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CROIRE, MALGRÉ TOUT/1
L'itinéraire du cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuân


Le Pape François, en signant le 4 mai 2017 le décret sur les vertus héroïques du cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuân (1928-2002), a ouvert la porte à sa béatification.

Grand témoin de la foi au Vietnam, le cardinal Van Thuân a passé treize années en prison, dont neuf en isolement. Il a été ensuite Président du Conseil pontifical pour la Justice et la Paix. En proposant un texte déjà paru dans notre périodique missionnaire[1] en Italie, nous présentons sa vie et sa pensée qui sont d'une grande actualité et constituent une source précieuse d'inspiration et d'espérance pour la vie de chaque chrétien.


Né le 17 avril 1928 à Huê (Vietnam), François-Xavier Nguyên Van Thuân a grandi en écoutant les contes sur les martyrs vietnamiens ; parmi ces derniers il y eut certains de ses ancêtres qui furent séparés de force et envoyés auprès de familles non chrétiennes pour leur faire perdre la foi.

On lui racontait du grand-père qui, à quatorze ans, parcourait à pied trente km tous les jours pour apporter de la nourriture à son père emprisonné ; on lui parlait aussi de tous les fidèles de la paroisse de son grand-père, brûlés vifs dans l'église. Il ne s'agissait pas écrira-t-il d'héroïsme mais de fidélité, mûrie en tournant le regard vers Jésus. Les martyrs, en effet, nous apprennent à dire oui au Seigneur, sans condition et limite, et à dire non aux flatteries, aux compromis, à l'injustice.

Les membres de sa famille, dont l'oncle maternel Ngô Đình Diệm, premier Président du Sud-Vietnam, étaient politiquement impliqués dans les affaires nationales. Sa mère, femme sage et profondément chrétienne, représentait pour tous un appel aux valeurs les plus élevées. Le cardinal Agostino Vallini a écrit qu'un rôle important dans le cheminement spirituel de Van Thuân doit être attribué à l'éducation et aux témoignages reçus en famille, en particulier de sa mère.

Le nom même qu'on lui donna, Thuân, signifie "en harmonie avec la volonté de Dieu". Sa décision d'entrer au petit séminaire fut presque naturelle pour lui, mais au fil du temps, elle deviendra de plus en plus claire et sûre, fortifiée par les histoires de tant de chrétiens du passé et du présent. Parmi eux, la figure de son patron saint François Xavier, mort sans amertume, mais humainement vaincu, juste avant d'atteindre la Chine, tout proche de ce pour quoi il avait dépensé toute sa vie, lui était particulièrement chère ; sans oublier celles des missionnaires français qui avaient été ses formateurs au séminaire et qui avaient été emprisonnés donnant un grand témoignage de foi.

Prêtre en 1953, après avoir obtenu un doctorat en droit canonique à Rome, Van Thuân fut consacré évêque en 1967 et commença un ministère particulièrement fructueux. Cependant, les événements de son Pays viendront tout bouleverser.

En 1973, les soldats américains, qui s'étaient engagés de manière catastrophique dans la guerre du Vietnam entre les forces du Sud et celles du Nord, quittèrent le pays. Le 30 avril 1975, les communistes du Nord conquirent la capitale du Sud, Saigon. Quelques jours auparavant, le 24 avril, Van Thuân était nommé Archevêque coadjuteur de Saigon, ville rebaptisée Ho Chi Minh par les conquérants ; il se rendit tout de suite compte qu'il risquait d'être arrêté. Il était en effet le neveu de l'ancien Président ; ses oncles avaient été les hommes les plus puissants du Pays avant d'être tués : pour ses ennemis, un membre de cette famille ne pouvait être Évêque dans l'ancienne capitale. De plus, il s'était déjà fait remarquer dans la défense de la population grâce à l'aide obtenue de ses contacts à l'étranger ; il était considéré comme un "serviteur des impérialistes" et sa nomination par Paul VI avait été vue comme "une conspiration".

Suite à ces allégations, le 15 août 1975, Van Thuân fut envoyé en résidence surveillée à 450 km de Saigon. Privé de tous contacts et sans possibilité de prêcher, il commença à rédiger de courtes pensées sur de vieux calendriers qu'un enfant avait réussi à lui trouver. C'est ainsi qu'on arrivera à publier son livre Le Chemin de l'espérance, sans nom d'auteur.

En 1976, il fut transporté et emprisonné dans un camp ; il fut enfermé, entre un interrogatoire et un autre, dans une cellule d'isolement sans fenêtre.

Lumière toujours éteinte ou toujours allumée pendant des jours, avec l'interdiction de faire du bruit, la nourriture tantôt rationnée et tantôt accordée en abondance, mais sans possibilité d'aller aux toilettes, pour le forcer ainsi à salir la pièce, il restait couché pour pouvoir respirer l'air venant d'une fente. Il n'avait ni faim ni sommeil, il vomissait souvent ; son corps s'affaiblissait tandis que son esprit commençait à chanceler et à oublier même jusqu'aux prières.

Plusieurs mois plus tard, il fut embarqué avec quinze cents personnes, enchaînées deux à deux, et emmenées dans un camp de rééducation au Vietnam du Nord.

Il fut par la suite transféré plusieurs fois et passa treize ans en prison dont neuf en isolement, puisqu'on n'arrivait pas à le contrôler. Partout en effet, il trouvait des moyens pour devenir lui-même l'enquêté une interpellation pour les autres. On ne put plus lui changer de gardiens de peur qu'il n'arrive à influencer aussi les nouveaux. Pour répondre à leurs questions sur la foi chrétienne, Van Thuân recueillit 1500 mots avec lesquels il leur expliqua le christianisme. D'une manière rocambolesque, certains de ses écrits franchirent les murs de la prison.

Sa sollicitude pour son peuple ne fut en rien entamée même quand, des années après la libération en 1988, on lui interdit définitivement de revenir dans son pays ; il commença ainsi à s'occuper de la communauté vietnamienne à Rome et dans d'autres régions du monde. Au fond, sa vocation guider son troupeau ne l'avait jamais abandonné.

En 1994, Jean-Paul II le nomma Vice-Président du Conseil pontifical pour la Justice et la Paix, dont il deviendra Président en 1998.

On lui doit aussi la phase préparatoire de la rédaction du Compendium de la Doctrine sociale de l'Église. En 2000, il prêcha les exercices spirituels au Saint-Père et à la Curie Romaine.

Lorsqu'en 2001 il fut nommé Cardinal, il souffrait déjà de la maladie qui le conduira à la mort le 16 septembre 2002. En 2007, fut ouvert le procès en béatification.

Mariangela Mammi

(À suivre)

(Traduit de l'italien par la Rédaction du Centre d'études de Mbalmayo)




[1] M. Mammi, Credere, nonostante tutto. L'itinerario spirituale del Cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuân. Dossier, in "Missione Redemptor hominis" n. 104 (2013) I-IV.


24/07/2017

 

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