Nouvelles d'Afrique



L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE ET "L'URGENCE ÉDUCATIVE"


L'UCAC a célébré sa rentrée solennelle



 Eduquer n'a jamais été facile et cela semble devenir encore plus difficile aujourd'hui ; les parents, les enseignants, les prêtres et tous ceux qui exercent des responsabilités éducatives directes le savent bien - écrivait Benoît XVI dans une Lettre adressée au diocèse de Rome, le 21 janvier 2008.

Dès le début de son pontificat, Benoît XVI a su thématiser le défi d'une grande "urgence éducative" de notre temps, confirmée par les échecs auxquels se heurtent trop souvent les différents efforts pour former des personnes de solides convictions, capables de donner un sens à leur vie. De cette urgence éducative, il en a fait une "clé" pour interpréter la période historique que nous traversons.

Un choix personnel toujours nouveau

Le Saint Père n'est pas resté à la surface du problème, mais il est allé à ses racines les plus profondes.

En effet, sa Lettre affirme que les difficultés de transmettre des valeurs solides sont le revers de la médaille de la liberté humaine, avec la responsabilité qui l'accompagne. Dans le domaine de la formation et de la croissance morale des personnes, l'évolution n'est jamais assurée. À la différence de ce qui se produit dans le domaine technique ou économique, où les progrès d'aujourd'hui peuvent s'ajouter à ceux du passé, telle possibilité d'accumulation n'existe pas dans le cadre de la formation humaine et  morale. La liberté de l'homme est toujours nouvelle ; chaque génération, chaque personne doit prendre à nouveau ses décisions pour renouveler l'adhésion aux valeurs du passé.

Ce regard profond du Saint Père sur le problème manifeste tout son sérieux ainsi que la portée du défi que cette urgence éducative représente partout et qui inquiète l'Église dans tous les continents.

C'est le même défi éducatif auquel l'Université Catholique d'Afrique Centrale (UCAC) est confrontée aujourd'hui.

Cette institution universitaire a célébré, à Yaoundé, comme chaque année au mois de novembre, sa rentrée solennelle, qui a eu un éclat particulier, parce qu'elle coïncidait avec l'installation d'une nouvelle équipe rectorale et avec le début de sa vingtième année d'existence.

Au service de la vérité et de la justice

Le Père Jean-Marie Signié pendant la leçon inauguralePour l'occasion, toute la communauté universitaire s'est réunie, en présence des autorités académiques, du Nonce Apostolique, du Grand Chancelier, du représentant du Ministre de l'Enseignement Supérieur du Cameroun, ainsi que des ambassadeurs et hautes personnalités des différents pays

La traditionnelle leçon inaugurale a été dispensée par le Directeur du Département de Droit canonique, le Père Jean-Marie Signié ; celle-ci portait sur la mission propre à cette Université, à partir de sa devise "In servitio veritatis et justitiae", au service de la vérité et la justice.

Le conférencier a illustré avec compétence et efficacité les divers aspects de la devise et leurs implications, aspects étroitement liés à l'identité de l'Université catholique, notamment les notions de "service", de "vérité" et de "justice", appliquées à son projet éducatif, au cœur du continent africain où l'Université vit et opère.

Un sujet de grande actualité dans un milieu, celui de l'Afrique centrale, où lesdites notions sont trop souvent contredites par une réalité - a dit le conférencier - où le sous-développement, la grande précarité de moyens, la centralisation illégale des pouvoirs sont à l'origine des grandes injustices. Une réalité où la valeur de la personne, de sa dignité et de ses droits, au-delà des proclamations d'intentions, sont constamment menacées par les différentes formes d'aveuglement éthique, découlant de l'affirmation des intérêts particuliers qui s'opposent au bien commun.

Après la leçon inaugurale, le nouveau Recteur, l'Abbé Richard Filakota, a pris la parole pour exposer son programme d'action dans une optique de continuité et d'innovation, pour mieux faire face aux défis actuels auxquels l'Université est confrontée.

Mgr Piero Pioppo Nonce Apostolique et le Grand Chancelier de l'UCACÀ son tour, le Grand Chancelier de l'UCAC, Mgr Victor Tonye Bakot, a offert dans son intervention une lecture éloquente de la devise de l'Université, en invitant l'ensemble de la communauté universitaire à la réaliser, chacun dans la spécificité de son travail.

Le représentant du Ministre camerounais de l'Enseignement Supérieur a rappelé ensuite les liens de collaboration avec l'UCAC et confirmé l'appréciation du Ministère de la formation académique et professionnelle dispensée à l'Université catholique de Yaoundé.

Le Nonce Apostolique, Mgr Piero Pioppo, a clôturé les interventions officielles avec un discours spontané et captivant. Il s'est appuyé sur la préposition "in" de la devise universitaire (In servitio veritatis et justitiae), le seul mot, a-t-il dit avec humour, qui restait encore à élucider, après qu'on avait déjà illustré la signification des autres paroles.

Le Nonce Apostolique a développé, avec acuité, le sens du dynamisme qu'une telle petite préposition comporte. En effet, contre toute impression d'immobilisme qu'elle semble d'emblée suggérer, celle-ci exprime par contre, dans la devise de l'UCAC, la résolution, l'effort, l'engagement, le travail à effectuer pour aboutir à un but déterminé, notamment l'affirmation des valeurs chrétiennes, l'évangélisation des cultures et l'exercice d'une activité académique sérieuse, dans le cadre de la mission qui est propre à l'Université catholique.

Le projet éducatif de l'Université catholique

 L'Université catholique se définit comme un laboratoire de l'Église au service de la société ; en rapport avec le monde social, culturel, politique et économique ; elle se situe face à celui-ci comme une instance compétente et critique. Son projet éducatif est dans son engagement à conjuguer constamment la raison, la culture et la foi.

La culture et les connaissances, placées sous la lumière de la foi chrétienne, deviennent une conception de la vie et du monde. Toute rationalité scientifique ne se suffit pas à elle-même, sans un horizon transcendant qui la féconde et l'oriente. Le savoir - déclare l'encyclique Deus caritas est - n'est pas seulement l'œuvre de l'intelligence et ne peut pas être réduit à des simples notions. La croissance de la personne n'est jamais le simple résultat d'une démarche scientifique, elle doit être illuminée par la vérité profonde sur l'être humain et sa vocation (n. 30).

L'UCAC est ainsi appelée, comme toute Université catholique, à explorer les richesses de la nature, de la société et de l'histoire, dans un effort conjoint de l'intelligence et de la foi.

L'interlocuteur privilégié

Dans cette perspective, l'Université catholique assume la responsabilité ecclésiale de collaborer à la mission de l'Église, lui apportant une contribution pour répondre aux problèmes et aux exigences du temps.

Intervention de Mgr Piero Pioppo Nonce ApostoliquePour l'UCAC, c'est le continent africain l'interlocuteur privilégié, avec ses problèmes, ses défis, ses urgences. Le premier Synode sur l'Église en Afrique avait souligné avec force que les Universités catholiques dans ce continent ont un rôle fondamental à jouer, en fournissant à l'Église un personnel bien préparé, en étudiant les questions théologiques et sociales, en développant la théologie africaine, en promouvant un travail d'inculturation, en diffusant la pensée catholique; en contribuant à un étude scientifique des cultures (Ecclesia in Africa, 103). Le deuxième Synode réaffirme l'importance de ce rôle et déclare qu'il incombe aux Évêques de soutenir une pastorale de l'intelligence et de la raison qui crée une habitude de dialogue rationnel et d'analyse critique dans la société et dans l'Église (Africae munus, 135 -137).

Nul doute que l'Afrique a aujourd'hui un besoin urgent de penser, de considérer à nouveau ses traditions, de développer un esprit critique par l'information, l'étude, la confrontation avec d'autres expériences.

C'est l'un des défis majeurs que l'Université catholique d'Afrique Centrale doit relever.


Silvia Recchi





23/11/2011