Droit canonique et cultures/3   

 


 "
... DÉLIVRE-NOUS DU MAL"

Le ministère de l'exorciste


La presse locale au Cameroun s'est intéressée à un fait récent qui a provoqué la mort de deux Camerounais alors qu'ils participaient à une séance d'exorcisme présidée par un certain "prophète" connu dans le milieu.

De tels rassemblements sont souvent organisés massivement par certaines sectes ou certains groupements religieux marginaux.

Les séances de prière, de délivrance et d'exorcisme, engagent particulièrement aussi l'activité pastorale du clergé catholique, qui entend répondre de cette manière au défi des sectes et à la nombreuse demande qui provient du "marché" des fidèles à la recherche de guérison des maladies, de libération des multiples peines du corps et de l'esprit.

Qu'est-ce que l'Église catholique prévoit au sujet de l'exorcisme, et qui a la faculté de le pratiquer légitimement[1]?

Le "grand exorcisme"

Dans l'Église, l'exorcisme fait partie de la catégorie des actes sacramentaux. Ces derniers sont des "signes sacrés"[2] par lesquels sont signifiés et obtenus, à la prière de l'Église, des effets surtout spirituels (cf. can. 1166). Par eux, les hommes sont disposés à recevoir l'effet principal des sacrements, et les diverses circonstances de la vie sont sanctifiées[3]. Les sacramentaux se veulent ainsi l'expression de la foi du peuple de Dieu; la grâce qu'ils produisent dépend essentiellement de cette attitude de foi de ceux qui les demandent et les utilisent.

Le Catéchisme de l'Église Catholique nous apprend qu'on parle d'exorcisme, quand l'Église demande publiquement et avec autorité, au nom de Jésus-Christ, qu'une personne ou un objet soit protégé contre l'emprise du Malin et soustrait à son empire. Jésus l'a pratiqué et c'est de Lui que l'Église tient le pouvoir et la charge d'exorciser.

Sous sa forme simple, l'exorcisme est toujours pratiqué lors de la célébration ordinaire du sacrement du baptême ; par contre, le "grand exorcisme" vise à expulser les démons ou à libérer quelqu'un de l'emprise démoniaque, et cela par l'autorité spirituelle que Jésus  a confiée à son Église[4].

Le can. 1172 du Code de droit canonique parle de l'exorcisme sur les personnes; son caractère public exige qu'il soit prononcé au nom de l'Église, par un ministre opportunément député, et selon les règles établies par le Rituel approuvé[5].

Le ministre légitime

Le ministre ordinaire des sacramentaux est le clerc muni du pouvoir requis. Mais certains sacramentaux peuvent être administrés aussi par des fidèles laïcs ayant certaines qualités, selon les règles liturgiques et au jugement de l'Ordinaire du lieu. D'autres sacramentaux sont réservés à l'Évêque, comme c'est le cas pour les consécrations ou les dédicaces.

Pour prononcer légitimement un exorcisme, le can. 1172 §1 dispose qu'il faut obtenir une "permission particulière et expresse" de l'Ordinaire du lieu,  normalement l'Évêque diocésain[6]. Celui qui obtient cette permission doit toujours agir sous l'autorité de l'Évêque et même sous sa direction[7].

La permission, qui peut être concédée en une circonstance particulière ou bien de façon permanente et générale, ne sera accordée qu'à un prêtre pieux, éclairé, prudent et de vie intègre (cf. can. 1172 §2).

En 1985, la Congrégation pour la doctrine de la foi avait envoyé aux Évêques une lettre pour solliciter le respect des dites prescriptions, en écartant toute pratique où des laïcs présideraient les prières d'exorcisme[8]. Ni les diacres ni les fidèles laïcs ne peuvent, donc, obtenir la permission de pratiquer les exorcismes.

La permission de l'Ordinaire du lieu est une faculté que l'autorité concède par écrit (cf. can. 59 §1) et à certaines conditions. Elle doit être, selon le droit, "particulière",  concernant notamment la possibilité de pratiquer l'exorcisme, et "expresse", c'est-à-dire non tacite ni implicite ou présumée, mais mentionnée clairement dans l'acte écrit.

En outre, comme nous l'avons dit, le Code dispose d'évaluer avec attention les qualités du prêtre à qui on concèdera la faculté de prononcer les exorcismes. Il indique explicitement certaines qualités, telles que la pitié, la science, la prudence, et l'intégrité de vie.

Les normes préliminaires du Rituel suggèrent aussi la nécessité d'une formation spécifique du ministre, formation à laquelle l'autorité ecclésiastique doit pourvoir.

Les tâches de l'exorciste

Les tâches du prêtre exorciste sont définies par le Rituel. Il lui revient surtout de célébrer le Rite prescrit, selon les normes exposées dans le livre liturgique, avec les adaptations ici prévues.

On y recommande de procéder avec une grande prudence, en observant strictement les indications données. L'exorcisme vise, comme on l'a dit, à libérer de l'emprise démoniaque et cela par l'autorité spirituelle que Jésus a confiée à son Église.

Très différent est le cas de pathologies surtout psychiques, dont le soin relève de la science médicale et non des sacramentaux. Il est important donc de s'assurer, avant de célébrer l'exorcisme, qu'il s'agit effectivement d'une présence du Malin et non pas d'une maladie "humaine"[9].

Le ministre de l'exorcisme doit évaluer que la personne qui se déclare possédée par le Malin, l'est réellement. Il est appelé également à discerner les cas d'agression démoniaque par rapport à ce qui pourrait dériver d'une certaine crédulité qui pousse des fidèles à se croire victimes de maléfices, de sortilèges ou de malédictions lancés sur eux, sur les membres de leur famille ou sur leurs biens. Dans ce dernier cas, l'Église recommande de ne pas refuser l'aide spirituelle, mais d'éviter absolument de faire recours à l'exorcisme.

Au prêtre exorciste revient la décision de recourir ou non au Rite de l'exorcisme qu'il utilisera seulement lorsqu'il est parvenu à la certitude morale que la personne est réellement possédée par le Malin, ce qui se vérifie, en effet, rarement.

Le lieu recommandé pour l'exorcisme est un oratoire, une église ou tout autre lieu opportun, selon le critère de la discrétion; le Rituel demande d'éviter toujours la présence de beaucoup de monde. Il interdit d'admettre des moyens de communication sociale pendant l'exorcisme, cela en respect de la personne concernée et aussi pour éviter toute interprétation magique du sacramental.

Silvia Recchi




____________________

[1] Cf. à ce sujet G. Brugnotto, Il ministero del sacerdote esorcista (can. 1172), in "Quaderni di Diritto ecclesiale" 23(2010) 88-94.
[2] Par exemple les bénédictions, la consécration d'une église, d'une image sainte, l'utilisation de l'eau bénite, etc.
[3] Cf. Sacrosanctum Concilium, 60.
[4] Cf. Catéchisme de l'Eglise Catholique, 1673.
[5] Cf. Praenotanda, in Rituale Romanum, De exorcismis et supplicationibus quibusdam, Editio typica, Typis Vaticanis 1999, 1-38.
[6] En droit canonique, l'expression "Ordinaire du lieu" signifie également l'Évêque diocésain, le Vicaire général et les Vicaires épiscopaux (cf. can. 134 §2).
[7] Cf. Praenotanda, in Rituale Romanum..., 13 ; cf. aussi Congrégation pour la Doctrine de la foi, Instruction sur les prières pour obtenir de Dieu la guérison, 14 septembre 2000, art. 8 §1.
[8] Cf. Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre Inde ab aliquot annis, 28 septembre 1985.
[9] Cf. Catéchisme de l'Eglise Catholique, 1673.

   
03/01/2011