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Nouvelles d'Afrique

 

COMME des miraculÉs !

L’insécurité routière au Cameroun

 

Dans le rapport sur la sécurité routière de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Afrique détient un record macabre, avec le taux de mortalité routière le plus important au monde : 24,1 personnes tuées pour 100 000 habitants.

“L’Afrique a un taux de morts sur les routes quasiment deux fois et demi plus élevé qu’en Europe”, affirme Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS. Le continent africain, qui possède 2% du parc automobile mondial, recense en effet 16% des morts sur la route dans le monde.

En passant d’un pays à l’autre, les problèmes sont divers mais ont une même cause : le manque de volonté politique en matière d’infrastructures et de prévention. Pour “inverser la tendance à la hausse” des accidents, les chercheurs de l’OMS insistent sur les efforts que doivent fournir les gouvernements.

De nouvelles dispositions au Cameroun...

Pour ce qui concerne le gouvernement camerounais, le secteur des transports, élément névralgique de la politique d’émergence économique du pays, a connu de nombreuses innovations au cours de ces dernières années.

La mise en application de nouvelles plaques d’immatriculation réfléchissantes et de chevron de sécurité, ainsi que la reforme du contrôle technique des véhicules sont autant de réformes entreprises par les pouvoirs publics dans l’optique de promouvoir la sécurité routière. Par ailleurs, l’on peut citer le nouveau dispositif d’octroi des permis de conduire et l’introduction de l’alcoomètre. S’agissant des conducteurs de taxis et de mototaxis, une politique de régulation de ces secteurs d’activités est en cours afin de réduire progressivement la clandestinité.

Des vérifications accrues et de nouvelles mesures correctives sont appliquées au niveau des agences de voyages et des auto-écoles, pour garantir l’amélioration de leur qualité du service.

Afin de rendre plus populaires les nouvelles dispositions, leur mise en application a été accompagnée par les notes musicales d’un ancien succès de Black Rogers La route ne tue pas, mais c’est nous qui tuons, régulièrement diffusé à la radio nationale. Son titre souligne justement, dans un milieu où la mentalité fataliste est très répandue, la responsabilité personnelle.

Malgré ce tableau somme toute flatteur, des dysfonctionnements demeurent encore : la complexité du transport clandestin et la corruption qui a toujours gangrené l’administration des transports. Sur ce dernier fléau, le Ministre des Transports a pris la pleine mesure de la chose en mutant, dès son arrivée, 98% des responsables à tous les niveaux.

... surtout pour l’axe Douala-Yaoundé

Une attention particulière est portée par le Gouvernement sur la nationale 3 qui relie Douala, la capitale économique, à Yaoundé. Cet axe a été classé en 2014 par l'ONU comme l'une des voies les plus dangereuses au monde ; chaque année, le Cameroun déplore une centaine de morts sur ce tronçon de 240 km.

Chaque matin, à la sortie de Douala, la route est complètement embouteillée, ce qui permet aux chauffeurs de contempler, jalonnant les bas-côtés à intervalles réguliers, tantôt une plaque défraîchie rappelant qu'“ici quatre personnes ont perdu la vie” ou, quelques centaines de mètres plus loin, une petite croix noircie par les gaz d'échappement, sur laquelle neuf noms sont inscrits.

Pour décourager les excès de vitesse, l’axe a été doté de radars cachés dans les broussailles qui n'ont pas plus d'effet dissuasif sur les chauffards que les épaves de minibus qui finissent de rouiller dans les fossés.

Dans les deux sens, le rythme des poids lourds surchargés qui défilent ne faiblit jamais ni de jour ni de nuit, sans compter ceux qui se couchent en travers de la route, quatre roues en l’air, provoquant des embouteillages monstres.

Conscients des insuffisances récurrentes constatées sur le principal axe routier du pays et de leurs effets néfastes sur la santé économique du Cameroun, les pouvoirs publics ont lancé un vaste projet de réfection. Le chantier, engagé fin 2014, porte sur la construction d'une autoroute 2×2 voies. Une dizaine de kilomètres ont été réalisés à ce jour.

Recrudescence des accidents de la route

Ce qui préoccupe surtout c’est que, malgré les travaux de réfection commencés sur les principales artères du pays, les accidents de la circulation n’ont pas fini d’ensanglanter les routes du Cameroun. Diverses associations ont attiré l’attention sur le climat de fort émoi collectif provoqué dans le pays par la recrudescence observée depuis quelques mois d’accidents qui ont impliqué, en pleine journée, des camions gros porteurs et des mini bus de transport des personnes, accidents dont le corollaire immédiat est de plusieurs dizaines de familles endeuillées.

Ce constat est d’autant plus alarmant quand on sait qu’il y a de cela quelques mois on saluait tous un décret qui règlementait la circulation dans les grands axes routiers. La mesure qui interdisait les engins de plus de 12 roues de circuler entre 06h00 et 21h00 n’a duré que le temps de la signature d’une décision.

Faux permis et faux chauffeurs

L’on a souvent mis en cause l’état défectueux des routes, ou alors leur étroitesse. Mais, face à la récente recrudescence des accidents, la société civile pointe du doigt la délivrance fantaisiste des permis de conduire.

Au Cameroun, de nombreux usagers obtiennent le permis de conduire grâce aux pots-de-vin. Les dénonciations de la Commission nationale anti-corruption (Conac) sont restées sans effet, malgré la rigueur de la loi.

François Ngah Messobo, le Président national du Syndicat des exploitants d’auto-école du Cameroun, affirme, preuves à l’appui, que la corruption dans l’organisation du permis de conduire est devenue un sport national.

Tout dernièrement les membres du Collectif des Syndicats des auto-écoles du pays ont exprimé le besoin de se faire entendre à travers une grève afin d’amener l’administration sur la table des discussions.

Le Collectif exige la réforme de l’examen du permis de conduire pour mettre fin à la délivrance frauduleuse dudit document, ce qui constitue un véritable danger pour l’intégrité physique des citoyens. “Les statistiques montrent que les accidents de circulation sont la première cause de mortalité au Cameroun et notre pays est le seul au monde dont le permis de conduire n’est pas pris en compte dans les pays Européens”, révèle François Ngah Messobo.

En attendant que les routes soient aménagées, les pourparlers entre syndicats et Ministère des Transports engagés et les dispositions appliquées, les Camerounais vont devoir prendre leur mal en patience. Et continuer, au rythme de la chanson de Black Rogers, à serrer les dents avant de pousser un soupir de soulagement une fois à destination. Comme ces passagers qui, à peine arrivés à Yaoundé, n'ont pas assez de mots pour féliciter le chauffeur du car ; comme s’ils étaient des miraculés !

 

Sources :

www.cameroon-info.net (25/5/2015) ; www.jeuneafrique.com (17/5/2015);

www.237online.com (15/05/2015) ; www.camerpost.com (7/05/2015) ; www.camer.be (10/4/2015)

 

(Rédigé par Franco Paladini)

 

 

Site de la Communauté missionnaire Redemptor hominis