Thèmes de Doctrine Sociale de l’Église/9 

 

 

LE TRAVAIL DANS LE PROJET DE LA CRÉATION

SELON LE MAGISTÈRE SOCIAL DE JEAN-PAUL II

 

Dans cet article, ainsi que dans les suivants, nous nous arrêterons, en particulier, sur l'enseignement de Jean-Paul II sur le travail.

Avec l’encyclique Laborem exercens et avec bien d’autres discours prononcés durant son long pontificat, le Pape polonais réalise une systématisation doctrinale de l’enseignement social sur le travail, il récupère et relance son sens plein et intégral, en se référant explicitement et à plusieurs reprises à la création biblique, sa source d’inspiration, et en mettant en relation le plan anthropologique avec celui théologique, avec les Saintes Écritures et le plan de Dieu.

Dans sa dernière encyclique sociale, Centesimus annus, Jean-Paul II consacre toute la dernière partie du document à l’homme, “la route de l’Église” (n. 53). Le Pontife souligne encore une fois, comme il l'avait fait de manière programmatique dans sa première encyclique, Redemptor hominis, la sollicitude de l'Église et même sa préoccupation personnelle et constante pour l'homme réel, concret et historique, en qui “demeure intacte l'image et la ressemblance avec Dieu lui-même” (Redemptor hominis, 13). Tel est “le principe unique, qui inspire la doctrine sociale de l'Église” (Centesimus annus, 53).

Selon la foi catholique, l'homme reçoit de la Révélation divine son sens profond et authentique et c'est pourquoi l'anthropologie chrétienne, en tant que chapitre de la théologie, est une dimension “nécessaire tant pour interpréter que pour résoudre les problèmes actuels de la convivialité humaine” (Centesimus annus, 55).

Dans l'intention d'illustrer toujours mieux la vérité de l'homme en lui-même, dans l'histoire et face au projet originel de Dieu, élément qui caractérise et qualifie son Magistère, Pape Woytjla développe, dans le domaine de son enseignement social, le thème du travail, comme dimension propre de la vie humaine.

Point de départ inévitable et essentiel est, dans ce sens, la réflexion théologique et anthropologique sur le mystère de la création: en lui se trouvent déjà exprimées les vérités fondamentales autour de l'homme (cf. Laborem exercens, 4).

L'Église, en effet, tire du projet originaire de Dieu la conviction que le travail “constitue une dimension fondamentale de l'existence humaine sur la terre” (n. 4) et en ce projet doit être posé le fondement premier, théologique, spirituel et anthropologique de la signification du travail et de l'homme qui travaille.

La conséquence immédiate qui en dérive est la centralité incontournable de l'homme dans le processus productif et économique et dans la réalité sociale en général.

Jean-Paul II souligne avec insistance, dans cette perspective, le sens subjectif de l'activité humaine: “Le travail est avant tout 'pour l'homme' et non l'homme 'pour le travail'“ (n. 6).

Le travail est action et vocation de l'homme, expression et exaltation de sa créativité pour sa réalisation humaine et spirituelle.

La réalité et le sens objectif du travail en tant que concrétisation, par le moyen des œuvres de la civilisation et de la culture, du commandement divin de dominer la terre doivent être constamment rapportés à son sens subjectif.

L'homme: créature de Dieu

La vérité biblique de l'homme créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26) acquiert ainsi une importance fondamentale théologico-spirituelle qui devient le noyau central de l'anthropologie chrétienne et donne à l'homme la profonde dignité qui est la sienne. Être homme signifie d'abord être constitué dans une vérité originaire, la réalité créée par Dieu ensemble avec l'humanité de l'homme.

Voilà la vérité immuable des origines, de chaque homme; par cette même vérité, la création de Dieu continue de subsister comme acte d'amour et de miséricorde divine, comme action historique continue de la fidélité de Dieu à sa créature.

La tâche de l'homme, dans ce sens, n'est pas celle d'accomplir une chose quelconque, mais bien celle de réaliser cette vérité. L'histoire de l'homme ne peut être un produit ou un projet du monde et dans le monde ni le fruit d'un processus dialectique; elle est, par contre, la manifestation de l'acte créateur de Dieu jusqu'à la vérité d'être image de l'homme. Dieu reste fidèle à cela dans l'histoire de sa liberté et miséricorde; l'histoire n'est donc rien d'autre que devenir conscient du véritable sens d'être homme.

Le récit de la création (Gn 1, 1 – 2, 4a) selon la tradition sacerdotale (P), auquel se réfère fréquemment Jean-Paul II[1], laisse émerger cette catégorie théologique de l'imago Dei[2], que Gaudium et spes avait déjà assumée comme point de départ et catégorie récapitulative de tout le discours conciliaire sur l'homme.

De cette définition descend, comme caractéristique essentielle de l'homme, sa dépendance totale de Dieu, son être créaturel, impliquant certes sa finitude et sa fragilité, mais soulignant en particulier la participation privilégiée de l'homme à la grandeur de son Créateur, sa capacité de le connaître et l'aimer.

Une telle vision de l'homme ouvre à la transcendance et à la grâce divine, et dépasse toute anthropologie enfermée dans l'immanence et tout humanisme athée qui essaie de comprendre le phénomène humain indépendamment de la relation de l'homme avec Dieu.

L'homme, image et ressemblance de Dieu, est l'unique créature irréductible à un élément anonyme de la création et il est le seul être qui, doué d'intelligence, liberté et volonté, est en mesure de comprendre et de vouloir librement, la seule créature qui peut écouter et répondre à l'appel des êtres et de Dieu: il est en effet l'unique créature que Dieu a voulue pour lui (cf. Gaudium et spes, 24).

Cette même relation détermine la position de l'homme dans tout le cosmos. Le récit de la création met en contact étroit la suprématie de l'homme sur l'univers entier avec sa dignité d'être image de Dieu.

Ce concept biblico-théologique n'indique donc pas une réalité statique, mais il sous-tend et exprime une situation dynamique. L'homme n'épuise pas son être à l'image de Dieu en lui-même, pour ce qu'il est, mais il le réalise pleinement en ce qu'il fait.

Emanuela Furlanetto

 

(Traduit de l'italien par Giuseppe Di Salvatore)

 

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[1] Rien que dans Laborem exercens, six parmi les vingt-deux citations du livre de la Genèse, citent ou se réfèrent à Gn 1, 26-28.

[2] Naturellement, le thème est présent non seulement en Gn 1, 26-28, mais il revient dans d'autres textes bibliques avec diverses variantes et en acquérant une signification toujours plus profonde.

 

14/08/2014