Nouvelles d'Afrique

 


"Ministère de la parole et vie de la paroisse"


Le Cahier présenté au Grand Séminaire de Nkolbisson


 Sans aucun doute, depuis quelques années, le Grand Séminaire interdiocésain de Nkolbisson, à Yaoundé, se caractérise par un élan particulier donné à l'approfondissement des thèmes ecclésiaux et d'actualité au service de l'accompagnement des séminaristes, de la formation permanente des prêtres, en favorisant également le dialogue avec les religieux et le laïcat. Ainsi, l'actuelle équipe dirigeante du Grand Séminaire se distingue par son engagement à faire en sorte que ce lieu de formation des futurs prêtres irradie une "pastorale de l'intelligence", nécessaire aujourd'hui face aux défis de la nouvelle évangélisation.

C'est dans cette perspective qu'a été organisé un après-midi pour la présentation du dernier des "Cahiers de Réflexion", la collection publiée au Cameroun par la Communauté "Redemptor hominis", Ministère de la parole et vie de la paroisse, du Père Emilio Grasso, missiologue et Fondateur de ladite Communauté.

Parmi les nombreux participants, il y avait aussi Mgr Athanase Bala, ancien Évêque du diocèse de Bafia, accueilli avec joie par l'assistance.

Un espace de formation

Comme le Recteur, l'Abbé Philippe Alain Mbarga, l'a bien expliqué dans son Mot d'accueil, la présentation du Cahier, plus qu'une simple dédicace, "se veut d'abord un espace de formation à la vie de foi", afin que le peuple de Dieu qui est en Afrique puisse réaliser le vœu que Benoît XVI lui adresse dans Africae munus, de se lever et d'avancer joyeux et vivant, pour manifester la louange de Dieu (cf. AM, 15).

 Dans ce Mot d'accueil, le Recteur a introduit la présentation de l'ouvrage qu'il n'a pas hésité à définir comme un chef-d'œuvre pastoral, un guide qui aide à savoir établir le lien étroit entre la parole de Dieu et la vie des fidèles.

La présentation du Cahier en elle-même, a été confiée à l'intervention de l'Abbé Jean-Bertrand Salla, Docteur en théologie morale et Doyen de la Faculté de Théologie de l'Université Catholique d'Afrique Centrale. Sa lecture attentive et perspicace de l'ouvrage a offert une exploitation détaillée et approfondie du texte.

Il l'a situé dans la perspective de l'enseignement de Benoît XVI, notamment un texte qui intervient, a-t-il dit, dans le paysage ecclésial africain, comme une mise en application de l'exhortation Verbum Domini sur la parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église, afin que cette Parole devienne le cœur de l'activité ecclésiale pour ouvrir à l'homme d'aujourd'hui l'accès au Dieu qui parle et nous communique sa vie (cf. VD, 1-2).

L'intervenant a brillamment présenté les diverses thématiques du texte ayant trait à la célébration des grandes fêtes liturgiques, à la célébration des sacrements, au service de charité et à la dimension missionnaire des malades et des souffrants, ainsi qu'au sens de l'espérance chrétienne, à la spiritualité du musicien chrétien, etc.

L'Abbé Salla a mis en exergue la pertinence de ces pages qui questionnent également sur la manière de prier dans les milieux africains où, souvent, la prière est vécue comme une fuite de l'engagement responsable des fidèles face aux graves problèmes de la misère et du sous-développement.

L'esprit de Mgr Jean Zoa

 L'appel à la responsabilité a été vu par le Doyen de Théologie comme un leitmotiv permanent dans l'option pastorale et la spiritualité de l'auteur du Cahier. Il a fait émerger, dans cette optique, l'esprit de feu Mgr Jean Zoa, ancien Archevêque de Yaoundé, qui resurgit dans les pages du texte, lui qui parlait du Dieu de la responsabilité, qui avait fait constamment appel à la responsabilité de l'homme africain comme collaborateur intelligent du Créateur dans le parachèvement de l'œuvre de la création, en dénonçant le fatalisme et toute forme de fidéisme sous le couvert de la prière et de la foi chrétienne.

Cette optique a été, d'ailleurs, confirmée par l'auteur du Cahier qui n'a pas hésité, dans son intervention, à avouer également son amitié personnelle, son admiration et son amour pour le grand Archevêque décédé en 1998.

Dans son exposé, l'Abbé Salla s'est arrêté à considérer, plus spécialement, la problématique relative aux jeunes et à leur éducation, à laquelle il s'est montré particulièrement sensible, d'après son ministère de Curé de la paroisse universitaire exercé pendant de nombreuses années. Cela lui a permis d'apprécier davantage les pages consacrées aux jeunes, à leurs fragilités, mais aussi à leur force innovatrice pour la société et pour l'Église. Ces jeunes ne doivent pas être conduits par des raccourcis trompeurs et séducteurs, mais accompagnés sur un chemin de responsabilité, conscients que toute formation demande des efforts, un engagement sérieux, un chemin de croix.

Après la présentation de l'Abbé Salla, a suivi l'intervention de l'auteur lui-même, le Père Emilio Grasso, qui a exposé, par des lignes essentielles, les attitudes fondamentales du "ministre de la Parole".

En remarquant que nous sommes aujourd'hui, au fond, les fils d'un divorce qui s'est produit au XIIIe siècle, entre la théologie, la prière et la pastorale, comme le grand théologien Hans Urs von Balthasar l'avait bien décrit, il a souligné l'exigence d'une nouvelle évangélisation qui doit nous amener à retrouver l'unité entre ces expressions de la foi. Il a réaffirmé l'exigence d'une réflexion théologique faite "à genou", en priant, et développée en contact avec le peuple de Dieu plutôt que confinée entre les murs des bibliothèques.

Moisson abondante et ouvriers peu nombreux

 Le Père Emilio s'est penché ensuite sur un passage tiré d'un commentaire de Grégoire le Grand sur l'Évangile où il est dit : "la moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour la moisson".

Saint Grégoire faisait tristement remarquer que le monde est rempli de prêtres, mais on rencontre rarement un ouvrier de la moisson de Dieu; il affirme qu'on accepte bien la fonction sacerdotale, mais on ne fait pas toujours le travail de cette fonction.

Ils sont nombreux les ouvriers apostoliques qui multiplient leurs activités dans les projets de développement, dans la construction de nouvelles structures, dans l'organisation des rencontres et des réunions et dans beaucoup d'autres initiatives, sans plus avoir le temps d'étudier, de réfléchir, de prier et d'annoncer l'Évangile.

Les Pères de l'Église parlaient de préférence d'otium, et non de travail, c'est-à-dire d'une attitude "d'oisiveté" contemplative qui privilégie l'amitié et le dialogue avec Dieu, et qui conduit le ministre de la Parole non à multiplier ses projets, mais à s'effacer, à mourir à ses réalisations humaines pour faire vivre et travailler le Seigneur en lui. En effet, sa véritable tâche consiste à mettre l'homme d'aujourd'hui en relation avec Dieu, à favoriser la rencontre entre la liberté humaine et la présence et la grâce divine.

L'auteur de Ministère de la parole et vie de la paroisse est revenu aussi sur une distinction importante quant à l'expression "parole de Dieu", en rappelant qu'elle a, en même temps, le sens de génitif objectif (un discours qu'on fait sur Dieu) et le sens de génitif subjectif (Dieu qui parle). Or, l'annonce de l'Évangile est souvent un discours, peut-être correct et approfondi, sur Dieu et les vérités de notre foi, mais rarement on laisse Dieu parler; c'est sa Parole qui pénètre les esprits comme un glaive tranchant et qui œuvre pour la conversion des hommes.

 L'intervention a été suivie avec une grande attention; plusieurs questions des participants ont permis de l'approfondir davantage.

À la fin du débat, Mgr Athanase Bala a eu des paroles conclusives d'appréciation et d'amitié et qui ont laissé à tous un sentiment de satisfaction pour un après-midi fructueux et enrichissant pour les séminaristes, les prêtres, les religieux et les laïcs.

Un après-midi par lequel le Grand Séminaire de Nkolbisson a honoré l'invitation de Benoît XVI adressée à tous les fidèles à célébrer par des initiatives concrètes cette Année de la Foi qui vient de commencer.

Silvia Recchi

29/10/2012