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Nouvelles d'Afrique



  FÊTE DE FOI ET DE FRATERNITÉ

  Les Journées nationales de la jeunesse au Cameroun

 

 

 

Inspirées des Journées mondiales de la jeunesse, voulues par saint Jean Paul II depuis 1985, les Journées nationales de la jeunesse (JNJ) ont déjà été célébrées au Cameroun pour la quatrième fois. Après les éditions successives de Bertoua, Yaoundé et Douala, les récentes Journées se sont déroulées à Garoua, au Nord-Cameroun, du 17 au 22 juillet 2018.




5.000 jeunes environ sont ainsi arrivés à Garoua, venus des différents diocèses du Cameroun. Il y avait aussi quelques représentants des pays de la sous-région. Une variété d'ethnies, de langues et de cultures se sont ainsi rencontrées en une fête de la foi et de la fraternité. Les tensions et les violences vécues au Nord-Ouest et au Sud-Ouest rendaient les jeunes plus sensibles à cette dimension symbolique d'unité et d'espérance pour leur pays qui était d'ailleurs soulignée par les évêques eux-mêmes, pendant les grandes célébrations liturgiques.

Les premiers jours de la semaine, les jeunes ont été accueillis dans différents sites diocésains ou dans des villes voisines, pour introduire les jeunes aux activités catéchétiques, culturelles et pratiques des JNJ.

Les derniers jours de la semaine, tous les jeunes se sont rendus à Garoua, y ont participé aux catéchèses des évêques et aux célébrations, à des temps de silence et d'adoration eucharistique, aux réflexions et aux conférences sur divers thèmes.

Toutes ces activités se déroulaient au centre de Garoua, dans des établissements scolaires, des centres d'accueil proches et communiquant entre eux et qui formaient comme une sorte de citadelle des JNJ. La Procure diocésaine aussi, le Centre d'accueil "Jean Paul II" en faisaient partie : ils ont accueilli de nombreux missionnaires participant à l'évènement.

Un pèlerinage de la foi

L'orientation foncière des JNJ était celle du pèlerinage pour atteindre un approfondissement de la foi. Les fidèles, tous âges confondus, sont très sensibles dans ce contexte à l'expression religieuse du pèlerinage. L'ambiance était d'ailleurs à la fête qui marque toujours les grands rassemblements des jeunes.

Nous avons participé à ce pèlerinage, avec la délégation du diocèse de Mbalmayo comportant une trentaine de jeunes et animateurs, choisis par les deux zones pastorales et les différents secteurs.

Avant notre départ, quelques rencontres avaient permis de préparer le voyage dans ses aspects concrets et de présenter le thème des JNJ : "N'aie pas crainte Marie, puisque tu as trouvé grâce auprès de Dieu" (Lc 1, 30). Ce dernier reprenait et approfondissait le Message du Pape François pour la 33ème Journée Mondiale de la Jeunesse, dans le contexte plus vaste du chemin de préparation de l'Assemblée Synodale des Evêques pour les jeunes.

Dans la préparation du pèlerinage, nous avons insisté sur l'empreinte religieuse d'un temps de révision de vie, de formation dans la perspective d'un engagement missionnaire plus poussé, une fois de retour dans le diocèse.

La distance parcourue pour arriver à Garoua a été d'environ 1.000 km, par train et par autobus. Le voyage de Mbalmayo à Garoua a duré ainsi environ trente heures ; les trains en effet ne sont pas des TGV, ces trains à grande vitesse qu'on connaît en Europe par exemple ; les autobus aussi qui mènent à Garoua à partir du terminal de la gare de Ngaoundéré parcouraient des routes en mauvais état et dépourvues de stations de service.

Pourtant, les jeunes réagissaient avec enthousiasme aux difficultés, en surmontant la fatigue, la chaleur humide avec des températures bien au-dessus des moyennes saisonnières, insolites pour le Nord aussi. Dans le train, ils ne se sont permis que quelques heures de repos et avec une vigueur inépuisable, ils ont recommencé la journée très tôt par la prière, le chapelet, en chantant et en dansant au rythme d'un petit tambour. Le train était pratiquement entièrement occupé par les pèlerins venant d'autres diocèses et les jeunes le parcouraient d'un bout à l'autre pour se connaître ou pour chanter ensemble.

Ils admiraient aussi le paysage qui changeait : les grandes étendues agricoles poussaient loin le regard vers l'horizon, marquant la différence avec la forêt luxuriante et parfois un peu étouffante du Centre-Sud.

À notre arrivée à Lagdo, notre premier site d'accueil, les chants de fêtes des femmes de la paroisse et le milieu pullulant de jeunes ont relancé les énergies des pèlerins qui ont retrouvé finalement avec gratitude les salles propres où ils ont dormi sur les nattes. Le lendemain, avec les autres 700 jeunes accueillis dans le site, ils ont suivi les liturgies et les conférences spirituelles sur le thème de Marie, ils se sont mesurés aussi aux autres par les concours bibliques, de catéchèse, de chants liturgiques : une sorte de demi-finale, avant la grande soirée culturelle de clôture de Garoua.

Les activités culturelles ont consacré une attention particulière au thème de l'écologie ; après une conférence et la transmission de quelques éléments de formation pratique, on a demandé aux jeunes de participer au reboisement du milieu, pour être solidaires avec la lutte contre la désertification. Cette activité a été pour les jeunes un signe de construction du futur : nombreux étaient ceux qui prenaient la résolution de revenir un jour à Lagdo, pour voir la croissance de "leurs arbres", étant fiers d'avoir contribué à redonner vie au Sahel.

La plupart des jeunes découvraient pour la première fois cette zone du Cameroun. La géographie étudiée à l'école devenait concrète et les interpellait sur les aspects sociaux et ecclésiaux.

Pour de nombreux participants, ce voyage a fait en sorte que le Nord ne soit plus dans leur imaginaire seulement la partie la plus arriérée du Pays, à majorité musulmane, avec les foyers terroristes de Boko Haram ; ils ont pu découvrir en effet une Église vivante et organisée, une mission dont l'histoire de générosité et d'héroïsme leur a été présentée avec fierté, lors des conférences.

La finalité des Journées n'était certainement pas d'abord touristique, mais pour ces jeunes, en grande partie originaires de milieux pauvres, pouvoir voyager si loin pour la première fois, apprendre à s'adapter à des situations diverses, à veiller les uns sur les autres... tout cela a été un important exercice de maturation humaine. Comment oublier la dimension culturelle : la visite de la petite ville de Lagdo, par exemple, avec son lac et la centrale hydroélectrique, les étendues agricoles et les pâturages pour les bovins, les chevaux et les ânes, les typiques montagnes rocheuses ? Le tour de Garoua et la visite de son petit aéroport, resteront dans la mémoire des jeunes, comme une expérience unique de découverte !

La confrontation avec la jeune Marie de Nazareth

À Garoua nous avons expérimenté globalement une bonne organisation, préparée plus particulièrement tout au long de l'année dernière par un Comité de fidèles, avec Mr Pascal Ahidjo à sa tête et présidé bien sûr par Mgr Faustin Ambassa Ndjodo, Archevêque de Garoua. Fidèles laïcs bénévoles, membres de l'aumônerie diocésaine et séminaristes, tous ont travaillé activement dans les différents sites pour la bonne réussite de l'événement.

Les contenus des rencontres étaient très riches et avaient comme arrière-fond les problématiques soulevées par la préparation du Synode pour les jeunes : la figure centrale de Marie était au-devant de toutes les méditations ; sa foi, son silence contemplatif ont fait l'objet de différentes rencontres. Toujours dans la perspective vocationnelle, on a traité aussi le thème du discernement vocationnel ; il y a eu en outre la présentation de diverses expériences et de plusieurs mouvements de jeunesse, ainsi que de quelques vies exemplaires de jeunes africains.

Les conférences sur l'amour et la sexualité, sur la corruption, la sensibilisation sanitaire contre le SIDA ont été aussi fort courues. La conférence de Mgr Samuel Kleda, Président de la Conférence épiscopale, sur le thème de l'engagement social des jeunes, a enregistré une grande participation.

Plusieurs évêques ont fait le déplacement de Garoua comme signe de proximité avec les jeunes ; par leurs riches et différentes personnalités, ils ont tous essayé d'écouter, mais aussi de provoquer les jeunes à s'engager et à s'améliorer.

Mgr Joseph-Marie Ndi-Okalla aussi, évêque de Mbalmayo, a rejoint les jeunes à Garoua pour intervenir par des prédications et des catéchèses sur le thème de la vocation et du discernement vocationnel.

Une salle archicomble du Collège Sainte-Thérèse a accueilli sa catéchèse qui a été suivie par de nombreuses questions. En s'inspirant du récit du Pèlerin de saint Ignace de Loyola, de ses Principes et Fondements, Mgr Ndi-Okalla a rappelé aux jeunes qu'il faut être capables de choisir tout ce qui nous rapproche de la destination divine de notre existence et de refuser avec responsabilité tout ce qui nous en éloigne. Il leur a donné de nombreux conseils pour éviter les écueils et les tentations sur le chemin choisi.

Par ces interventions à Garoua, Mgr Ndi-Okalla a ainsi achevé cette année de préparation synodale du diocèse de Mbalmayo, en insistant sur le thème de la vie comme vocation à l'Amour, et aussi comme réponse de foi, sur le modèle d'Abraham.

Dans les différentes rencontres, il y avait cette écoute attentive, signe d'une soif spirituelle de ces jeunes.

Nous-mêmes, dans la présentation de la dynamique synodale pour les jeunes, thème qui nous avait été confié pendant les Journées, nous avons constaté combien les jeunes se laissent interpeller par l'évangile vécu ; ils étaient fort sensibles aux témoignages de vie, plutôt qu'aux réflexions théoriques.

Le thème "Ne crains pas Marie..." nous a permis de faire remonter les préoccupations des jeunes pour leur avenir, relatives au manque d'emploi, à l'angoisse qui les étreint d'échouer leur vie, au fait de ne pas être acceptés et aimés.

Marie a indiqué à ces jeunes par son expérience, que l'initiative vient de Dieu et que chacun est appelé à répondre avec confiance, pour donner corps à la Parole. Marie montrait à tous que la vocation n'est pas la réalisation de son propre projet personnel ; elle demande plutôt d'entrer joyeusement dans le projet de Dieu, dans une aventure de foi. C'est Dieu qui pose la question et qui invite à entrer dans sa danse de l'Amour.

Ces Journées ont donc été une étape importante pour l'Église au Cameroun, pour préparer le prochain Synode sur le thème "Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel".

Pour certains jeunes, c'était une véritable découverte : l'importance de cette initiative synodale de l'Église qui désire aller à leur rencontre.

La mission auprès des autres jeunes

La participation aux JNJ au Cameroun nous a confirmé la positivité de cette grande intuition de saint Jean-Paul II, puisque les jeunes ont besoin de moments forts, d'expérimenter l'identité catholique ; puisqu'ils ont besoin d'une foi vécue, pensée, célébrée, et enfin communiquée.

Les Journées célébrées à différents niveaux géographiques demandent toutefois une préparation adéquate et un accompagnement des participants à leur retour aussi.

Il faut éviter ce que les observateurs des Journées Mondiales de la Jeunesse appelaient "l'effet Tabor", c'est-à-dire la difficulté à se réinsérer dans le quotidien de l'engagement dans son contexte de vie, après une expérience forte de foi et de joie.

Une vérification importante aura lieu au retour des pèlerins dans leurs propres paroisses. Il leur est demandé en effet de communiquer leur expérience et de s'engager davantage dans l'évangélisation des autres jeunes.

À ce propos, les premières réactions après le retour dans le diocèse de Mbalmayo sont encourageantes. Dans notre paroisse d'Obeck, les deux participants ont présenté avec fierté et simplicité, à la fin de la Messe dominicale, leur expérience du voyage et la nouvelle phase d'engagement qu'ils désirent approfondir avec les autres jeunes.

Les autres paroisses de la ville de Mbalmayo ont aussi donné de l'espace aux jeunes pour une relecture du pèlerinage avec tous les fidèles.

De la zone pastorale d'Akonolinga, par les réseaux sociaux, il nous est arrivé un écho d'initiatives semblables et un projet aussi de quelques journées paroissiales pour mieux approfondir le thème synodal.

Les jeunes semblent donc avoir pris au sérieux l'invitation à devenir des animateurs de la jeunesse.

Nous les avons invités tous à un plan de travail annuel avant la rentrée scolaire.

La grande intuition ecclésiale de ces Journées, faut-il le souligner encore, nous renvoie à la priorité d'un accompagnement personnel patient et ferme des jeunes, dans les paroisses et par les diverses institutions éducatives.

La force de l'enthousiasme de ces Journées doit devenir ainsi réflexion, approfondissement, engagement quotidien qui ne se dérobe pas de la fatigue et de la "croix" du changement personnel.

Le défi est donc lancé aux jeunes, mais aussi à l'Église, puisqu'elle est appelée à leur consacrer plus de temps et d'attention, à les accompagner vers la découverte plénière de l'Amour du Seigneur.

Nous soulignons la nécessité de cette option préférentielle, quoique non exclusive, pour les jeunes. En effet, comme le remarque l'Instrumentum laboris de l'Assemblée Synodale des évêques pour les jeunes :

"‘Prendre soin' des jeunes n'est pas une tâche facultative pour l'Église, c'est une part substantielle de sa vocation et de sa mission dans l'histoire. ... Comme le Seigneur a marché avec les disciples d'Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35), l'Église est invitée à accompagner tous les jeunes, sans exception, vers la joie de l'amour" (IL 1).

06/08/2018

 

Site de la Communauté missionnaire Redemptor hominis