Vie consacrée en Afrique/10   

 


FAIRE RESPLENDIR LA LUMIÈRE

La célébration de la journée de la vie consacrée


Cette année, l'Église de Mbalmayo a voulu célébrer avec solennité la Journée de la vie consacrée. Le Père Armand Fessi, Vicaire épiscopal pour les consacrés, a réuni pour l'occasion les membres des différents instituts du diocèse pour marquer l'importance de l'événement.

C'est ainsi que le centre du noviciat des Pères Spiritains a accueilli une soixantaine de personnes, appartenant aux communautés religieuses présentes dans le diocèse.

La journée s'est déroulée sous le signe de la liturgie de la Présentation de Jésus au Temple, qui a été choisie par Jean Paul II pour célébrer la fête annuelle de la Journée de la vie consacrée, en tant qu'icône significative de la donation totale de vie, pour les femmes et les hommes qui ont fait profession des conseils évangéliques.

Discerner la nouveauté

Une liturgie qui fait mémoire d'un épisode évangélique où se révèle le mystère du Fils de Dieu, caché derrière la pauvreté de signes. En effet, bien des personnes entourent Marie et Joseph qui offrent humblement Jésus au Temple, suivant la tradition du peuple, mais seuls deux vieillards, poussés par l'Esprit, Siméon et Anne, sont capables de découvrir la grande nouveauté sous l'apparence de gestes ordinaires.

Comme l'a souligné Benoît XVI dans son homélie du 2 février, pendant les vêpres célébrés avec les religieuses et religieux, Siméon et Anne voient finalement la lumière venue pour illuminer le monde; leur  regard prophétique est le seul capable de la détecter et de s'ouvrir à l'avenir, dans l'annonce du Messie attendu.

C'est justement cette mission prophétique, qui de soi concerne tout chrétien, mais dont la vie consacrée revendique une appropriation spéciale, que les membres des communautés religieuses sont appelés à assurer. La profession des conseils évangéliques fait des personnes consacrées des signes prophétiques pour le monde; celles-ci font une expérience unique de la lumière qui émane du Christ, leur mission est de la faire rayonner parmi les hommes (Vita consecrata, 15).

C'est bien cette dimension prophétique que les religieux et religieuses du diocèse de Mbalmayo ont voulu évoquer dans cette journée, par un exposé introductif de Silvia Recchi, qui a expliqué le sens de la prophétie et ses exigences dans la vie personnelle et communautaire des membres des instituts.

La vie consacrée doit garantir dans l'Église ce témoignage prophétique, permettant de discerner et juger les réalités présentes, justement parce qu'elle est un "signe" eschatologique, une préfiguration de la réalité du Royaume de Dieu.

Le témoignage d'une conscience éclairée

L'exposé a souligné, par de multiples exemples, que l'identité propre des personnes consacrées ne se manifeste pas en se comportant surtout comme de grands bâtisseurs de structures ou des organisateurs des œuvres même importantes, mais en assurant de manière prioritaire cette présence prophétique, par une conscience éclairée et éclairante au sein de l'Église. Sans cette identité, les membres cesseraient d'être un "signe" charismatique du Royaume de Dieu.

Il faut avouer que la tentation constante des communautés religieuses est celle, surtout dans les milieux pauvres africains, d'assurer les services. Cela fait facilement glisser du terrain de la prophétie, comprise comme l'exercice d'un rôle  critique à la lumière du mystère de la rédemption, aux ministères, aux activités, sans doute utiles, mais qui font parfois oublier la tâche propre qui est d'annoncer le Seul nécessaire et les exigences radicales du Royaume.

La dimension ministérielle, d'ailleurs, en dépit de celle plus prophétique, est la plus recherchée par les Pasteurs, qui peuvent ainsi combler les nombreux "trous" existant dans l'organisation de leurs diocèses. Elle reçoit souvent une plus grande attention de la part des communautés religieuses elles-mêmes, qui se sentent ainsi appréciées et à l'abri des incompréhensions, des luttes et des tensions typiques de la vie des "prophètes", destinés à annoncer aux uns et aux autres ce que leurs oreilles n'aiment pas toujours entendre.

Cela ne signifie pas, certes, que la prophétie que la vie consacrée doit garantir dans l'Église, transforme les membres des instituts en simples spectateurs face aux besoins de leurs contemporains; bien au contraire, elle leur donne la lumière pour interpréter ces besoins plus profondément et y apporter des réponses authentiques.

Une consécration sans "rachat"

Á l'exposé, a suivi la célébration solennelle de la messe, précédée du rite de la lumière. L'Évêque de Mbalmayo étant empêché, un délégué qualifié a été envoyé en la personne de l'Abbé Philippe Alain Mbarga, Recteur du Grand Séminaire de Nkolbisson, à Yaoundé, qui a présidé la célébration.

Dans son homélie, l'Abbé Mbarga a voulu surtout exprimer, par une profonde exégèse de la Parole de Dieu, le sens de la Présentation de Jésus au Temple dans l'Évangile de Luc, où l'on souligne d'une manière spéciale la consécration irréversible du Christ, offert sans aucun "rachat" à Dieu. D'où le sens de l'irréversibilité de la consécration religieuse, qui exige fidélité et cohérence comme offrande totale et sans "rachat" de sa vie à Dieu.

Après la célébration liturgique, des agapes fraternelles ont conclu une journée particulièrement évocatrice de l'identité de la vie consacrée et de ses exigences. 

La Rédaction

10/02/2011