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L'héritage de Mgr Zoa  



Marie, modèle pour la femme africaine/2

Homélies de Mgr Jean Zoa lors des fêtes mariales

 

La dimension active de l'écoute de Marie était fortement soulignée dans les homélies de Mgr Jean Zoa.

Marie étoile de l'évangélisation et cœur de la religiosité populaire au Cameroun pourra indiquer, à travers cette prédication, un chemin toujours actuel aux femmes d'Afrique : celui de l'écoute de la Parole qui devient engagement au cœur de l'histoire et mission.

 


L'écoute active de Marie

Marie est tout d'abord modèle du cœur qui écoute et qui garde la Parole et les évènements de salut[1]. En tant que fidèle disciple, "Marie conservait toutes ces choses et les méditait dans son cœur" (Lc 2, 19).

Dans ses homélies, Mgr Zoa insiste sur le fait que l'écoute de Marie devient mémoire, prière, louange, service de charité, formation, engagement, mission[2].

C'est donc une écoute active, que celle de la Vierge ; une écoute qui n'a pas été toujours facile.

Dans différents moments de sa vie en effet, Marie nous est présentée par les évangiles comme une femme qui garde dans son cœur les merveilles vécues, mais qui se questionne, discerne les signes, assume aussi ce qu'elle ne comprend pas, en attendant avec confiance le déploiement plénier du plan de Dieu[3].

Marie est ainsi un modèle pour les simples chrétiens et pour tous ceux qui s'efforcent aussi d'approfondir leur foi, de mieux la comprendre par la raison, pour la mettre finalement en pratique.

Comme le disait le Cardinal J. H. Newman, l'écoute de Marie peut être proposée comme modèle pour les simples chrétiens, de même que pour les théologiens. En effet, concernant la révélation divine, la Mère de Jésus "ne croit pas que c'est assez de l'accueillir : elle la médite ; ni assez de la posséder : elle la met en pratique ; ni assez d'y donner son assentiment : elle la développe ; ni assez d'y soumettre la raison : elle raisonne sur elle ; ni certainement pas raisonner d'abord et croire  ensuite... mais davantage croire sans réfléchir dans un premier temps, puis raisonner, avec amour et révérence, après avoir cru"[4].

Le cœur et l'écoute active de Marie peuvent être considérés, dans ce sens, comme le modèle pour tous les états de vie : les prêtres, les religieux et les laïcs. 

Mgr Zoa invitait dans le même sens les membres des associations mariales à imiter l'écoute de Marie et ses vertus dans les différentes étapes de sa vie: enfant, jeune fille, fiancée, épouse, mère, veuve, disciple, martyre, témoin[5].

En Afrique, où l'Église est toujours guettée par le fidéisme et les dérives magiques, l'insistance sur Marie comme modèle d'écoute active est très importante, afin d'encourager les fidèles à la compréhension rationnelle de la réalité, à l'approfondissement de la foi et à la responsabilité de l'engagement concret.

Ces thèmes étaient proposés sans cesse par Mgr Zoa comme parénèse, exhortation pratique après la partie doctrinale, dans ses homélies mariales.

Mettre en pratique la Parole

Le but ultime du culte rendu à la Vierge est, en effet, celui "de glorifier Dieu et d'engager les chrétiens dans une vie totalement conforme à sa volonté"[6].

"Marie a accueilli la Parole et l'a mise en pratique ; elle a été inspirée dans son action par la charité et l'esprit de service. En un mot, Marie de Nazareth fut la première et la plus parfaite disciple du Christ"[7].

Marie est donc un modèle de sainteté pour tous, un appel à transformer en moyens de sanctification personnelle et d'apostolat, sa propre vie, la profession, le foyer, les occupations familiales, les engagements sociaux et politiques...[8].

La sainteté, insistait Mgr Zoa, se décline au quotidien : il s'agit d'une communion quotidienne au dessein de Dieu, à l'image de Marie et de son Enfant à Nazareth, où ils progressaient et grandissaient dans leur prise de conscience humaine, dans l'acceptation toujours plus profonde et plus engagée de leur vocation spécifique de Servante et de Serviteur[9].

Marie donne une indication essentielle pour tous ceux qui veulent écouter et servir le Seigneur et sa mission de joie. Comme ce fut le cas à Cana, par sa vie, elle dit à ses fils : "Tout ce qu'il vous dira, faites-le" (Jn 2, 5).

Il s'agit d'une obéissance profonde au projet de rédemption qui nous est proposée comme exemple : l'adhésion vitale qui a conduit Marie, à partir de l'écoute filiale de l'annonciation, aux véritables noces sous la Croix où elle a accepté de devenir mère de l'humanité[10].

La maternité de Marie est ainsi "une maternité qui est physique, spirituelle, mystique et universelle"[11]. Dans le contexte des conflits ethniques du Cameroun, Mgr Zoa insistait sur la dimension universelle du peuple nouveau enfanté par Marie, un peuple qui dépasse toute division de race et d'ethnies.

Marie et la mission

Marie est le modèle de la mission, comprise tout d'abord comme pèlerinage de foi jusqu'à la Croix ; Mgr Zoa en illustrait la dimension missionnaire en proposant souvent les icônes de sa vie, représentées par les mystères du rosaire, icônes focalisées déjà par le Concile Vatican II. La Lumen gentium, en effet, arrière-fond théologique de Mgr Zoa, nous renvoie à des modèles spirituels et missionnaires enracinés dans les Saintes Écritures, de l'Annonciation jusqu'à l'exaltation de Marie[12].

À partir du "oui" de Marie, Lumen gentium discerne une dizaine de paradigmes missionnaires : la Visitation comme expression de service charitable ; la Nativité comme événement par lequel Marie montre son Fils ; la Présentation au temple, comme annonce de contradictions et de souffrances inhérentes à toute évangélisation ; la perte de Jésus au temple, comme patience, discernement et acceptation de l'échec et l'incompréhension dans l'activité missionnaire ; l'intercession à Cana ; le dépassement des liens de sang dans l'écoute de la Parole ; le pèlerinage de la foi de Marie ; la transformation et l'élargissement de la mission de Marie au pied de la Croix ; l'attente de l'Esprit vécue par Marie avec les Apôtres ; l'exaltation de Marie pour une plus grande conformité avec son Fils[13].

Mgr Zoa appliquait ces paradigmes d'une manière pastorale très concrète.

Pendant les années de réflexion synodale mise en route en vue de la célébration du premier centenaire de l'Église au Cameroun, Mgr Zoa indiquait en Marie celle qui assistait les fidèles dans les différentes priorités spirituelles et pastorales du synode, ses quatre axes majeurs[14].

Marie était proposée, dans ce sens, comme modèle de femme engagée et missionnaire.

L'Annonciation était présentée par Mgr Zoa comme l'image du premier axe, de l'approfondissement de la foi, par sa "vie d'union avec Dieu", un Dieu personnel et plein de tendresse. Il est demandé aux fidèles de se convertir et de vivre de sa Parole et de son Esprit.

La Visitation à Elizabeth représentait l'axe du partage missionnaire, dans la double forme de l'accueil, sans discrimination aucune, ou de l'exil et de la sortie de chez soi, pour partager la connaissance de Jésus.

Les noces de Cana indiquaient l'attention constante de Marie aux réalités de la vie quotidienne, ainsi que l'assistance à des jeunes couples sans expérience dans la préparation d'une réception... Toute la dévotion au quotidien de Marie rappelait aux chrétiens leur devoir d'être pleinement chrétiens, citoyens, agents de développement.

La présentation de Jésus au temple représentait l'attachement à son Église. Marie est une "pratiquante", qui enseigne aux fidèles la participation active à la vie liturgique et matérielle de sa propre communauté religieuse, par le travail et la contribution financière[15].

C'était un exemple parmi tant d'autres pour montrer comment la théologie et la spiritualité mariale de Mgr Zoa étaient toujours contextualisées.

Après la visite du Pape Jean Paul II, en 1985, Mgr Zoa demanda aux fidèles d'assumer l'attitude de recueillement et de silence intérieur de Marie, de garder, comme Marie dans leurs cœurs, tous les enseignements du Pape, en prenant la résolution de relire, de retenir, de méditer, de traduire en pratique son message : "L'Église, c'est vous ! ". En devenant approfondissement de la foi et formation, l'écoute réaliserait ainsi la mise en acte de l'"évangélisation en profondeur" prônée par le Pape[16].

 Antonietta Cipollini

(À suivre)

 



[1] On peut bien repérer d'autres réflexions sur Marie et sur ses attitudes spirituelles, notamment celle de l'écoute, dans d'autres homélies de Mgr Zoa, prononcées en diverses occasions autres que celles des fêtes mariales, telles que des ordinations sacerdotales, consécrations religieuses, etc., cf. J. Kuate, Théologie de deux pasteurs de l'Eglise camerounaise : Mgr Jean Zoa et Mgr Albert Ndogmo, Yaoundé 2012, 73 ss.

[2] On retrouve l'écho contextualisé des réflexions mariales de Paul VI : Marie est la Vierge qui écoute : en accueillant la Parole de Dieu, elle croit, en croyant, elle engendre ; elle est la Vierge priante, la Vierge-mère, et la Vierge qui offre son Fils, en participant à la Rédemption et en devenant éducatrice de la foi de l'Eglise, cf. Marialis cultus, 17-21.

[3] Cf. J. Zoa, Homélie pour l'Assomption (1984).

[4] Cf. en ligne en anglais : www.newmanreader.org/works/oxford/sermon15.htlm

[5] Cf. J. Zoa, Homélie à l'occasion du premier anniversaire de la visite du Pape Jean Paul II au Cameroun et du Rassemblement marial de la zone de Mfoundi (10 août 1986).

[6] Marialis cultus, 39.

[7] J. Zoa, Homélie pour l'Assomption (1987), cf. Marialis cultus, 35.

[8] Cf. J. Zoa, Homélie à l'occasion du premier anniversaire...

[9] Cf. J. Zoa, Homélie à l'occasion du 25e anniversaire du Grand Séminaire de Nkolbisson (8 décembre 1994).

[10] Sur le thème de Marie et de sa relation à la Parole, cf. E. Grasso, Maria, Figlia, Sposa e Madre della Parola, EMI, Bologna 2015.

[11] J. Zoa, Homélie pour l'Assomption (1993).

[12] Cf. Lumen gentium, 57-59.

[13] Cf. J. G. Roten, Marie dans l'enseignement missionnaire de l'Église au XXe siècle, in G. Gaucher (éd.), Marie dans l'évangélisation. 63e session de la Société Française d'Études Mariales, Lisieux, septembre 2006, Mediaspaul, Paris 2007, 90 ss.

[14] Le synode diocésain s'est tenu du 7 décembre 1980 au 15 août 1991. Les axes du synode étaient précisément : 1) Approfondissement de la connaissance de Jésus-Christ et de son Église ; 2) Annonce de Jésus-Christ et élan missionnaire ; 3) Engagement dans les tâches de développement du pays au nom de la foi ; 4) Prise en charge et autonomie financière et économique des communautés par elles-mêmes.

[15] Cf. J. Zoa, Homélie pour la clôture de l'Année Mariale, Assomption (1988).

[16] Cf. Zoa, Homélie pour l'Assomption (1985).

 




07/04/2017


 

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