Nouvelles d'Afrique

 

 

L’AMITIÉ AVEC LE CHRIST, GAGE DE FÉCONDITÉ DU MINISTÈRE

Rencontre à Yaoundé avec le Card. Filoni

 


Le Card. Fernando Filoni, Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, a séjourné au Cameroun du 26 mai au 1er juin 2014, à l’occasion de la célébration du centenaire de l’évangélisation du diocèse de Bamenda.

À son arrivée à Yaoundé, nous l’avons accueilli au Grand séminaire de l’Immaculée Conception de Nkolbisson où il a récité les vêpres et rencontré les séminaristes et leurs formateurs. 

 

Le Card. Filoni a exprimé sa joie d’être au Cameroun, pour la deuxième fois, après sa visite de 2009 lors du voyage de Benoît XVI.

Il s’est dit heureux d’avoir commencé la rencontre avec plus d’une centaine de séminaristes et leurs formateurs, par la récitation de la liturgie des heures, la prière étant un des piliers fondamentaux dans la vie des ouvriers apostoliques. Si ce pilier s’écroule, a-t-il dit, quelque chose est destinée à tomber dans la "construction" de notre vie.

Après la phase protocolaire de présentations et les mots chaleureux d’accueil du Recteur du Grand séminaire, le Cardinal a tenu, lui aussi, à se présenter.

Qui est le Card. Filoni ?

Le Card. Fernando Filoni

Il a évoqué son long cheminement, à partir de sa formation pendant le Concile, avant son ordination sacerdotale en 1970. "Nous avons vécu, étudié le Concile et ensuite, nous l’avons mis en pratique", a-t-il dit.

Il a tracé les étapes de son ministère au service de l’Église, en particulier les années où il était un simple vicaire dans une paroisse de Rome; il a évoqué le temps passé dans les études pour le service diplomatique, sa première destination en Sri Lanka et ensuite en Iran, les années passées à la secrétairerie d’État, son envoi au Brésil et plus tard aux Philippines, avec résidence à Hong Kong où le Saint-Siège avait ouvert une mission d’études pour suivre de près la situation de l’Église en Chine. C’est en 2001 qu’il est devenu Nonce apostolique en Jordanie et en Irak. À Bagdad, il a vécu les dernières années du régime de Saddam et la difficile période de la guerre. Le 10 mai 2011, il a été nommé par Benoît XVI, Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, charge confirmée plus tard par Pape François.

Ministère sacerdotal, lieu de sanctification

Pendant son intervention, le Cardinal a affirmé vouloir s’adresser idéalement à tous les séminaristes du Cameroun pour les encourager à être des témoins de l’évangile, vrais collaborateurs de Dieu pour le salut de l’humanité.

Comme le Christ l’a montré, c’est par la parole et le témoignage que sa mission messianique s’est accomplie. C’est l’exemple à toujours suivre, car la parole sans le témoignage est vide et insuffisant est le témoignage sans la parole.

Quand le Seigneur nous appelle, il nous invite à nous mettre à son école ; l’appel est toujours personnel et demande d’entrer en relation avec Lui, de faire l’expérience de son amitié, car la qualité de notre vie dépend justement de ce rapport d’amitié qui conduit à s’ouvrir à sa mission, qui est immense et arrive jusqu’aux limites du monde. Il faut se préparer à voir le ministère sacerdotal comme un lieu de sanctification ; sans ce regard, il deviendrait une simple fonction sociale, vidé de son sens le plus profond.

Le Cardinal a invité les jeunes à cultiver l’humilité, la générosité, à accumuler, pendant leurs années au séminaire, des trésors intellectuels et spirituels. Suivre le Christ est exaltant et exigeant, cela demande de sortir de toute logique de réalisation de soi-même, pour s’enraciner dans la volonté de Dieu et pour se transformer en lui.

Nous sommes appelés – a dit encore le Card. Filoni – à être des amis et non de simples serviteurs, le prêtre étant l’alter Christus, son représentant parmi les hommes et donc appelé à aimer comme lui, à penser comme lui, à agir comme lui et à servir comme lui.

Le Cardinal n’a pas hésité à évoquer les problèmes majeurs dans la vie des prêtres en Afrique ; il a parlé de la nécessité d’une maturité affective, du choix du célibat vécu comme donation totale à Dieu et aux hommes, de la nécessité de vivre la communion fraternelle entre prêtres et l’exigence du détachement des biens matériels en cultivant l’esprit de pauvreté évangélique. À ce propos, pour le Card. Filoni, il faut se demander pourquoi tant de prêtres des pays africains éprouvent le désir de quitter leurs diocèses pour aller vivre en Europe.

Les défis de la nouvelle évangélisation

À la question posée par un séminariste, sur les attitudes appropriées pour accomplir la tâche de la nouvelle évangélisation dont on parle aujourd’hui, le Cardinal a évoqué d’abord le sens et l’historique de l’expression "nouvelle évangélisation", créée par Jean-Paul II. Justement, a souligné le Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, le Pape canonisé parlait de nouvelles méthodes, d’un nouvel élan, d’un enthousiasme renouvelé, mais l’évangélisation, c’est-à-dire, l’annonce de l’Évangile et des valeurs du royaume de Dieu, reste toujours la même.

Le Pape François parle également d’évangélisation et de la tâche missionnaire que l’Église doit toujours accomplir. Souvent, on néglige le contenu de l’Évangile qui demeure le même et doit être annoncé à tous.

Selon le Cardinal, la question fondamentale à affronter dans la nouvelle évangélisation est d’abord de savoir si nous aimons évangéliser et quelle contribution nous pouvons apporter dans notre Église, dans notre paroisse, dans notre village, dans la situation concrète où chacun vit. La contribution la plus authentique réside dans notre capacité à aimer et à développer les talents que le Seigneur a donnés à chacun.

Parler aux jeunes d’aujourd’hui

Comment un séminariste peut-il témoigner la joie de l’Évangile aux jeunes d’aujourd’hui ? Telle a été la question posée par un autre séminariste.

La réponse du Card. Filoni a été très claire : pour transmettre la joie de l’Évangile, il faut l’avoir déjà en soi-même. On peut susciter chez les autres le désir du Christ, si nous cultivons constamment ce désir dans notre vie ; nemo dat quod non habet, a-t-il rappelé, nul ne peut transmettre ce qu’il ne possède pas. Donc, si le prêtre n’a pas le Christ, il n’a rien à donner aux autres, son ministère serait vide et sans aucun sens ; le peuple le comprend et nous juge.

La tâche des formateurs

Le Card. Filoni a adressé ses derniers mots aux formateurs, en commentant leur tâche délicate et difficile.

Choisir le Recteur d’un Grand séminaire qui, à son tour, doit veiller sur les formateurs, a-t-il dit en souriant, est une tâche plus difficile que de choisir un candidat à l’épiscopat. En effet, c’est le Recteur qui doit d’abord discerner et donner son jugement à l’Évêque sur les jeunes en formation.

Le discernement du Recteur, comme celui des autres formateurs, est le fruit d’un engagement de son intelligence, de son cœur et de tout son temps, afin de connaître le jeune, de rester à ses côtés, sans avoir une vie "ailleurs". Aux formateurs, il faut un cœur illuminé et donc une proximité constante au Seigneur ; ils sont tenus à une vie cohérente et authentique pour apprendre aux jeunes confiés à leurs soins à cultiver l’amour de la vérité, la loyauté, la sincérité, la fidélité à la parole donnée.

Les Évêques sont également tenus de s’intéresser à la vie du séminaire, de le visiter fréquemment, de connaître les jeunes et d’être vigilants sur la formation.

La rencontre s’est achevée avec les salutations et la bénédiction apostolique que le Cardinal a transmises à tous les participants de la part de Pape François.

Silvia Recchi



29/07/2014