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L'héritage de Mgr Zoa  



Marie, modèle pour la femme africaine/4

Homélies de Mgr Jean Zoa lors des fêtes mariales

  

Mgr Zoa réalisa par sa prédication mariale une profonde inculturation de l'Évangile : il interpellait ses fidèles à l'engagement ecclésial et social à partir d'une nouvelle vision anthropologique, inspirée par la figure de Marie, modèle de l'humanité.



 

Marie et l'inculturation

Par ses homélies mariales, Mgr Zoa formait donc les femmes camerounaises à une nouvelle vision du cosmos ouvert à l'éternité, en leur demandant d'assumer les réalités de la vie, du corps, de la santé, de l'éducation.

Les femmes étaient ainsi spirituellement motivées à l'engagement dans la famille, l'Église et la société, pour réaliser pleinement leur dignité personnelle. On pourrait dire qu'à travers les homélies de Mgr Zoa, Marie elle-même était la pédagogue du peuple de Dieu et notamment des femmes.

Dans la prédication de l'Archevêque, Marie était présentée comme le modèle de cette femme forte qui fait face aux difficultés de tout genre. La femme africaine, en ce sens, pouvait reconnaître en Marie une expérience très proche de la sienne.

Tout en connaissant profondément les traditions de son peuple, l'inculturation de Mgr Zoa n'était pas bâtie sur les "pierres d'attentes", les éléments de base de la culture capables d'accueillir l'annonce de l'Évangile.

C'est en prenant comme point de départ la Parole de Dieu et le Magistère de l'Église que Mgr Zoa interrogeait la culture. Comme nous l'avons déjà souligné plus haut, il se référait surtout à l'enseignement conciliaire de Vatican II ; on reconnaît aussi dans sa réflexion une grande attention à l'Exhortation apostolique Marialis cultus de Paul VI. C'est à partir de cette Exhortation qu'il développa, en 1987, toute la deuxième partie de son homélie en ouverture de l'Année mariale[1].

Il ne faut pas oublier que c'est grâce à Marialis cultus que nous avons eu un "recadrage" de la mariologie contemporaine pour un renouvellement efficace de la piété mariale ; l'attention au concept anthropologique de culture et son insertion dans la mariologie fut en effet une nouveauté importante[2].

L'Exhortation Marialis cultus avait pris en considération les difficultés des femmes contemporaines à s'identifier culturellement avec le modèle de femme qu'inspire Marie. Paul VI rappelait donc que plusieurs aspects culturels de la piété mariale étaient plutôt un héritage historique et qu'il était nécessaire de revenir aux sources bibliques qui rendent possible une confrontation avec Marie dans des contextes socio-culturels différents[3].

On précisait, en effet, que "la Vierge Marie a toujours été proposée par l'Église à l'imitation des fidèles, non point précisément pour le genre de vie qu'elle a expérimentée, d'autant plus que le milieu socioculturel dans lequel elle s'est déroulée est aujourd'hui presque partout dépassé, mais parce que, dans les conditions concrètes de sa vie, elle a adhéré totalement à la volonté de Dieu (cf. Lc 1, 38), elle a accueilli la parole et l'a mise en pratique, elle a été inspirée dans son action par la charité et l'esprit de service : en résumé, elle fut la première et la plus parfaite disciple du Christ. Tout cela a une valeur exemplaire universelle et permanente"[4].

Marialis cultus soulignait que notre époque, comme ce fut le cas dans d'autres époques, est appelée à vérifier ses conception anthropologiques sur Marie et pas le contraire, en réaffirmant un principe important d'inculturation de la mariologie. Tout en insistant sur le fait que les différentes cultures peuvent légitimement exprimer d'une manière spécifique le culte de Marie, Mgr Zoa assumait pleinement le principe de Marialis cultus selon lequel ce sont les cultures qui doivent se soumettre à la critique[5].

Il ne réalisait pas alors une adaptation de l'Évangile aux cultures, mais il insérait ces dernières dans le dynamisme du dialogue avec la Parole de Dieu ; il considérait en outre les cultures dans leur changement historique, pas comme des vérités statiques. En ce sens, son approche n'est donc pas à considérer comme similaire à d'autres tentatives de mariologies africaines inculturées[6].

Marie et la libération de la femme

Dans l'Exhortation Marialis cultus, Marie était située au cœur de la recherche de la libération de l'humanité : "Marie de Nazareth, tout en étant totalement abandonnée à la volonté du Seigneur, ne fut pas du tout une femme passivement soumise ou d'une religiosité aliénante, mais la femme qui ne craignit pas de proclamer que Dieu est celui qui relève les humbles et les opprimés et renverse de leur trône les puissants du monde (cf. Lc 1, 51-53)".

Par une correcte compréhension biblique de Marie, la femme contemporaine pourra reconnaître en Marie "'qui occupe la première place parmi les humbles et les pauvres du Seigneur', une femme forte qui connut la pauvreté et la souffrance, la fuite et l'exil (cf. Mt 2, 13-23) : situations qui ne peuvent échapper à l'attention de celui qui veut seconder, par l'esprit évangélique, les forces de libération contenues dans l'homme et dans la société"[7].

Ce passage qui nous montre Marie comme le modèle de libération des derniers, du bouleversement radical réalisé par Dieu et chanté dans le Magnificat[8], fut mis en exergue par Mgr Zoa à l'ouverture de l'Année mariale en 1987[9] ; ce passage semble être une idée clé de sa pédagogie envers la femme africaine. Comme nous l'avons déjà vu en effet, Mgr Zoa invitait la femme africaine à surmonter une religiosité aliénante et à s'engager dans l'Église et dans la société.

Pour Mgr Zoa, conversion, transformation culturelle, développement et libération de la femme étaient des aspects qui s'appelaient l'un l'autre et qui avaient comme source la Parole de Dieu.

Marie, Mère et sœur

Mgr Zoa n'a pas insisté particulièrement sur l'image de Marie comme mère, pour réaliser une théologie "inculturée" dans un contexte qui attribue une grande importance à ce rôle de recours affectif et d'intercession de la femme à l'intérieur de la famille.

Ces caractères maternels de Marie étaient fortement présents dans la religiosité populaire au Cameroun, et ils y sont encore présents aujourd'hui. Il était donc nécessaire d'introduire d'autres aspects, pour faire accéder la femme à sa pleine dignité.

Mgr Zoa s'adressait aux femmes, en mettant en exergue leur dignité et en exaltant leur capacité d'oblation, de don de la vie, mais aussi d'engagement actif dans l'Église.

Rappelons-nous que pendant ces années-là, l'Encyclique Redemptoris mater, et ensuite la Lettre Apostolique Mulieris dignitatem, rendirent un vibrant hommage à la femme, en l'appelant à se redécouvrir pleinement en Marie[10]. Jean-Paul II soulignait en effet que la dignité de la femme se mesure sur l'ordre de l'amour[11].

Dans la prédication de Mgr Zoa, nous ne trouvons pas de référence au féminisme, une problématique encore absente ou encore à ses débuts en Afrique. En 1995, Mgr Zoa cite et soumet à l'attention des fidèles un passage de la Lettre aux femmes du Pape Jean-Paul II qui "nous explique ce qu'il appelle la 'dualité' du 'Masculin' et du 'Féminin' dans laquelle l'homme se réalise pleinement"[12].

Mgr Zoa s'adressait donc à tous les fidèles, puisque Marie est le modèle du disciple pour tous les chrétiens et pour l'humanité elle est le modèle de l'attitude à adopter devant Dieu[13].

Marie par sa vie et son Assomption montre à tous le chemin, à la suite du Christ et offre la réponse aux questionnements humains fondamentaux, tels que la vie, la maladie, la mort.

L'Assomption de Marie est présentée comme le oui de Dieu aux aspirations de l'homme, à une vie qui soit passion d'amour qui aboutit elle-même à la résurrection[14].

Que l'actualité de cette approche ne nous échappe pas : Marie glorifiée invite encore aujourd'hui, en un temps enfermé dans le présent, à ne pas avoir peur du futur historique et eschatologique, mais à l'assumer sérieusement et avec responsabilité.

Les homélies mariales de Mgr Zoa ont restitué Marie à l'Afrique non seulement comme Mère ; nous pouvons la considérer aussi comme "sœur", puisque son être a été totalement et gratuitement pour l'autre[15] et elle demeure solidaire avec toute l'humanité.

Mgr Zoa a indiqué ainsi à tous un parcours d'imitation des vertus de Marie, mais aussi de responsabilité et d'engagement pour une nouvelle humanité.

Marie, "la Femme", est alors "notre sœur", la créature éminente qui a expérimenté la joie, la douleur, l'espérance et la résurrection. Marie, motif de notre joie, est déjà victorieuse, tout en continuant à montrer le chemin au peuple de Dieu.

Antonietta Cipollini




[1] Cf. J. Zoa, Homélie pour l'Assomption (1987).

[2] Cf. S. De Fiores, Maria nella teologia contemporanea, Centro Culturale Mariano "Maria Madre della Chiesa", Roma 1991, 421. Le texte est accesssible par chapitres dans le web : S. De Fiores, Maria e la donna nel movimento culturale contemporaneo, 400-437, in www.culturamariana.com

[3] Cf. Marialis cultus, 34-37.

[4] Marialis cultus, 35.

[5] Cf. J. Zoa, Homélie pour l'Assomption (1987).

[6] Cf. S. De Fiores, Maria nella teologia contemporanea..., 392-399. Cf. S. De Fiores, Mariologie inculturate, 392-399, in www.culturamariana.com

[7] Marialis cultus, 37.

[8] Cf. C. Perrot, Marie de Nazareth au regard des chrétiens du premier siècle, Les Éditions du Cerf, Paris 2013, 247.

[9] Cf. J. Zoa, Homélie pour l'Assomption (1987).

[10] Cf. Mulieris dignitatem, 31.

[11] Cf. Mulieris dignitatem, 29, cf. anche M. Ko Ha Fong, La "Donna" nella rilettura biblica di Giovanni Paolo II, in Come si manifesta in Maria la dignità della donna. A cura di E.M. Toniolo, Centro di Cultura Mariana "Maria Madre della Chiesa", Roma 1990, 99-100, in www.culturamariana.com

[12] Cf. J. Zoa, Homélie pour l'Assomption (1995) ; "À cette 'unité des deux' sont confiées par Dieu non seulement l'œuvre de la procréation et la vie de la famille, mais la construction même de l'histoire. Si, durant l'Année internationale de la Famille, célébrée en 1994, l'attention s'est portée sur la femme comme mère, la conférence de Pékin est une occasion propice à une prise de conscience renouvelée des multiples contributions que la femme offre à la vie des sociétés et des nations entières. Ce sont des contributions de nature avant tout spirituelle et culturelle, mais aussi socio-politique et économique. Vraiment grande est l'importance de ce que doivent à l'apport des femmes les différents secteurs de la société, les États, les cultures nationales et, en définitive, le progrès du genre humain tout entier ! ". Jean-Paul II, Lettre aux femmes, 29 juin 1995, 8.

[13] "La dignité de tout être humain et la vocation qui lui correspond trouvent leur mesure définitive dans l'union à Dieu. Marie - la femme de la Bible - est l'expression la plus accomplie de cette dignité et de cette vocation. En effet, tout être humain, masculin ou féminin, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, ne peut s'épanouir que dans le sens de cette image et de cette ressemblance", Mulieris dignitatem, 5.

[14] Cf. S. De Fiores, Maria Immacolata ed Assunta a partire dal Concilio Vaticano II, 13, in www.culturamariana.com

[15] Cf. C. Militello, Il mistero di Maria, il mistero della donna, in E.M. Toniolo, Come si manifesta in Maria la dignità della donna..., 69-84, in www.culturamariana.com

 



 

12/04/2017


 

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