Connaître la vie consacrée/10

 


DES MÈRES ET NON DE VIEILLES FILLES

Le Pape François aux Supérieures Générales


  

 

Le 8 mai 2013, le Pape François a adressé un Discours à l'Assemblée Plénière de l'Union Internationale des Supérieures Générales (UISG) réunies autour du thème: "Le service de l'autorité selon l'Évangile".

Le Pape leur a proposé "trois pensées simples", résumées en ces termes: adoration, service, "sentir" avec l'Église[1].

Le Discours du Pape a évoqué synthétiquement quelques grands piliers qui soutiennent la vie consacrée et qu’il a actualisés dans le style qui lui est propre et l'immédiateté de son langage.

Une vie d’adoration

La centralité de la personne du Christ, a rappelé le Pape, est le premier pilier de la vie consacrée. Celle-ci nécessite un exode permanent pour suivre la volonté de Dieu, en se détachant de ses projets, de ses propres critères et de son "moi". C'est un chemin d’"adoration", une attitude fondamentale et prioritaire qui se réalise dans une dépossession progressive de soi-même. Adorer signifie vivre et appeler les autres à vivre cette centralité du Christ, signifie vivre l'identité évangélique propre aux personnes consacrées.

Cette attitude d'adoration s'exprime principalement par la pratique des conseils évangéliques d'obéissance, de pauvreté et de chasteté, pierre angulaire de toute vie consacrée.

L'obéissance commence par l'écoute de la volonté de Dieu et son accomplissement se réalise dans l'acceptation de ses médiations humaines. La dialectique autorité-obéissance est située au cœur du mystère de l'Église, a rappelé le Pape.

Certes, les personnes consacrées ne sont pas appelées à obéir à Dieu plus que les autres croyants, parce que tous lui doivent soumission. Ce qui est spécifique dans leur vie, c'est qu'elles rendent effective l'obéissance, en acceptant certaines médiations qui ont leur fondement dans l'origine charismatique de la famille religieuse et se concrétisent au moyen des constitutions de l'Institut, à travers la vie fraternelle des membres et par l'action des supérieurs. Ces derniers sont appelés à exercer l'autorité en conformité avec le don de l'Esprit et à représenter un rôle fondamental de médiation dans la transmission de la volonté de Dieu, dans le cadre du projet évangélique de l'Institut.

La pauvreté – a rappelé le Pape François - est d’abord confiance en Dieu, en son projet et en son Royaume, dans la conscience que celui-ci ne se construit pas avec des moyens humains.

La pauvreté ne doit pas être réduite à un énoncé théorique, elle "s’apprend en touchant la chair du Christ pauvre, dans les humbles, les pauvres, les malades, les enfants", bref, dans tous ceux qui sont existentiellement marginalisés.

L’adoration du Seigneur est aussi exprimée dans la pratique de la chasteté consacrée, comme un charisme précieux du don de soi à Dieu et aux autres. La chasteté devient ainsi féconde, générant spirituellement des enfants dans l'Église. "La personne consacrée est mère, elle doit être mère et non pas ‘vieille fille’ ! Pardonnez-moi de parler ainsi, mais cette maternité de la vie consacrée, cette fécondité est importante !".

La chasteté oriente de manière fructueuse les dimensions anthropologiques des personnes consacrées au Christ qui est venu parmi les hommes non pour vivre dans la fécondité naturelle; il s'est fait chair et sang pour se donner complètement et être ainsi l'Époux.

Dans un langage immédiat et populaire, le Pape François a parcouru la grammaire essentielle qui est à la base de toute forme de profession des conseils évangéliques.

Une autorité qui est service

La deuxième "simple idée" offerte par le Pape aux Supérieures Générales est l'aspect de service qui doit caractériser l'exercice de l'autorité religieuse.

Sur ce point aussi, ses mots sont prononcés dans un style très concret. Pour les hommes, a-t-il dit, l’autorité est souvent synonyme de domination, de pouvoir et de possession. Par contre, dans la vision évangélique, elle est service d'humilité et d'amour qui permet d'entrer dans l'esprit de Jésus qui ne dédaigna pas de laver les pieds de ses apôtres et qui invite ses disciples à être des serviteurs, à être "les derniers" pour devenir "les premiers" dans son Royaume.

Le Pape, dans son Discours, n'a pas hésité à parler avec une grande franchise des dommages qui sont faits à l'Église par tous ces hommes et femmes "qui sont des carriéristes, des grimpeurs qui utilisent le peuple, l'Église, leurs frères et sœurs - ceux qu’ils devraient servir - comme un tremplin pour leurs propres intérêts et leurs ambitions personnelles".

Il y a ensuite un autre aspect, à peine évoqué dans son Discours, qui est important à souligner. Si l'autorité véritable réside dans le service des autres, ce service "a son sommet lumineux sur la Croix".

Le service n'est jamais la réalisation d'un simple programme de prestations humanitaires aux pauvres ou à n’importe qui d'autre. C'est toujours un service dans l'ordre de la vérité évangélique, dans l'ordre de la charité, ce qui revient à aimer comme le Christ crucifié a aimé.

Le lien avec le mystère du Seigneur est donc la base du service afin que celui-ci soit effectif; c'est pour cette raison que l'attitude d'adoration précède tout service qui découle nécessairement d’elle et en elle trouve ses racines réelles.

"Sentir" avec l'Église

Le dernier point proposé par le Pape à la réflexion des Supérieures Générales concerne l’ecclésialité comme une composante essentielle de la vie consacrée.

La vie consacrée est un "charisme fondamental pour le chemin de l'Église" qui est situé au cœur de celle-ci et dont il exprime la nature profonde; il appartient à l'Église non comme un simple élément décoratif, mais en tant que pilier fondamental de son existence. Il est donc important de former les membres des communautés religieuses à cette dimension profondément ecclésiale de leur vie et de leur mission.

"Que serait l'Église sans vous? Il lui manquerait la maternité, l'affection, la tendresse, l’intuition de mère" a conclu le Pape en s'adressant aux participants.

Le Discours du Pape à l’assemblée plénière de l’USG a donc relancé avec simplicité, profondeur et un caractère concret les valeurs qui caractérisent la vie consacrée depuis toujours, en actualisant le sens de sa mission dans l'Église de notre temps.

 

Silvia Recchi

________________________

[1] Cf. Pape François, Discours à l'Assemblée Plénière de l'Union Internationale des Supérieures Générales (UISG), 8 mai 2013.

 

08/06/2013