Nouvelles d'Afrique

 

PARLE SEIGNEUR


Catéchisme national de l'Église catholique au Cameroun


Joseph Ndi Okalla L'École de formation des laïcs de la paroisse "Bienheureuse Anwarite" de Mbalmayo a consacré une soirée à la présentation du nouveau Catéchisme national de l'Église catholique au Cameroun récemment publié par la Conférence épiscopale.
La rencontre à laquelle ont participé de nombreux fidèles a été animée par Joseph Ndi Okalla, missiologue et prêtre du diocèse de Mbalmayo, nouvellement nommé Vice Recteur de l'Université Catholique d'Afrique Centrale/Institut Catholique de Yaoundé.
Les participants ont vivement apprécié l'exposé du conférencier suivi par de nombreux échanges. Joseph Ndi Okalla a su transmettre aux présents le désir d'approfondir ce précieux document, grâce à sa préparation et à son implication directe dans les travaux de sa mise au point.


L'importance de la catéchèse

"Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières" (Ac 2, 42). Ces paroles rapportant les quatre fidélités de la communauté primitive de Jérusalem, montrent que depuis les origines, l'enseignement et donc la catéchèse a été un élément essentiel de la vie chrétienne, en tant que relais entre la foi annoncée et célébrée, et la foi vécue.

C'est la catéchèse qui permet en effet de consolider des convictions profondes grâce  auxquelles la conversion devient possible en vue de la réalisation d'une vie unifiée et empreinte de l'esprit évangélique.

L'assiduité à la catéchèse contribue de cette manière à faire face au phénomène de la "double appartenance" au christianisme et aux religions traditionnelles africaines qui constitue aujourd'hui un réel défi pour l'Église en Afrique.

 Le Pape Benoît XVI le souligne dans sa toute récente exhortation post-synodale Africæ munus : "Les préoccupations concernant la santé, le bien-être, les enfants, le climat, la protection contre les esprits mauvais, conduisent de temps à autre à recourir à des pratiques des religions traditionnelles africaines qui sont en désaccord avec l'enseignement chrétien. Le problème de la 'double appartenance', au christianisme et aux religions traditionnelles africaines demeure un défi. Pour l'Église qui est en Afrique, il est nécessaire, à travers une catéchèse et une inculturation profonde, de guider les personnes vers la découverte de la plénitude des valeurs de l'Évangile" (n. 93).

C'est aussi à cause d'une catéchèse insuffisante que de nombreux mouvements syncrétistes et des sectes ont pu trouver en Afrique un terrain favorable à leur épanouissement (cf. Africæ munus, 91). Dans le même ordre d'idées, Mgr Jean Zoa, archevêque de Yaoundé (de 1961 à 1998), exhortait déjà ses fidèles en 1988 à s'engager résolument dans une démarche d'approfondissement de leur foi : "N'ayez pas peur des sectes. Ayez peur de votre ignorance religieuse ! Ayez peur de votre tiédeur ! Ayez peur de votre indifférence !".   

Le Catéchisme publié par la Conférence épiscopale nationale du Cameroun est justement au service de cette tâche de formation et d'inculturation qui incombe aujourd'hui à l'Église en Afrique afin que l'Évangile s'enracine dans la vie concrète des fidèles.

Pourquoi un catéchisme national ?

 C'est justement pour tenir compte du contexte culturel que les évêques du Cameroun ont mis au point un Catéchisme national.

Ce dernier constitue l'un des fruits de l'ouverture et de l'aggiornamento inspirés à l'Église par le Concile Vatican II (1962-1965) en vue de présenter d'une manière adaptée aux hommes de notre temps, les mystères de la foi.

Pour y arriver, il a fallu franchir de nombreuses étapes dont la première a été la rédaction du Directoire Général pour la Catéchèse publié en 1971 par le Saint-Siège.  Plus tard, en 1985, à l'occasion du synode extraordinaire, rassemblé lors du vingtième anniversaire de la clôture de Vatican II, le Pape Jean Paul II, suite aux vœux des Pères synodaux, prit la décision de mettre en chantier un catéchisme en vue de présenter le compendium de la doctrine catholique.

Le Catéchisme de l'Église catholique fut publié en 1992. Dans la Constitution apostolique Fidei depositum, à l'occasion de sa publication, Jean Paul II encouragea explicitement les évêques et les Conférences épiscopales à la rédaction de nouveaux catéchismes locaux qui "tiennent compte des diverses situations et cultures, mais qui gardent avec soin l'unité de la foi et la fidélité à la doctrine catholique".

 Le souci de se doter d'instruments adaptés à l'éducation de la foi des fidèles a été l'une des préoccupations majeures de l'Église au Cameroun, depuis sa création en 1890. C'est en 1894 que les Pères Pallotins mirent au point à Kribi la première traduction en langue locale du catéchisme romain. Depuis lors, divers textes ont vu le jour parmi lesquels celui en langue ewondo (Katekismus ewondo asu benyia-bodo), publié en 1974 à Yaoundé par Mgr Jean Zoa.

Ce dernier prend en compte l'approche de Dieu de la part de l'homme dans la religion traditionnelle et certains des acquis conciliaires comme le rôle des laïcs dans l'Église et l'engagement des chrétiens dans la cité. À ce niveau, un des chapitres les plus originaux et "inculturés", est consacré à une catéchèse sur l'utilisation de l'argent, prélude au défi de l'autofinancement mis en lumière vingt ans plus tard par le premier synode pour l'Afrique (cf. Ecclesia in Africa, 104).

Ces dernières années au Cameroun, il y a eu une floraison du marché de livres religieux parmi lesquels on trouve de nombreux textes qui en réalité encouragent, en dépit de leur titre chrétien, les pratiques de magie et de sorcellerie. La publication du Catéchisme national, en tant que document officiel et synthèse organique de la foi chrétienne, vient donc remédier à cette confusion à laquelle les fidèles se trouvent confrontés.

Au service de l'évangélisation

Pour venir à la rencontre des hommes de notre temps, le Catéchisme national tient compte du milieu où il est divulgué ; pour cela, il contient du neuf et de l'ancien.

Comme le Catéchisme de l'Église catholique d'il y a environ vingt ans, son contenu s'articule en quatre parties : la foi proclamée avec le Credo ; la foi célébrée avec les Sept Sacrements ; la foi vécue avec les Dix Commandements et la foi priée avec le Notre Père.

 Les différents chapitres, introduits avec les références bibliques - la parole de Dieu constituant la source privilégiée du Catéchisme, le titre choisi pour l'ouvrage est justement Parle Seigneur (cf. 1S 3) - et les renvois aux chapitres correspondants du Catéchisme de l'Église catholique, sont abordés néanmoins en tenant compte du contexte culturel. Cela est réalisé grâce aux deux rubriques présentes à chaque chapitre : l'Expérience humaine et la Réflexion/Inculturation.

La première veut situer le lecteur face à ses traditions et aussi le confronter à la modernité. Par la seconde, le Catéchisme entend illuminer ces dernières situations à travers la parole de Dieu transmise et interprétée par l'Église. Le but visé est la conversion qui entraîne la proclamation de la foi*.

Les pasteurs de l'Église qui est au Cameroun ont tous intérêt à s'imprégner de la méthode et du contenu du nouveau Catéchisme national, non seulement pour y introduire les fidèles et les hommes de bonne volonté, mais surtout pour approfondir leurs convictions personnelles et jouer ainsi le rôle prophétique que la société attend d'eux (cf. Africæ munus, 108).

Ce rôle est bien illustré par la couverture du Catéchisme national où apparaît une belle photo de Baba Simon, premier missionnaire camerounais dont la cause de béatification est actuellement en cours : un appel à la sainteté et au service de l'évangélisation.

Franco Paladini




 *Nous reproduisons ci-dessous un extrait d'une rubrique Réflexion/Inculturation du Catéchisme national qui prend en compte, à la lumière de la parole de Dieu, le monde des esprits propre aux traditions africaines.
"Dans le système religieux traditionnel, il faut souligner l'importance des esprits. Il existe des esprits bons, favorables à l'homme, et des esprits mauvais qui lui sont nuisibles. C'est dans ce cadre que se situent nos rites. Par les rites qui ponctuent chaque événement, on ne s'adresse pas directement à Dieu, mais on s'adresse aux esprits bons, qui sont considérés comme intermédiaires entre l'homme et Dieu, pour obtenir protection et bienfaits.
Il y a ici une différence essentielle entre le rite chez nos ancêtres et les rites d'Abel et de Noé. Ces derniers s'adressent à Dieu sans intermédiaires, tandis que nos ancêtres sont tributaires des esprits qui les enferment dans l'incertitude et la peur.
Si le rite reste un acte religieux, le culte rendu aux esprits a enfermé nos ancêtres dans une certaine servitude dont nos cultures ont hérité. La consultation des devins, la fréquentation des sorciers, la nécromancie, le culte des crânes, sont autant de pratiques vivaces qui constituent un obstacle réel à l'évangélisation.
Les rites dans la société moderne ne sont pas des actes religieux. Cependant, ils contribuent à cultiver l'identité sociale.
L'Église affirme que le vrai culte rendu à Dieu est le sacrifice de Jésus-Christ, qui a créé entre Dieu et l'humanité, une alliance nouvelle et éternelle. Il abolit tous les cultes anciens de l'Ancien Testament qui n'en étaient que l'annonce et la figure, et partant, des sacrifices de toutes les cultures" (Parle Seigneur. Catéchisme national de l'Église Catholique au Cameroun, Les Éditions Veritas, Douala 2011, 15-16).

02/12/2011