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Thèmes de Doctrine Sociale de l’Église/12 


 

LA SUBJECTIVITÉ DU TRAVAIL

DANS LE MAGISTÈRE SOCIAL DE JEAN-PAUL II


 

Les idéologies récentes qui se sont développées avec l’époque industrielle moderne, le libéralisme et le marxisme, ont élaboré et essayé de réaliser une vision anthropologique et philosophique de l’homme et de la société. Elles ne sont pas les seules, puisqu’au cours des siècles ont été théorisées plusieurs images et conceptions de l’homme, dont nous rend compte l’histoire même anthropologique et culturelle. À de telles conceptions et images sont rattachés aussi différents modes, solutions et formes organisatrices de la société et du travail, étant donné le lien étroit entre la personne humaine et le travail, un rapport vital et radical dont les formes et les modalités de règlementation exercent une influence dans la solution d'un ensemble de problèmes sociaux et politiques de chaque peuple (Cf. Libertatis conscientia, 83).

En vue d’offrir une vision humaine et spiritualisante de l’activité humaine, et par là même humanisante, capable de dépasser les schématismes idéologiques et économiques et d’atteindre une nouvelle synthèse culturelle, Jean-Paul II met en exergue, en partant des principes vitaux de son anthropologie, le sens subjectif du travail, en tant que critère éthique, qualifiant et unifiant de tout son enseignement social sur cette question.

Il considère le sujet du travail dans sa dimension individuelle, ce qui n’a rien à voir avec l’individualisme ; elle comporte, au contraire, une connaturalité sociale et communautaire.

Comme il ressort de ses discours, partout sans distinction, dans les pays industrialisés aussi bien que dans ceux en voie de développement, c’est l’aspect subjectif du travail qui constitue le message central de ses interventions : notamment le travail qui, en tant que dimension fondamentale de l’existence humaine, est une prérogative de l’homme-personne (Cf. Laborem exercens, 6).

Si d’un point de vue philosophique, le concept de subjectivité renvoie directement à la personne humaine, et il en exprime une caractéristique fondamentale, Pape Wojtyla semble tirer, lorsqu’il souligne cet aspect du travail de l’homme, les conclusions de ses études précédentes et de sa tentative personnelle d’interpréter la subjectivité humaine.

Pour Jean-Paul II, la subjectivité, en tant que fondement de la conception de l’homme-personne, rappelle l’irréductibilité de l’homme au monde, elle est, dans un certain sens, un synonyme de tout “l’irréductible dans l’homme”[1].

La personne, selon sa définition classique, implique distinction et relation, la première soulignant la supériorité et la transcendance de l’homme en vertu de sa rationalité, et la seconde la contingence et l’historicité ensemble avec sa capacité originaire d’ouverture, de dialogue et de rencontre.

On peut dire, avec les modernes acquisitions philosophiques et anthropologiques, que l’homme dans son “être au monde” est un être “pour soi”, “en soi”, “pour les autres”.

Par son ouverture transcendantale, la personne est orientée à entrer en dialogue avec l’altérité, avec Dieu et le prochain.

Le travail : actus personæ

Le travail, en tant qu’action accomplie par la personne, n’est donc pas réductible au seul acte de l’homme (actus hominis) en tant qu’action qui, même si accomplie par l’homme, n’engage pas son humanité, mais il est “actus personæ” (Laborem exercens, 24), c’est-à-dire, un acte propre de l’homme (actus humanus) en tant que personne et par lequel il s’exprime tout entier, dans l’unité d’âme et de corps, et se réalise comme être doué d’intelligence, de capacité et de créativité.

C’est donc une “subjectivité créative” de la personne humaine que le Pape met en exergue, soulignant la capacité de l’homme de produire des actions, de concevoir des choses nouvelles et de les réaliser, reconnaissant en cela la marque la plus profonde de l’identité humaine[2].

Cette même “subjectivité créatrice” est la ressource principale de l’homme, comme le Pape affirme dans Centesimus annus (n. 32) : “Avec la terre, la principale ressource de l'homme, c'est l'homme lui-même. C'est son intelligence qui lui fait découvrir les capacités productives de la terre et les multiples manières dont les besoins humains peuvent être satisfaits”. Il doit avoir, donc, la liberté de s’exprimer et celle-ci doit être promue, car l’homme même avec sa créativité et son attitude laborieuse, attributs propres du travail, est en mesure de réaliser son propre bien et le bien commun.

C’est donc la personne qui est le sujet du travail et c’est elle qui détermine la valeur et la dignité de son activité.

Dans ce sens, le travail est, dans son essence, unique. C’est pour cela que Jean-Paul II, lorsqu’il parle du travail, indique “toute l’activité humaine à partir de la plus modeste et d’humble exécution jusqu’à la plus élevée”[3], car ce qui importe, lorsqu’on considère le travail, ce n’est pas le genre de travail, mais le “le fait que celui qui l'exécute est une personne” (Cf. Laborem exercens, 6).

Cette approche personnaliste dépasse complètement la distinction dualiste, propre à l’intellectualisme grec classique, entre travail manuel et travail intellectuel, d’où découlait une évaluation qui sous-estimait et dépréciait le travail manuel et qui a longtemps eu une influence dans la considération du travail dans la culture occidentale.

Avec Aristote, en particulier, le classicisme reconnaît l’aspect créatif de la pensée, de l’activité intellectuelle, mais non celui du travail manuel en le considérant comme indigne d’un homme libre et dépréciant donc les occupations techniques.

La définition du travail, en tant qu’acte de la personne, comprend, par contre, la dimension créative propre à chaque activité, réalisant l’homme en lui-même aussi bien qu’un rapport de priorité de l’homme dans le monde et impliquant la participation de toutes les dimensions spirituelles et matérielles de la personne (Cf. Laborem exercens, 6).

“L’homme tout entier, corps et esprit, participe au travail, indépendamment du fait que le travail soit manuel ou intellectuel”[4].

Cela ne signifie point qu’il n’y a pas de distinction entre les différentes activités, mais que cette distinction est essentiellement historique, c’est-à-dire liée aux différents métiers et professions que toute époque a développés par rapport aux temps et aux cultures, et qu’elle ne touche pas la signification la plus profonde, personnaliste, spirituelle, théologique et étique du travail.

Emanuela Furlanetto

 

(Traduit de l’italien par Giuseppe Di Salvatore)

 

 

______________________

[1] Cf. Wojtyla K., La soggettività e l’irriducibilità nell’uomo, in “Il Nuovo Areopago” 6/2 (1987) 7-16.

[2] Dans Sollicitudo rei socialis n. 15, cette même subjectivité créative devient un droit d’initiative économique qui, si nié, détruirait par la passivité, la dépendance et la soumission l’esprit d’initiative, nécessaire non seulement pour le simple individu, mais aussi pour le bien commun.

[3] Cf. Giovanni Paolo II, Non basta proclamare i diritti dei contadini; occorre creare le condizioni perché siano rispettati. L’incontro con i lavoratori della terra, a Vila Viçosa (14/5/1982), in Insegnamenti di Giovanni Paolo II, V/2, 1644.

[4] Cf. Giovanni Paolo II, Il valore del lavoro umano non può essere ridotto ad un semplice processo di produzione economica. Il discorso al mondo del lavoro durante la visita nella miniera di Monteponi (18/10/1985), in Insegnamenti di Giovanni Paolo II, VIII/2, 999. Cfr. anche Laborem exercens, 24.


03/02/2015


 

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