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JEUNES AFRICAINS DE LA PREMIÈRE HEURE,

  FORTS DANS LA FOI/3

Les vingt-deux martyrs ougandais

 

"L'Église reconnaît dans la sainteté de beaucoup de jeunes, la grâce de Dieu qui prévient et accompagne l'histoire, la valeur éducative des sacrements de l'Eucharistie et de la Réconciliation, la fécondité de chemins partagés dans la foi et la charité, la charge prophétique de ces 'champions' qui souvent ont scellé dans le sang le fait d'être disciples du Christ et missionnaires de l'Évangile. S'il est vrai, comme l'ont affirmé les jeunes..., que le témoignage authentique est le langage le plus parlant, la vie des jeunes saints est la vraie parole de l'Église, et l'invitation à entreprendre une vie sainte est l'appel le plus nécessaire pour les jeunes d'aujourd'hui"[1].
 

 

Ainsi l'Église, en guise de conclusion de l'Instrument de Travail pour le Synode sur "Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel", invitait les jeunes à regarder la constellation de jeunes saints pour se confronter avec eux et pour en faire une référence dans leur existence.

En nous confrontant avec la réflexion synodale, nous pouvons alors nous demander : en quoi les jeunes martyrs ougandais sont-ils une référence pour les jeunes d'aujourd'hui ?

Le Magistère des Pontifes, lors de la canonisation et des visites réalisées pour s'agenouiller au sanctuaire des martyrs ougandais à Namugongo, a souligné d'une manière unanime l'admirable force de foi de ces jeunes, dans l'épreuve et jusqu'au don total de leur vie.

La force d'affronter les défis de l'existence et la capacité d'oser des sentiers nouveaux devraient être les caractéristiques spécifiques des jeunes qui sont dans la plénitude de la vigueur physique. Et pourtant, les jeunes d'aujourd'hui sont souvent en proie au découragement et à l'incertitude[2].

Ils sont souvent comme les disciples d'Emmaüs qui rentrent chez eux avec leurs rêves brisés, le cœur triste. Jésus, "jeune parmi les jeunes", désire encore aujourd'hui les accompagner[3], leur faire découvrir le sens des Écritures, de leur vie, et s'offrir à chacun d'eux.

Pour avoir la vie en abondance que le Seigneur offre, chaque jeune doit non seulement savoir l'accueillir, mais aussi entrer dans une logique de réciprocité de la gratuité de l'amour.

Jésus, en effet, ne remplit pas un vide, il n'accomplit pas un projet de l'homme comme la réflexion synodale le souligne opportunément ; en évoquant l'épisode de la vocation du jeune riche, on nous rappelle que Jésus propose toujours une aventure de la foi, d'oser pour le suivre[4].

Certaines expressions de Pape François ont été fort médiatisées ; pour secouer les jeunes, il les a invités souvent à être des protagonistes et à laisser une empreinte dans l'histoire, à ne pas être "les jeunes du divan"[5] ; il les a défiés à ne pas chercher uniquement le confort et à ne pas reculer face aux difficultés et finalement, il les a invités à faire confiance en Dieu, comme Marie l'a fait[6].

Les jeunes martyrs ougandais ont eu cette confiance et l'espérance d'une vie  éternelle et que d'autres suivraient leur exemple. Ils l'ont fait avec joie et avec un élan juvénile, en chantant des hymnes jusqu'à la fin, exprimant la générosité de l'amour qui n'accepte pas la médiocrité et le compromis[7].

Ce sont des aspects à redécouvrir par les jeunes et par tous les chrétiens d'aujourd'hui. L'Église entière en effet ressent elle-même le besoin de dépasser les fausses certitudes de la mondanité et désire retrouver le visage de la jeunesse de ses saints, une foi qui ose risquer[8].

Un autre aspect important fut mis en exergue par la canonisation des jeunes martyrs ougandais : la volonté d'affirmer la liberté de leur conscience face au pouvoir du roi. Il est opportun de rappeler que dans leur culture, le roi avait jusqu'alors un pouvoir de vie et de mort incontesté, et il ne lui était pas étrange d'offrir des sacrifices humains aux "génies" traditionnels.

Joseph Mukasa, qui était un conseiller très considéré, osa courageusement dire au roi de ne pas tuer la délégation de missionnaires anglicans arrivés à la cour avec leur premier évêque Hannington, et il le blâma ensuite de l'avoir fait.

Le roi était désormais convaincu que les chrétiens voulaient le renverser.

Joseph, apôtre intrépide, fut emprisonné pour son esprit libre et devint le premier martyr, avant les autres, le 15 novembre 1885.

"Ne me liez-pas" - dit-il au bourreau. "Moi qui vais mourir pour Dieu, pourrais-je m'échapper ?".

Avant de mourir, il envoya un message au roi par le bourreau : "Dis à Mwanga que je lui pardonne de bon cœur de m'avoir fait tuer sans raison. Mais tu ajouteras que je lui conseille fort de se repentir, car, s'il ne se repent pas, je serai son accusateur devant le trône du jugement de Dieu". Il fut décapité, puis brûlé. Il avait 26 ans.

Charles Lwanga, Kisito et les autres jeunes pages de la cour, quelques mois plus tard, refusant d'arrêter de "prier" (d'aller à la doctrine et d'être chrétiens) et en se soustrayant aux avances homosexuelles du roi, mirent eux aussi en crise l'autorité royale.

Ils avaient été parmi les serviteurs les plus efficaces, selon la vertu traditionnelle de respect de l'autorité du roi, mais ils ne pouvaient pas accepter de trahir leur conscience renouvelée en Christ.

Interpellés par le roi pour définir leur position devant les chefs, Charles Lwanga et Kizito, main dans la main, se rangèrent du côté des "gens qui prient", prêts à mourir, suivis par les autres pages.

Le dernier point qui est à souligner est la beauté de cette amitié dans le Seigneur entre Charles Lwanga et Kisito et les autres jeunes.

Charles Lwanga les tint par la main, en tant que catéchiste, il baptisa les catéchumènes, dont Kizito, la nuit, en prison. Il leur donna finalement un témoignage de patience pendant les tortures qui lui furent infligées particulièrement. Voilà pourquoi il sera déclaré protecteur de la jeunesse d'Afrique.

Aucun compromis n'était possible pour la conscience de ces jeunes à la foi inébranlable. Un des jeunes martyrs, Mbaga Tuzinde, fils du premier bourreau, aurait pu échapper à la mort : sa famille, en pleurant l'implora de se cacher et d'abjurer. Mais le jeune Mbaga refusa : il refusa d'être épargné et s'unit aux autres condamnés. Il déclara à sa famille qu'il obéissait désormais à Dieu seul, comme père.

Son père biologique demanda alors qu'on lui inflige ce qu'on appelait la "mort des amis", un coup de bâton sur la nuque, avant que Mbaga soit brûlé avec les autres.

Tous moururent, enveloppés par les flammes, avec les prières aux lèvres, en invoquant Dieu. Les bourreaux furent étonnés de leur sérénité[9]. Les jeunes en effet s'encourageaient les uns les autres ; les dernières paroles de Kizito furent : "Au revoir mes amis, nous sommes en route"[10].

Après ces récits, nous pouvons mieux comprendre l'importance de la formation des jeunes à la liberté et à la conscience, aspects qui riment avec la responsabilité[11].

La beauté du témoignage des jeunes de Namugongo illumine davantage la vie des jeunes d'aujourd'hui par leur totale orientation au Christ et à son imitation.

En effet, "cette valorisation de la conscience s'enracine dans la contemplation de la manière d'agir du Seigneur : c'est dans sa propre conscience que Jésus, en dialogue intime avec le Père, prend ses décisions, même les plus dures et déchirantes, comme celle du Jardin des Oliviers. C'est lui la vraie norme de tout agir chrétien et de toute vocation particulière"[12].

Former sa conscience veut dire pour les jeunes se mettre à l'école du Christ, "Chemin, Vérité et Vie", et donc savoir dépasser le relativisme et l'esclavage des passions et des plaisirs, de ce qui plaît ou ne plaît pas, de ses intérêts et conforts du moment, pour adhérer au bien et à la vérité reconnus et choisis dans sa liberté avec volonté et sacrifice[13].

La liberté de conscience des Martyrs, si actuelle pour toute l'Église, a semé aussi une nouvelle culture en Ouganda. Ils défièrent les premier les croyances et les pratiques culturelles traditionnelles, en jetant leurs amulettes, en signe publique de leur foi.

Leur vie est encore un exemple pour les laïcs chrétiens africains[4].

La force, le courage de la foi soutenue par la prière, la liberté, l'affirmation de la conscience, l'amitié et la solidarité dans le Seigneur, voilà les aspects toujours actuels que nous avons voulu enfin mettre en exergue pour l'Église en Afrique et pour tous les jeunes, en ce temps de réflexion synodale.

Honorer les jeunes martyrs ougandais, mettre en valeur dans le présent la "perle d'Afrique" veut dire pour l'Église, savoir aller à contrecourant et donc savoir proposer aux jeunes aussi l'idéal de la sainteté, le cœur de l'évangile et ses béatitudes[15].

Les martyrs d'Ouganda nous invitent tous à revenir à l'élan de l'amour de la jeunesse de l'Église, un amour qui a défié et vaincu la mort.


[1] XVème Assemblée Générale Ordinaire des Évêques, Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. Instrumentum laboris, 213, in www.synod2018.va (dorénavant nous abrègerons IL).

[2] Cf. IL, 77-78.

[3] Cf. IL 75.

[4] Cf. IL 84.

[5] Pape François, Veillée de prière avec les jeunes, XXXIe Journée Mondiale de la Jeunesse, Cracovie (30 juillet 2016), in www.vatican.va

[6] Pape François, Message à l'occasion des XXXIIIèmes Journées Mondiales de la Jeunesse (25 mars 2018), in www.vatican.va

[7] Cf. Pape François, Exhortation Apostolique sur l'appel à la sainteté dans le monde actuel Gaudete et exultate, 1, in www.vatican.va (Nous abrègerons GE).

[8] Cf. IL 77.

[9] Cf. F. Marion, Nouveaux saints africains. Les vingt-deux martyrs d'Uganda, Éditions Ancora, Milan 1964, 33 ss.

[10] A. Shorter, Kizito, in Dictionnaire biographique des chrétiens d'Afrique, in www.dacb.org/fr/stories/uganda/kizito ; l'auteur nous renvoie à une source importante. J.F. Faupel, African Holocaust, St. Paul's publications Africa, Nairobi 1984.

[11] Le Document de Travail synodal rappelle le rôle central de la conscience : "La conscience, comme le rappelle le Concile Vatican II, est 'le centre le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre' (GS 16). À partir d'une telle perspective de foi, il est clair que l'exercice de la conscience représente une valeur anthropologique universelle : elle interpelle chaque homme et chaque femme, et non uniquement les croyants, ainsi tous sont tenus de lui répondre. Chaque personne, grâce à l'expérience d'être aimée dans sa singularité, à l'intérieur du réseau de relations sociales qui soutiennent sa vie, découvre et reçoit l'appel à aimer, qui interpelle sa conscience comme une exigence impérative, et devient sa règle" (IL 117).

[12] IL, 117.

[13] Cf. IL 115-116. Celui de l'éducation contemporaine des jeunes à la liberté et à la conscience est un discours très vaste que nous avons pu seulement évoquer comme importance à partir de l'exemple des martyrs, mais qui mérite une grande attention.

[14] M. Ssekamanya, Les martyrs de l'Ouganda, modèles de vie chrétienne pour les laïcs, in Le futur du christianisme en Afrique et dans le monde. IIIe Rencontre continentale Africaine du Forum International d'Action Catholique, Lugazi, Ouganda. Actes, in www.catholicactionforum.org/wp-content/uploads/2015/09/FR_AttiLugazi2006_low.pdf, 24-30.

[15] Cf. GE 65 ss.

 

 

30/07/2018

 

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