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Nouvelles d'Afrique
 


CONNAÎTRE SES ANCÊTRES AFRICAINS

Le mouvement monastique expliqué aux jeunes


Le groupe des jeunes de la paroisse d'Obeck, qui nous avait proposé de passer une journée de ressourcement à Obout, ne connaissait pas le monastère qui s'y trouve, ignorait son histoire et n'avait aucune connaissance du phénomène du monachisme dans l'Église.

Monastère d'OboutPourtant, Obout est un village situé à moins de 40 km da la ville de Mbalmayo. Ce fut ici qu'en 1955 s'installèrent des fils de Saint Bernard, un petit contingent de Trappistes originaire de l'Abbaye d'Aiguebelle en France, et ils y construisirent le monastère, en donnant à la nouvelle fondation le nom de Notre Dame de Grandselve.

Plus tard, en 1968, ces moines se transférèrent à Koutaba, dans l'Ouest du pays ; le monastère de Grandselve fut alors cédé aux Trappistines venues de Laval (France), qui en prirent possession et en conservèrent le nom.

C'est ce monastère qu'on retrouve aujourd'hui, situé un peu à l'écart du village d'Obout, plongé dans le silence de la forêt environnante, bâti selon le style propre des monastères cisterciens.

À l'écoute du lieu

Arrivés au monastère, nous avons proposé aux jeunes de se mettre à l'écoute du "lieu", en leur présentant son patrimoine spirituel. Pour eux, cela a été l'occasion de découvrir le mouvement monastique, d'en connaître les origines africaines, d'en saisir le sens.

Les jeunes ont ainsi appris que la naissance et le développement du monachisme étaient liés à l'avènement de la paix religieuse, après les grandes persécutions subies par les chrétiens aux premiers siècles. Déjà, lorsque le monachisme apparut, vers l'an 270, avec la retraite dans le désert égyptien du premier moine, saint Antoine le Grand, il y eu une "petite" paix garantie par quelques rescrits de tolérance de l'empereur, même si celle-ci fut de courte durée, suivie de violentes persécutions qui reprirent sous l'empereur Dioclétien.

C'est sous la domination de Constantin, après l'année 313, que la situation s'apaisa progressivement et le christianisme trouva un bon accueil dans l'empire, en devenant la religion officielle. Jusqu'alors, le martyre avait représenté aux yeux des chrétiens l'aboutissement du témoignage de la foi et la voie privilégiée d'accès à la perfection de la sainteté. Le christianisme devenant un phénomène de masse, dans la nouvelle situation de paix, des relâchements dans les motivations et les mœurs, des compromis avec l'esprit du monde se faisaient de plus en plus sentir ; désormais il fallait entreprendre des parcours nouveaux afin que les disciples du Christ puissent témoigner leur cohérence de vie.

Aux fidèles plus fervents, qui recherchaient à vivre radicalement l'idéal évangélique, le nouveau chemin à suivre parut se trouver dans l'éloignement de la ville, loin des compromis du monde, en gagnant le dépouillement du désert, lieu de la rencontre avec Dieu, du combat spirituel et des épreuves purificatrices. Cette nouvelle voie prenait visiblement le relais du témoignage public rendu au Christ dansAntoine le Grand le martyre.

Ce fut justement Antoine le Grand qui ouvrit la route, en prodiguant ses biens aux pauvres et en gagnant le désert égyptien, bientôt suivi par de nombreux disciples.

Les jeunes d'Obeck ont fait ainsi connaissance avec cet ancêtre africain dont le choix radical de vie avait donné naissance au monachisme. Ils ont appris que le phénomène se développa ensuite, en passant de sa forme originaire solitaire, à la forme cénobitique ou communautaire, grâce à l'initiative de saint Pacôme, qui vivait dans une autre région de l'Égypte ancien et qui fut l'auteur de la première Règle monastique.

Ils ont pu, en outre, se rendre compte de l'expansion rapide que le monachisme connut, à partir de ces "ancêtres" africains, tant en Orient qu'en Occident. Je me suis borné à évoquer avec eux, suivant leurs questions, les traits de son long parcours à travers les siècles et ses éminents protagonistes.

Parmi ceux-ci, Saint Benoît de Nurse, vécu au VIe siècle, avec la sagesse de l'ora et labora ("prie et travaille") découlant de sa Règle, qui deviendra la grande référence de la vie monastique en Occident. Ils ont découvert ainsi cette spiritualité concrète qui considérait l'oisiveté comme ennemie de l'esprit chrétien, d'où l'importance du travail des mains, afin de conjuguer ensemble la "prière" avec le "travail", la louange de Dieu avec l'effort de l'engagement humain.

Le rappel des développements successifs du mouvement monastique a conduit les jeunes à Saint Bernard de Clairvaux, aux monastères cisterciens pour les faire enfin revenir à... Obout.

Quelle leçon en tirer?

Les jeunes ont suivi avec une grande attention la narration des grandes lignes de l'histoire du monachisme, en comprenant comment ce mouvement est à l'origine de toute vie religieuse et comment il ne cessera jamais, sous ses formes diverses, de tenir une place essentielle dans l'Église, en tant que foyer de vie spirituelle et intellectuelle.

À la lumière du récit écouté, ils peuvent mieux saisir le sens du choix de la vie religieuse. Par rapport à une mentalité courante, ils sont étonnés de constater les racines laïques de la vie religieuse, étrangère à tout pouvoir clérical et ecclésiastique. Ils peuvent la découvrir sous une optique nouvelle, notamment comme le refus de s'installer dans la tranquillité et la sûreté de vie, comme le désir d'affirmer le radicalisme évangélique de la part de simples baptisés.

Cela interpelle toute vie chrétienne. Comme le "moine", en effet, le chrétien est celui qui recherche de manière prioritaire Dieu dans sa vie, qui prend ses distances des compromis du monde et qui assume sans raccourcis les exigences de l'Évangile.

Cette "plongée" dans le phénomène monastique veut enfin rappeler aux jeunes qu'il y a toujours une lutte personnelle à endurer dans la vie chrétienne, qu'il ne faut pas fuir son propre combat spirituel pour accepter vivre dans la superficialité, sans identité ni dignité. Elle rappelle l'importance de la formation humaine qui englobe l'intelligence, le cœur et l'esprit et ne se borne pas à une course aux diplômes ; et également l'importance du travail manuel, trop souvent méprisé par leurs mentalités des fonctionnaires.

L'écoute des grands ancêtres du monachisme est enfin l'occasion pour réveiller le courage de s'ouvrir aux questions profondes que l'Évangile pose à chacun sur sa propre vocation et le sens de sa vie, afin de pouvoir donner avec conviction une réponse personnelle, sans laisser à d'autres la tâche d'en décider à notre place.

Silvia Recchi

31/01/2011

 

Site de la Communauté missionnaire Redemptor hominis