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JEUNES AFRICAINS DE LA PREMIÈRE HEURE,

  FORTS DANS LA FOI/2

Les vingt-deux martyrs ougandais

 

Le sang des martyrs ougandais a été la semence d'autres chrétiens et leur exemple donne encore aux jeunes africains d'aujourd'hui, souvent désemparés face aux difficultés, l'orientation précieuse de la fidélité et de la force de la foi dans les épreuves.

Leurs noms sont liés aussi à une compréhension plus profonde du discours théologique en Afrique. Comme nous le verrons, les interventions des Pontifes qui, depuis Paul VI, ont aussi visité l'Ouganda, ont marqué un tournant historique pour la mission en Afrique.

 

 

Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires

Reconnus vénérables le 16 août 1912 par Pie X, les vingt-deux martyrs ougandais furent déclarés bienheureux le 6 juin 1920, par Benoit XV.

Des années après, le 22 juin 1934, en confirmant l'importance de la signification de leur témoignage pour l'Afrique, Pie XI déclara Charles Lwanga protecteur de la jeunesse africaine de l'action catholique[1].

Ce sera le Pape Paul VI qui canonisera plus tard, le 18 octobre 1964, pendant le Concile Vatican II, les jeunes martyrs dans une célébration à Rome qui fut accompagnée par le rythme des tam-tams, offrant ainsi leur exemple de courage à l'Église universelle.

Paul VI, dans son homélie, souligna que désormais "l'Afrique était la nouvelle patrie du Christ" et que cette canonisation marquait pour le Continent "une époque nouvelle de régénération religieuse et politique"[2].

Les années '60 en effet bouillonnaient de profonds ferments religieux et sociaux. C'étaient les années qui ont connu le dynamisme imprimé par le Concile Vatican II et celles des indépendances politiques de nombreux pays africains. Ces derniers cherchaient aussi des voies pour retrouver une authenticité culturelle et pour exprimer au niveau ecclésial les formes appropriées d'une incarnation de l'évangile.

La canonisation des fils d'Ouganda signifiait alors que les nouvelles routes de la mission en Afrique étaient ouvertes surtout par la sainteté. Cela dans la continuité avec les origines de l'Église, par la générosité du don de soi jusqu'à la mort, et dans la nouveauté des mouvances culturelles africaines et des problématiques historiques nouvelles.

L'Église montrait par cette canonisation qu'elle se réjouissait du temps de la maturité des Églises d'Afrique et ces martyrs en devenaient comme le symbole[3].

Le Concile Vatican II avait déjà accueilli les instances ecclésiales qui prônaient une nouvelle intelligence de la foi adaptée aux cultures des peuples (cf. Ad Gentes, 22). La reconnaissance forte de la légitimité d'une théologie africaine a été toutefois associée au célèbre voyage de Paul VI en Ouganda, notamment à son discours à Kampala, le 31 juillet 1969.

C'était la première fois qu'un Pape foulait le sol de l'Afrique et dans son discours le Pape réaffirma les liens de communion avec les autres Églises locales, en affrontant ensuite les thèmes les plus épineux avec ce grand équilibre et cette clarté qui le caractérisaient.

Paul VI exprima tout d'abord le respect pour les personnes, pour la terre et la culture de l'Afrique. Il insista aussi sur le fait qu'il était plein d'admiration pour les Martyrs qu'il était venu honorer et invoquer, sans oublier en cette occasion tous les missionnaires qui avaient donné leur vie pour l'Afrique.

Son désir disait le Pape aux fidèles du Continent était de promouvoir ce qu'ils étaient: chrétiens et africains[4].

Il prononça les célèbres paroles qui sont devenues comme un programme de l'Église en Afrique : "Vous, Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires" ... "Vous pouvez et vous devez avoir un christianisme africain"[5].

Cette reconnaissance de l'âge de la majorité des Églises d'Afrique à l'occasion de la canonisation des martyrs ougandais fut le premier fruit du Concile Vatican II pour l'Afrique[6].

A Namugongo au Sanctuaire érigé à la mémoire des vingt-deux martyrs, le Pape indiqua dans ces jeunes martyrs l'exemple de l'Afrique nouvelle : "Ils nous enseignent comment nous devons être chrétiens" ; "Ils ont donné leur vie pour leur foi, leur religion et la liberté de la conscience". Ces jeunes insista-t-il "ont été forts dans la foi"[7].

Paul VI, qui sera prochainement canonisé lui-même, laissa aux jeunes des exhortations qui sont encore aujourd'hui un point de repère pour les mouvements d'action catholique : "Premier, avoir un grand amour pour Jésus Christ; chercher à le connaître bien, demeurer unis à lui, avoir une grande foi et une confiance inébranlable en lui. Deuxième, être fidèles à l'Église; prier pour elle, l'aimer, la faire connaître, et être toujours prêts, comme le furent vos Martyrs, à offrir un témoignage franc en sa faveur. Troisième, être forts et courageux; être toujours heureux, toujours joyeux"[8].

Ce que nous pouvons souligner encore, c'est que toutes les victimes de "l'holocauste de Namugongo", catholiques et protestants ensemble, ont ouvert la route à une théologie authentiquement africaine avec des traits œcuméniques : "Après le versement de sang de ses martyrs en 1886, la confession du christianisme en Afrique n'a pu que se mesurer à l'idéal des martyrs"[9].

Jeunes, vous aussi, vous êtes forts pour le combat

Le Pape Jean-Paul II, à l'occasion du centenaire du martyre des saints de Namugongo, écrivit un message adressé à l'Église d'Ouganda. En tenant compte du contexte socio-politique et des foyers de guerre civile qui ensanglantaient le pays, le Pape invitait à regarder, dans l'exemple des martyrs, Jésus-Christ lui-même qui les appelait à une conversion, à une foi plus profonde et à la réconciliation.

Il invita les jeunes à prendre leur responsabilité historique puisqu'ils pouvaient réussir, comme l'avaient fait les martyrs de Namugongo, dans la lutte contre le mal :

"Vous aussi, vous êtes forts pour le combat : pas la lutte les uns contre les autres au nom d'une idéologie ou d'une pratique séparée des racines mêmes de l'Évangile, non, mais forts pour la lutte contre le mal ... À l'horizon c'est à vous qu'incombe le devoir de construire la nouvelle nation ougandaise. Edifiez-la sur les fondements de l'amour, de la réconciliation et de la vraie justice. Prenez vos responsabilités, car l'avenir de votre pays repose sur vous. Placez votre espérance en Jésus-Christ. Il vous rendra capables d'accomplir votre tâche de bâtir un monde meilleur, libre de la violence, de la discrimination et de l'injustice"[10].

En 1993, Jean-Paul II se rendit en Ouganda ; à Namugongo, il souligna le fait qu'avec l'offrande de leur vie, tout ce qu'il y avait de noble dans les cultures africaines s'était accompli en Christ dans la vie des jeunes martyrs ; ils avaient accéléré aussi la renaissance de l'Afrique en Christ. Le Pape rendit hommage ensuite aux nombreux catéchistes qui avaient continué le travail des martyrs et certains aussi au prix de leur vie[11].

Il invita les différentes composantes du peuple de Dieu, notamment les laïcs, à devenir sel et lumière de la terre comme le furent les martyrs, à unir donc l'enseignement à la vie.

Jean-Paul II souligna : "L'image du Christ se reflétait en eux avec une force spirituelle qui attire encore aujourd'hui les personnes vers lui. Dans leur vie et dans leur mort, les martyrs ont montré la force de la croix, la force d'une foi plus forte que la peur, une vie qui triomphe sur la mort, une espérance qui illumine le futur, et un amour qui réconcilie les ennemis les plus jurés"[12].

Ce voyage du Pape qui aujourd'hui est Saint Jean-Paul II, se situait dans la dernière phase de préparation du Premier Synode Africain, avec la publication de l'Instrumentum laboris et l'annonce de la date du Synode pour avril 1994. Le Saint Pape confia donc ses travaux et ses espérances à l'intercession des Martyrs ougandais[13]. Il fit siennes les paroles de l'hymne chanté par les Martyrs quand ils rendaient le témoignage suprême au Christ avec leur mort : "Fais que nos yeux soient ouverts, pour voir notre Roi et notre Sauveur, et que nos cœurs soient toujours prêts, pour l'écouter et pour chanter sa louange". Le Pape souhaitait finalement que cet hymne puisse se répandre d'une manière chorale dans le Continent entier[14].

Un dépôt à ne pas garder dans un musée

Le magistère et les visites des Pontifes en Ouganda nous ont bien montré que le martyre des jeunes de Namugongo est une source spirituelle et théologique incontournable pour l'Église d'Afrique.

Plus récemment, Pape François aussi a visité l'Ouganda pour honorer les saints martyrs à l'occasion du 50e anniversaire de leur canonisation.

Devant le Corps diplomatique et les Autorités, il rappelait ainsi l'importance du témoignage des martyrs pour la vie sociale et politique :

"Les Martyrs, catholiques et anglicans, sont de véritables héros nationaux. Ils rendent témoignage aux principes-guides exprimés dans la devise de l'Ouganda Pour Dieu et pour mon Pays. Ils nous rappellent le rôle important que la foi, la rectitude morale et l'engagement pour le bien commun ont joué, et continuent de jouer dans la vie culturelle, économique et politique de ce pays. Ils nous rappellent aussi que, malgré nos différentes croyances et convictions, nous sommes tous appelés à rechercher la vérité, à travailler pour la justice et la réconciliation, comme à nous respecter, nous protéger et à nous aider mutuellement en tant que membres de la même famille humaine"[15].

Le Pape en parlant aux fidèles ougandais à Namugongo est revenu sur la nécessité au niveau ecclésial aussi de parcourir la route du témoignage dans les situations historiques actuelles et dans le vécu de chaque jour :

"On ne s'approprie pas cet héritage comme un souvenir de circonstance ou en le conservant dans un musée comme si c'était un joyau précieux", affirmait le Pape François. "Nous l'honorons vraiment et nous honorons tous les Saints, lorsque plutôt nous portons le témoignage qu'ils ont rendu au Christ dans nos maisons et à nos voisins, dans nos lieux de travail et dans la société civile, soit que nous restions dans nos maisons ou que nous nous rendions jusqu'au coin le plus reculé du monde"[16].

Pour le Pape François le témoignage des martyrs dans la force de l'Esprit Saint impulse encore aujourd'hui un dynamisme ecclésial et demande à tous les fidèles de devenir des disciples missionnaires[17].

Il revint sur le même thème de la réactualisation du témoignage des martyrs en différentes occasions de sa visite pastorale.

La rencontre avec les prêtres, religieux et séminaristes est la plus explicite à ce propos. Il leur demanda de passer du temps des héritiers à la génération qui construit les gloires futures. C'est ainsi qu'il affirmait :

"La première chose que je veux vous dire c'est que vous ayez, que vous demandiez, la grâce de la mémoire. Comme je l'ai dit aux jeunes : le sang des catholiques ougandais est mêlé au sang des martyrs. Ne perdez pas la mémoire de cette semence, pour qu'ainsi vous continuiez à grandir. Le principal ennemi de la mémoire c'est l'oubli, mais ce n'est pas le plus dangereux. L'ennemi le plus dangereux de la mémoire c'est s'habituer à hériter des biens des aînés. L'Église en Ouganda ne peut pas s'habituer, jamais, au souvenir lointain de ses martyrs. Martyr signifie témoin. L'Église en Ouganda pour être fidèle à cette mémoire doit continuer à être témoin, elle ne doit pas vivre de rentes. Les gloires passées ont été au début, mais vous avez à faire les gloires futures. Et c'est la tâche que vous confie l'Église: soyez témoins comme ont été témoins les martyrs qui ont donné la vie pour l'Évangile"[18].

Le Pape François demande donc aux jeunes ougandais et à l'Afrique en général de ne pas vivre de rente, de garder toutefois la fidélité à la mémoire de ses Martyrs dont le sang circule dans leurs veines, d'être fidèles aussi à la prière, pour relever enfin les défis actuels de l'évangélisation.


[1] Pie XII, Litterae Apostolicae Beatus Carolus Lwanga martyr, iuventutis Africanas Actionis catholicae patronus declaratur (22 juin 1934), in Actes de S.S. Pie XII (tome 11), www.liberius.net/livres/Actes_de_S._S._Pie_XI_(tome_11)_000000996.pdf, 203-205.

[2] Cf. Pablo VI, Homilía de canonización de los mártires de Uganda (18 octubre de 1964), in www.vatican.va. Le site du Vatican nous propose l'homélie en langue espagnole et latine.

[3] Pablo VI, Homilía de canonización... ; pour voir quelques photos d'archive de la canonisation, cf. www.peresblancs.org/archivesfotos.htm

[4] Paul VI, Homélie au Symposium des évêques d'Afrique, Kampala (31 juillet 1969), in www.vatican.va

[5] Cf. Paul VI, Homélie au Symposium...

[6] Les affirmations historiques de Paul VI, prononcées à Kampala, seront insérées bien plus tard dans l'Exhortation Apostolique post-synodale Ecclesia in Africa, au n. 56.

[7] Paul VI, Homélie au Sanctuaire des Martyrs ougandais de Namugongo, Kampala (2 août 1969), in www.vatican.va

[8] Paul VI, Homélie au Sanctuaire des Martyrs ougandais de Namugongo..., cf. aussi A. Sodano, Message du Saint Père à l'Action Catholique en Afrique (31 juillet 2006), in Le futur du christianisme en Afrique et dans le monde. IIIe Rencontre continentale Africaine du Forum International d'Action Catholique, Lugazi, Ouganda. Actes, in www.catholicactionforum.org/wp-content/uploads/2015/09/FR_AttiLugazi2006_low.pdf, 5-6.

[9] E. E. Uzukwu, L'Afrique anglophone, in J. Dore (éd.), Le devenir de la théologie catholique mondiale depuis Vatican II, 1965-1999, Collection Sciences théologiques et religieuses, Beauchesne, Paris 2003, 227.

[10] John Paul II, Message on occasion of the centenary of the Holy Martyrs of Uganda (21 may 1986), in www.vatican.va

[11] Giovanni Paolo II, Omelia nel Santuario dei martiri ugandesi di Namugongo (7 febbraio 1993), in www.vatican.va. Le site du Vatican nous propose l'homélie en langue italienne et anglaise.

[12] Giovanni Paolo II, Omelia nel Santuario dei martiri ugandesi...

[13] Giovanni Paolo II, Discorso in occasione dell'inaugurazione della III Riunione del Consiglio della Segreteria Generale del Sinodo dei Vescovi per l'Africa, Kampala (9 febbraio 1993), in www.vatican.va. Le site du Vatican nous propose l'homélie en langue italienne et anglaise.

[14] Giovanni Paolo II, Discorso in occasione dell'inaugurazione della III Riunione...

[15] Pape François, Rencontre avec les Autorités et le Corps diplomatique (27 novembre 2015), in www.vatican.va

[16] Pape François, Homélie Messe pour les Martyrs de l'Ouganda, Namugongo - Kampala (25 novembre 2015), in www.vatican.va

[17] Pape François, Homélie Messe pour les Martyrs de l'Ouganda, Namugongo...

[18] Pape François, Rencontre avec les prêtres, religieux, religieuses et séminaristes, Kampala (28 novembre 2015), in www.vatican.va

 


 

23/07/2018

 

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