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Profils missionnaires et spirituels

 


JOSEPH CARDIJN/1

Apôtre de la jeunesse ouvrière chrétienne

 

  

Le 13 novembre 1882, naissait à Bruxelles Joseph Cardijn, l'une des figures les plus fascinantes de l'histoire de l'Église belge, dont le procès en béatification a été ouvert le 16 janvier 2014.

Son héritage a dépassé les frontières du mouvement de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et du territoire national même, devenant patrimoine de l'Église universelle.

Animé par un sens profond de l'Église et par un grand amour pour les jeunes travailleurs, il a su produire une synthèse unique entre l'Évangile et la doctrine sociale de l'Église.

Le monde entier peut être reconnaissant à Cardijn pour la pédagogie qu'il a lancée, sous forme de la célèbre trilogie voir, juger, agir qui est devenue le point de référence pour de nombreuses Églises, pour des mouvements et communautés religieuses.

 

L'appel des jeunes ouvriers pauvres

Joseph Cardijn naît à Bruxelles le 13 novembre 1882, d'une famille de modestes travailleurs[1]. Son père  est cocher-jardinier et sa mère travaille au service d'une famille bourgeoise de la capitale. Le petit Jef aide son père pendant le travail, mais cela ne lui empêche pas de suivre l'école avec profit, de lire tout ce qui lui tombe sous la main, d'écouter et d'observer. Un de ses biographes écrit que pour aller aux usines du Brabant, les ouvriers et ouvrières des villages environnants passaient devant la porte de sa maison. Avant même de se lever, dès les quatre ou cinq heures du matin, Joseph entend sous les fenêtres le bruit de leurs sabots sur les pavés. Dans ces files harassées et souffrantes, il y a des adolescents ; il y a même des enfants de son âge, à moitié endormis, littéralement traînés par les camarades plus grands.

Cardijn commence ses études classiques à l'institut Notre Dame, mais il est clair que, comme tous les enfants de familles populaires de ce temps, il devra vite aller gagner sa vie. Un soir, avant d'aller dormir, il y a un colloque avec son père, déterminant pour son avenir : Je voudrais bien continuer à aller à l'école. Je voudrais devenir prêtre et il faut pour cela étudier beaucoup . Je vous demande la permission de ne pas aller travailler. Avec courage, son père répond : Nous avons déjà beaucoup travaillé. Mais si nous, de petites gens, nous pouvons avoir la fierté de donner un fils à Dieu… eh bien, nous travaillerons encore un peu plus.

Cardijn part donc en 1897 au petit séminaire de Malines pour achever ses humanités.

Après son ordination sacerdotale en septembre 1906, il décide d'entreprendre les études de sociologie. Avec l'autorisation de l'archevêque de Malines, le Card. Mercier, il s'inscrit à l'École de Sciences politiques et sociales de Louvain.

Ses études terminées, il est nommé, contre ses attentes, professeur de latin au séminaire de Basse-Wavre (1907-1911). C'est une dure épreuve pour lui, mais il l'accepte avec esprit de foi et d'obéissance.

Vicaire à Laeken

Début 1912, il est atteint par une grave forme de pleurite et ses supérieurs le nomment comme vicaire à Laeken, dans la banlieue de Bruxelles (1912-1918). Il commence ici, très tôt, à rassembler de jeunes apprenties, ouvrières et employées, et lance des enquêtes sur leur milieu de travail.

L'activité enthousiaste et intelligente de Cardijn est vite remarquée par le Card. Mercier qui le nomme Directeur des Œuvres sociales du district de Bruxelles (1915-1927). En 1916 la Belgique est occupée par les Allemands et le jeune prêtre, engagé dans la résistance, est condamné à treize mois de prison. Gracié après sept mois, il retourne en prison un an plus tard pour avoir participé, avec un groupe de camardes de son âge, surtout des filles, aux services d'espionnage en faveur des alliés.

Dans le domaine social, il est convaincu de la nécessité de former une élite ouvrière capable de prendre en main son destin. Avec cet objectif à atteindre, il repense toute la problématique du mouvement ouvrier chrétien et mise décidément sur la jeunesse, l'espoir de l'avenir ; il en appelle à l'engagement personnel et à la responsabilité des jeunes mêmes.

Les difficultés, la rencontre avec Pie XI, la naissance de la JOC

Sous son impulsion naissent, en 1919, les groupes de la Jeunesse syndicaliste. Cardijn cherche à donner au nouveau mouvement une orientation complètement différente par rapport à la spiritualité dominante du temps, en enracinant l'Évangile, les sacrements et la prière au cœur même de la vie et de l'apostolat des jeunes ouvriers dans les usines et les bureaux. Le succès de la Jeunesse syndicaliste se heurte, cependant, à une série de difficultés avec l'ACJB (Action catholique de la jeunesse belge). La vision des deux mouvements est très différente.

Très tôt, les groupes de la Jeunesse syndicaliste se trouvent pris entre deux feux : les mouvements de jeunesse chrétiens existants s'opposent à l'autonomie des jeunes travailleurs, et le mouvement ouvrier chrétien refuse l'autonomie des jeunes, les adultes voulant tout avoir sous leur contrôle.

À partir de 1924, la Jeunesse syndicaliste change de nom en Jeunesse ouvrière, pour souligner que les objectifs éducatifs sont plus importants que les perspectives syndicales. De là, le programme et les statuts de celle qui prendra le nome de Jeunesse ouvrière chrétienne, la JOC.

La JOC connaît un départ fulgurant en Wallonie. À la fin de l'été 1924, un millier de jeunes participent au congrès organisé par l'Association catholique de la jeunesse belge (ACJB).

Cardijn continue à prêcher que l'homme est un être incarné et que le problème du salut doit être situé dans cette perspective : il ne s'agit pas de sauver des âmes, mais de conduire à Dieu des hommes concrets, faits de corps et d'esprit. Et puisque la perspective apostolique est tout aussi fondamentale, il n'admet donc pas que la JOC soit exclue de l'action catholique.

Les difficultés toujours grandissantes que Cardijn rencontre le poussent à aller à Rome pour demander l'avis du Pape Pie XI sur son mouvement. La rencontre avec Pie XI s'avère un succès. Le Pape l'encourage à aller de l'avant sur la route entreprise.

Le 18 et 19 avril 1925 a lieu le premier Congrès national dans le siège des Œuvres chrétiennes de Bruxelles. Les 400 participants approuvent les statuts de la JOC et le programme général du mouvement. Le mouvement se répand aussi en Flandres. Ainsi formée, la branche flamande de la JOC prend le nom de Kristene Arbeidersjeugd (KAJ).

Maurizio Fomini

(À suivre)

 

(Traduit de l'italien par Giuseppe Di Salvatore)

 

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[1] Les références biographiques et les citations dans le texte sont tirées de : Cardijn. Een mens, een beweging /Un homme, un mouvement, S. Van Hecke & E. Gerard, eds. Handelingen van het colloquium/Actes du colloque, Leuven/Louvain-la-Neuve 18-19/11/1982, Universitaire Pers Leuven/Kadoc, Leuven 1983.

 

13/11/2014


 

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