Vie consacrée en Afrique/6


  

COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES EN AFRIQUE:

LE DÉFI DE LA FIDÉLITÉ/1



 

Introduction

Pour les lecteurs, nous proposons, en trois parties successives, une interview d'Emilio Grasso, d'un intérêt majeur et d'actualité pour la vie consacrée en Afrique.

Les jeunes Églises d'Afrique sont caractérisées par un nombre croissant de candidats à la vie consacrée, un phénomène plutôt en contraste avec le déclin progressif des vocations et le processus de vieillissement au sein des instituts religieux en Europe.

Les communautés religieuses en Afrique offrent, aujourd'hui, une image de vitalité, de jeunesse et de dynamisme qui ne fait cependant pas oublier à Emilio les difficultés auxquelles elles sont confrontées : des difficultés liées à la formation des candidats, à leur maturité, à leur stabilité et à leur témoignage dans un contexte de grande pauvreté.

Emilio passe clairement en revue les grands piliers de la vie consacrée. Il ne craint ni à désigner les fragilités des communautés religieuses, ni même à identifier les menaces provenant des cultures et des traditions africaines, quant à la pratique des conseils évangéliques, au rapport individu-communauté, aux relations avec les Églises particulières et à d'autres aspects fondamentaux de cette vie.

De cette interview, il ressort un discours large, riche, exprimé avec réalisme, s'inscrivant en faux contre certains slogans courants qui sont souvent le fruit d'un léger optimisme. Un discours qui, toutefois, dans sa conclusion, devient "prophétique" quant à l'apport authentique que la vie consacrée en Afrique pourra offrir à l'Occident et à l'Église, "si elle n'a pas peur d'être fidèle à elle-même".

Nous sommes donc face à une réflexion sur la vie consacrée en Afrique qui fera méditer aussi les communautés religieuses du vieux continent.

Silvia Recchi


 

VOCATIONS ET IDENTITÉ


Interview à Emilio Grasso


*
En considérant la vie religieuse en Afrique dans une perspective générale, quels éléments semblent mieux la caractériser en ce moment ?

Pour mieux cerner cette question, il convient de partir de l'affirmation selon laquelle la vie religieuse est d'abord "lieu de radicalité", suite du Christ au maximum d'urgence, à l'intérieur de la vie chrétienne. Avant de s'interroger sur la vie religieuse en Afrique, nous devrions d'abord nous interroger au sujet de la vie chrétienne et de la vie ecclésiale dans ce continent. Le choix de la vie consacrée mûrit au sein de l'Église et ne peut qu'en refléter les espérances, les difficultés, les points-forts et les faiblesses. Ceci ne signifie pas que la vie religieuse ne doive pas être promue dès le début de la plantatio Ecclesiæ, dans ses diverses formes, comme le rappelle justement le document conciliaire Ad gentes, lorsqu'il affirme qu'il appartient à la vie consacrée de manifester et d'exprimer plus clairement, au sein de l'Église, la nature profonde de la vie chrétienne (n° 18). On ne doit cependant pas s'étonner si elle reflète aussi la fragilité et les problèmes propres au tissu social et ecclésial où elle se déploie.

Les jeunes Églises d'Afrique sont aujourd'hui appelées à faire un saut qualitatif pour s'acheminer vers leur maturité, laquelle suppose que l'on passe d'une pastorale de la dépendance à une pastorale de la responsabilité, la formation d'un laïcat engagé et impliqué, la prise en charge responsable des nécessités matérielles et spirituelles. Ces jeunes Églises, rendues désormais à 100 ou à 150 ans de la première évangélisation, sont appelées à entreprendre une nouvelle évangélisation qui ne sera plus exclusivement centrée sur la sacramentalisation de masse.

À mon avis, il est question de passer d'un christianisme de peuple à une confessio Trinitatis personnelle, capable d'engendrer une nouvelle culture, car comme l'affirme justement le Pape Jean Paul II, une foi qui ne crée pas une culture est une foi qui meurt. De façon analogue, cela vaut aussi pour la vie religieuse. L'évangélisation de plusieurs jeunes Églises fut possible grâce surtout au travail apostolique des instituts religieux qui ont joué un rôle déterminant dans l'annonce et la propagation de l'Évangile et aussi dans l'enracinement du christianisme dans le continent. Ils ont payé un important prix, dû au fait qu'ils devaient suppléer à toutes les nécessités, à tous les ministères, afin d'assurer différents services dans la première phase de la plantatio Ecclesiæ. Au cours de cette phase de l'évangélisation, les religieux de n'importe quel institut étaient simplement appelés « missionnaires ». Ces derniers formaient une unique catégorie sans grandes distinctions quant à l'identité charismatique de leurs communautés d'appartenance.

Face à ces exigences de la plantatio de l'Église, les instituts se sont très souvent aplatis. Le phénomène a ainsi contribué à créer une équivoque sur le sens de la vocation religieuse qui ne peut simplement pas être assimilée à celle du clergé ; elle ne représente pas non plus (pour ce qui est de la vie religieuse féminine) une main-d'œuvre au service de ce dernier. Aujourd'hui, de nombreux instituts religieux implantés en Afrique sont engagés à redécouvrir leur patrimoine charismatique, la fidélité à leurs propres origines et à leurs propres sources spirituelles qui puisse garantir leur apport créatif dans l'édification des Églises en Afrique. Revenir s'abreuver à son propre puits, n'est pas un engagement aisé ou dépourvu de difficultés et de souffrance.

Pour les jeunes instituts autochtones, d'ailleurs, le problème n'est pas moins délicat : la plupart d'entre eux sont nés comme main d'œuvre préparée pour assurer les œuvres ou les activités au sein des Églises naissantes. Aujourd'hui, de nombreuses communautés religieuses nées en Afrique et fondées pour la plupart par des Évêques s'interrogent sur leurs origines et sur leur identité, souvent, au milieu de conflits internes déchirants.

* Peut-on considérer que le processus d'inculturation de la vie consacrée en Afrique soit suffisamment avancé ?

La plantatio de la vie religieuse en Afrique reste substantiellement attachée au modèle occidental ; il en est de même pour le modèle d'Église en général (les curies diocésaines, les séminaires, les scolasticats, les structures de formation, etc.). On parle beaucoup d'inculturation, mais pour s'inculturer, il ne suffit pas de se vêtir d'habits confectionnés de pagnes africains. Parfois, lorsqu'ils évoquent le problème de l'inculturation, les instituts s'attardent sur ses aspects secondaires, bien qu'importants, notamment ceux qui concernent les adaptations liturgiques, alimentaires, linguistiques, vestimentaires, etc.

Quant aux instituts internationaux, ils se limitent souvent à des éléments qui ne vont pas au-delà (quand tout va bien) des règles d'une plus ou moins sereine cohabitation multiculturelle. Les charismes des instituts doivent certainement être inculturés s'ils veulent être significatifs pour le peuple de Dieu vivant aujourd'hui sur le continent africain. Cela nécessite un accueil authentique de la diversité destinée à amorcer un processus de renouvellement pouvant générer d'ultérieurs développements, dans un dynamisme pascal de vie-mort-résurrection, qui exige une conversion continuelle pour tous. Nous nous trouvons dès lors face à une délicate et complexe problématique qui trouve son analogie dans l'inculturation de l'Évangile.

Il y a cependant, dans le patrimoine charismatique des instituts religieux, certains éléments qui ne peuvent pas s'adapter aux différentes cultures et qui peuvent susciter  des réactions dans certains contextes parce qu'ils appartiennent à la même logique évangélique qui juge toutes les cultures, les purifie, sans se soumettre à celles-ci. Comme l'avait souligné, déjà en 1978, un Message conjoint de la Congrégation pour les religieux et de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, adressé aux religieux d'Afrique, il faut se rappeler que toutes les cultures, de même que tous les hommes, ont besoin de se convertir en "esprit et en vérité" et que le passage des valeurs africaines à celles de la vie religieuse exigera toujours que l'on fasse un saut de qualité et que l'on transcende toutes les valeurs réelles assumées.

Je le répète : ce discours est délicat et complexe. Il exige l'amour vis-à-vis de l'Église, la fidélité à sa Tradition et la fidélité au peuple au milieu duquel on travaille. Il faudrait aussi se libérer des idéologies et des slogans scandés au nom de l'inculturation qui souvent n'ont aucun rapport avec la réalité vécue.

Une certaine théologie africaine (souvent élaborée au sein des universités européennes) revendiquait par exemple, l'"adaptation" des espèces eucharistiques. On a parlé du mil, du manioc à consacrer à la place du pain de froment ; on a évoqué le vin de palme à privilégier au vin de raisin, un produit qui n'a pas de sens en tant que fruit du travail de l'homme africain. Il reste cependant que dans les séminaires, les scolasticats et ailleurs on mange habituellement la baguette et au cours des fêtes africaines, même ecclésiastiques, coule abondamment  du... champagne qui non plus n'est certainement pas le fruit du travail de l'homme africain.

Je veux dire par là qu'aujourd'hui nous vivons dans un contexte de globalisation. De nombreux paramètres culturels connaissent une mutation ; même le concept de tradition au sein des cultures africaines est soumis à la critique de la part des jeunes. L'Église, comme la vie religieuse, doit parler aux hommes vivants ; à ces hommes que nous rencontrons aujourd'hui et non à des pièces archéologiques qui se trouvent dans les musées. En outre, personnellement, je me méfie beaucoup de ces prétendues théologies qui se disent élaborées "sous l'arbre", au nom des cultures africaines. Toutefois, elles se nourrissent d'un arrière-fond scientifique de matrice européenne, certainement inaccessible, de par le coût trop élevé, pour ceux qui vivent réellement dans des cases, "sous l'arbre". Souvent, il s'agit simplement d'idéologies couvant une conflictualité, revendiquant des antiques identités, humiliées et opprimées, mais qui dans le monde actuel, surtout celui des femmes, des jeunes et des plus pauvres, n'ont aucune valeur réelle de libération.

En Afrique, en effet, où la réalisation d'objectifs tels que la réduction de 50% du taux de pauvreté, préalablement fixée en 2015, doit désormais attendre, d'après le rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (Cf. "Le Monde" du 1er juillet 2004), jusqu'en... 2147 ; la préoccupation principale n'est certainement pas de dialoguer avec des cultures qui n'ont plus rien à voir avec la réalité au sein de laquelle vivent les masses de jeunes sans espérance. Il me semble, enfin, opportun d'affirmer qu'un processus mûr d'inculturation en Afrique, doit emmener l'Église, comme les instituts religieux, à produire personnellement des moyens de subsistance et d'évangélisation : un objectif qui est encore loin d'être atteint. Le problème de la relation entre la base économique et le discours élaboré n'est certainement pas négligeable et il ne peut être évité.

* Que dire des nombreuses vocations religieuses au sein des jeunes Églises d'Afrique ?

En effet les jeunes Églises d'Afrique sont aujourd'hui caractérisées par de nombreuses vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, ce qui donne une image de vivacité et de jeunesse. Un tel phénomène qui est évidemment en contraste avec la situation en Europe, où les vocations deviennent de plus en plus rares, ne doit pas nous faire sous-estimer les difficultés, souvent graves, rencontrées en termes de formation, de stabilité et de d'autonomie.

En Afrique, à la différence de l'Europe, beaucoup de jeunes déclarent vouloir devenir prêtre, religieux ou religieuse. Il est important de faire comprendre à ces jeunes que l'initiative de la vocation vient de Dieu qui appelle et non de sa propre aspiration à mener une vie parfois comprise comme une simple promotion sociale. Nous ne pouvons répondre à Dieu que dans la mesure où, dans sa liberté, il nous appelle. Saint Benoît recommande, dans sa Règle, de ne pas trop facilement ouvrir à une personne qui frappe à la porte de la communauté comme aspirant : il est mieux de faire attendre le candidat ou peut-être même de le décourager. 

Cela peut sembler paradoxal, mais il y a dans cette affirmation une sagesse profonde. S'il s'agit d'un appel authentique de la part de Dieu, cela finira évidemment par s'imposer. Or nos efforts, en général, s'exercent exactement dans le sens contraire ; nous dépensons beaucoup d'énergies pour attirer, pour capturer les jeunes et les faire entrer dans nos communautés. Nous offrons de grandes richesses sans exiger le juste nécessaire ; nous offrons la possibilité de faire des études, de se soigner ; nous assurons la nourriture en abondance. Dans certains instituts religieux, seulement comme argent de poche (l'intouchable argent de poche!), les novices reçoivent plus que le salaire minimum d'un ouvrier.

Une telle pratique, en Afrique, risque de créer des équivoques sur le sens de la vocation, tout en cachant ses exigences les plus profondes. Si on approfondissait sociologiquement le phénomène avec des analyses scientifiques, on pourrait facilement noter le rapport qui existe, dans les pays pauvres, entre la croissance des vocations et la crise économique. Cela nous renvoie à l'Italie où, dans le passé, les séminaires étaient pleins de séminaristes avant l'entrée en vigueur de la loi sur l'école obligatoire et gratuite. Les séminaires étaient spacieux et construits pour des centaines de jeunes qui avaient peut-être le seul désir de continuer leurs études. Aujourd'hui, ils sont vides et l'on rencontre plutôt la difficulté d'entretenir ces grandes structures où vivent à peine quatre ou cinq séminaristes. Plusieurs instituts religieux en Europe ont connu une transformation similaire.

Il y a de grandes infrastructures qui sont souvent transformées en hôtels ou en maisons d'accueil pour hôtes. Il y a en outre des phénomènes plus inquiétants concernant certains instituts et qu'on pourrait assimiler à une traite des vocations ; une situation face à laquelle les autorités ecclésiastiques ont dû intervenir énergiquement. Je me réfère à ces cas où certaines congrégations dont les membres sont âgés, avec de grandes richesses à gérer, voulaient "acheter" des jeunes vocations dans des pays pauvres, en essayant ainsi de les attirer avec l'offre d'une vie plus aisée. Ces jeunes vocations seraient condamnées à être des gardiennes de structures mortes, en échange de conditions de vie meilleures par rapport à la vie de leur pays d'origine.

Pour toutes ces raisons justement, l'exhortation Ecclesia in Africa, tout en recommandant un grand discernement pour les vocations, affirme clairement que les instituts de vie consacrée qui n'ont pas de maisons en Afrique, ne doivent pas se sentir autorisés à y chercher de nouvelles vocations, sans un dialogue préalable et sérieux avec les Ordinaires (Cf. Ecclesia in Africa, 94). À l'origine de toute vocation religieuse il y a la conscience, même si athématique, de l'amour infini de Dieu. S'il n'y a pas cette conscience, il n'y a pas de fondations pour commencer à bâtir l'édifice. On continuera ainsi à suivre ses projets, ses rêves, ses études, ses plans pastoraux, sans que tout ceci soit fondé sur le rocher de la volonté de Dieu.

Nous devons être disponibles pour vivre pleinement notre vie, mais aussi accepter de mourir. Admettre que les œuvres de nos instituts et nos instituts eux-mêmes aient achevé leur mission. Il ne nous appartient pas de les sauver contre la volonté de Dieu. Ce qui est de notre ressort, c'est de vivre notre vie dans la fidélité sans être trop préoccupés, ni des fruits, ni des œuvres, ni du futur qui appartiennent à Dieu. Quand nous lions excessivement la vie religieuse aux œuvres, nous sommes souvent préoccupés de sauver nos œuvres, tout en sacrifiant la qualité de la vie et la vocation la plus profonde à laquelle nous sommes appelés. Nous risquons de tuer la relation d'amour à cause d'une préoccupation d'efficacité des œuvres, en multipliant les activités au détriment du temps nécessaire à passer auprès de l'Époux.

Les supérieurs ont la responsabilité de ne pas surcharger leurs membres de travail inutile ; car souvent ils n'ont pas le courage de faire des choix clairs ou d'abandonner certaines œuvres. On a parfois besoin de courage pour détruire ce que nous avons construit et pas seulement le courage de commencer à construire. L'institut n'est pas une ONG, une organisation simplement humanitaire ou caritative, mais il est au service d'un amour et d'un charisme.

Il me semble qu'il s'agit là d'un problème crucial chez les grands instituts religieux nés en Europe et, qui, pour survivre aujourd'hui, sont pleins de vocations africaines douteuses. Sans une analyse critique et courageuse, on court le risque de trahir au même moment, non seulement l'identité charismatique de l'institut, mais aussi l'Afrique, une terre où le Christ opprimé et crucifié continue de mourir.

*Un des phénomènes qui préoccupent les communautés religieuses en Afrique est l'instabilité vocationnelle. Il y a de nombreuses  "entrées" dans les instituts, mais il y a aussi de nombreuses "sorties" et pas seulement durant le noviciat. Comment comprendre un tel phénomène ?

Il s'agit sans aucun doute d'un phénomène qui concerne de nombreuses communautés religieuses aujourd'hui, petites ou grandes (et certainement pas uniquement en Afrique). Nous sommes face à une "perspective anthropologique" différente de celle du passé. Rappelons-nous que l'une des propositions faites, bien que de façon timide, au cours du Synode des Evêques sur la vie consacrée, était d'organiser des formes de consécration "ad tempus", entendues comme un engagement périodique, pour la pratique des conseils évangéliques. Une telle vision nie l'essence et le sens de la vocation à la vie consacrée.

Les défections des communautés religieuses mûrissent sur un terrain où les convictions de foi se sont affaiblies ou n'étaient substantiellement pas présentes au départ.  Notre foi dans le mystère de l'Incarnation, c'est la conviction que l'éternité est vraiment entrée dans le temps, mais c'est aussi la conviction qu'à son tour le temps entre dans l'éternité. Si le "oui" dit à la profession (de même que le consentement échangé par les conjoints dans le sacrement du mariage) ne s'enracine pas dans cette foi capable d'engendrer une culture philosophico-théologique déterminée, il n'est pas étonnant que ce "oui" soit ad tempus.

L'instabilité vocationnelle n'est que le signe d'une crise de proportions plus vastes en rapport avec la christologie elle-même et dont les effets sont observables au sein de la vie religieuse. Dans la vie chrétienne et, à plus forte raison, dans la vie religieuse, si nous nous arrêtons avant le moment de la croix, nous ne faisons plus l'expérience de l'amour, de la résurrection et donc, de la gloire de Dieu. Nous nous trompons nous-mêmes et nous trompons l'Église que nous croyons construire par le seul fait des "bonnes œuvres" que nous réalisons.

En Afrique, comme ailleurs, la fragilité dans les convictions personnelles est incapable de soutenir le choix vocationnel et l'engagement pris à travers la profession. La suite du Christ nous invite à aller jusqu'au bout sans regarder en arrière. La radicalité de l'Évangile est fondée sur l'éternité qui entre dans le temps et dans l'histoire ; qui entre dans notre existence, tout en la projetant dans l'éternité.

Dans la vie religieuse, il peut y avoir de nombreuses difficultés, mais il faut redécouvrir aussi la valeur de la fidélité. Il convient d'éduquer les jeunes à la fidélité, laquelle commence par les petites choses et embrasse par la suite les choix fondamentaux de la vie. En tout cas, j'ai l'impression que le problème de l'instabilité vocationnelle, plus qu'une difficulté de la vie religieuse en Afrique, soit plutôt un problème de l'Occident actuel, dominé par la culture de la postmodernité, par une pensée faible, éphémère et "transversale". Nous pouvons peut-être parler là d'une opération théologico-culturelle de marque néocolonialiste, c'est-à-dire, une invasion du territoire africain par des problématiques de crise de la pensée occidentale.

                                                                                                                              (À suivre)

 


*
Pour sa publication en italien, voir: Comunità religiose in Africa: la sfida della fedeltà. Intervista a Emilio Grasso, in F. Prado (ed.), Dove ci porta il Signore. Vita consacrata nel mondo: tendenze e prospettive, Figlie di San Paolo, Milano 2005, 221-248.


08/11/2010