline spécifique, l'Évêque est aidé par les conseils diocésains (épiscopal, presbytéral et pastoral), par le collège des consulteurs et aussi, de manière spéciale, par le synode diocésain où le peuple de Dieu n'est pas seulement destinataire, mais aussi sujet actif des décisions pastorales. De cette manière, il est possible de parvenir à des adaptations opportunes des règles et des structures, en fonction de la variété des situations locales.

Les Évêques d’Afrique ont, jusqu'à maintenant, occupé peu cet espace ; ils ne sont, peut-être, pas encore pleinement conscients de leurs possibilités et de l'importance de faire vivre, dans le cœur de l'Église, la communauté ecclésiale à eux confiée, avec une foi exprimée dans la richesse de ses composantes culturelles.

En outre, des secteurs significatifs de compétences sont confiés actuellement aux Conférences épiscopales. Le Code leur a attribué un rôle considérable pour compléter sa législation, pour la rendre spécifique et l’adapter aux exigences des différents groupes humains.

Étant donné que la Conférence épiscopale comprend normalement un territoire avec une certaine homogénéité ethnique, sociale et culturelle, elle est appelée à agir pour le bien des hommes qui vivent dans des circonstances déterminées.

Le Code donne aux Conférences épiscopales la compétence sur de multiples matières, dans le but d'assurer, dans un territoire déterminé, une discipline ou des solutions adaptées, qui répondent aux exigences communes à l'espace humain propre de la Conférence. Elles peuvent être considérées aujourd'hui comme les organismes les plus qualifiés pour adapter la loi universelle de l'Église aux exigences des lieux et des temps.

Or, si nous considérons la production législative des Conférences épiscopales des jeunes Églises d’Afrique, nous constatons que peu nombreuses sont les Conférences qui ont accompli, au moins partiellement, le travail de production des règles complémentaires demandées pour une adaptation de la discipline universelle[1].

D’ailleurs, il n'est pas difficile de deviner les raisons de ce retard, si l’on considère que l’ordre juridique se développe proportionnellement à l'expérience de la vie ecclésiale d'une communauté de fidèles, en rapport à sa réflexion sur la foi, à ses difficultés et à la nécessité de les dépasser. Tout cela exige de parcourir un chemin, lent et difficile, de mûrissement, d’intériorisation et d’explicitation qui demande, entre autres choses, des experts et des moyens juridiques dont bien souvent les jeunes Églises d’Afrique sont dépourvues.

Droit et communion dans l’Église

L’adaptation adéquate du droit canonique dans les Églises d’Afrique n’entraîne pas une canonisation indifférenciée des coutumes et cultures, mais demande un discernement profond.

En effet, le rapport existant dans l'Église entre le droit universel et le droit particulier ne peut pas être interprété par un renvoi pur et simple aux catégories de la centralisation ou de la décentralisation. La nature d’un tel rapport se clarifie à la lumière du principe d'immanence réciproque de l'Église universelle dans l'Église particulière qui constitue l'essence de la notion de communion où les éléments essentiels et constitutifs de l'Église, c'est-à-dire la Parole, les sacrements, l'Esprit avec tous ses dons, sont communs à sa dimension universelle et à sa dimension particulière.

Le particulier et l’universel dans l'Église du Christ, ne peuvent pas être considérés dans une juxtaposition superficielle, parce que tous les deux se réfèrent au mystère du Christ dans sa plénitude, de la même manière que, dans chaque célébration eucharistique effectuée dans n'importe quel lieu ou milieu culturel, se manifeste non une partie, mais la totalité du mystère du Christ.

Voilà pourquoi, tout en assumant les différents éléments humains, les Églises particulières devront toujours exprimer la plénitude du mystère du Christ, qui appartient à toutes les Églises et qui fonde leur communion.

Cela signifie que le pluralisme dans l'Église aura toujours des frontières imposées par la communion dans la même foi, dans la vie sacramentelle et dans la dimension hiérarchique. L'Église particulière, dans son travail d’adaptation de la discipline et des structures, ne pourra jamais souder le christianisme, en oubliant sa transcendance, avec une culture déterminée.

En d’autres termes, malgré tout légitime désir de l'Église d’être en harmonie avec l’ordre social et culturel rencontré, la science canonique se trouvera toujours confrontée à des limites qui ne proviennent pas de l’ordre juridique ou de l'imposition de la culture occidentale, mais de l’ordre théologique et de la foi[2].

Silvia Recchi

 

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[1] Cf. J.T. Martin de Agar - L. Navarro, La legislazione delle Conferenze episcopali complementare al CIC, Coletti a San Pietro, Roma 2009. S’agissant des pays d’Afrique centrale, par exemple, seulement la Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun a produit des règles complémentaires au Code, promulguées le 11 décembre 2012.

[2] Cf. E. Corecco, Ius universale, ius particulare, in Pontificium Consilium de legum textibus interpretandis, Ius in vita et in missione Ecclesiae. Acta Symposii Internationalis Iuris canonici, 19-24 avril 1993, Città del Vaticano 1994, surtout 554-555, 567-568.

 

24/07/2014


 

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