Droit canonique et cultures/31

 

 

 

Les religieux sont-ils des laïcs ?/2

Un éclairage canonique

 

Le Code traduit en langage canonique l’ecclésiologie conciliaire. Il part de la condition commune du fidèle (christifidelis) pour arriver ensuite aux distinctions charismatiques, ministérielles et existentielles des fidèles. Ainsi, les rédacteurs du Code se réfèrent constamment, quant au sujet qui nous intéresse, à

Lumen gentium n. 31 qui donne une description typologique du laïc.

L’apport du Code

Le Code, cependant, reprend dans son can. 204 §1 le même passage de Lumen gentium pour définir non le laïc, mais le “fidèle” tout court[1].

Ensuite, le can. 207 §1 affirme que : “Par institution divine, il y a dans l’Église, parmi les fidèles, les ministres sacrés qui en droit sont aussi appelés clercs, et les autres qui sont aussi appelés laïcs”.

Le sens du mot laïc dans ce paragraphe ne traduit rien d’autre que l’absence d’ordination sacrée. Le paragraphe désigne, en effet, la structure fondamentale de l’Église au point de vue hiérarchique ; de celle-ci dérive la distinction conséquente entre clercs et laïcs d’où découlent les différentes conditions juridiques des deux états, avec les droits et les obligations relatifs.

Le même can. 207 clarifie davantage au §2 : “Il existe des fidèles appartenant à l’une et à l’autre catégorie [ministres sacrés et laïcs, N.D.R.] qui sont consacrés à Dieu à leur manière particulière par la profession des conseils évangéliques au moyen des vœux ou d’autres liens sacrés reconnus et approuvés par l’Église et qui concourent à la mission salvatrice de l’Église ; leur état même s’il ne concerne pas la structure hiérarchique de l’Église, appartient cependant à sa vie et à sa sainteté”.

Apparaît dans ce paragraphe la distinction tripartite entre clercs séculiers, personnes consacrées et laïcs, une distinction qui est elle aussi source des différentes conditions canoniques correspondantes.

Dans cette perspective, les laïcs ne sont ni clercs ni personnes consacrées (ni religieux donc). Le laïc désigné dans ce §2 ne coïncide pas avec le laïc présenté au §1, car le critère de distinction dans la division tripartite n’est plus le sacrement de l’ordre comme au paragraphe précédent, mais la différence de condition canonique, conséquence des vocations distinctes.

Ce §2 du can. 207 a une valeur ecclésiologique importante ; il montre qu’outre la structure hiérarchique, voulue par volonté divine et qui établit une inégalité fonctionnelle entre les fidèles sur la base d’une participation différente au sacerdoce du Christ (cf. LG 10), il y a dans l’Église une autre structure, désignée comme charismatique, créée par la présence dynamique des dons suscités par l’Esprit Saint, reconnus comme formes de vie consacrée.

Le Code, même s’il ne donne aucune définition du laïc, lui réserve cependant un titre à part, ce qui signifie qu’il le distingue de la condition commune du fidèle (christifideles). Dans le Code, être laïc est considéré comme une détermination de l’état du simple fidèle; une telle condition est soumise à des spécifications ultérieures qui dans leur variété, gardent pourtant intacte l’identité laïque.

Approfondissements ultérieurs

L’exhortation Christifideles laici de 1988 marque un progrès dans le sujet qui nous intéresse, en soulignant davantage que tous les chrétiens sont des fidèles et, parmi eux, certains sont laïcs. Elle met en lumière, avec plus d’insistance, la pleine appartenance des fidèles laïcs à l’Église et à son mystère et le caractère spécifique de leur vocation[2].

Ce dernier point continue pourtant à faire difficulté ; l’exhortation décrit à l’égard des laïcs leur position particulière par rapport à la société humaine, au monde et aux réalités temporelles, mais ce qui fait la condition séculière spécifique du laïc reste à approfondir.

Christifideles laici, en voulant approfondir les valeurs, les tâches, les ministères et les offices qui peuvent être propres aux laïc, parle des situations très variées des laïcs (entre autres celle des jeunes, des enfants, des personnes âgées, des hommes, des femmes, des malades…), mais l’exhortation reste encore dans une ligne générique.

Quelques auteurs parlent de la nécessité d’une distinction entre une vocation générale et laïque et des vocations particulières dans le laïcat. En effet, tout homme passe de l’enfance par la jeunesse à l’état adulte ; tous peuvent être malades. Si l’on situe le fidèle laïc dans la vocation générale du laïcat, on désignerait plutôt une situation de fait qu’un choix personnel. On peut se poser la question si un enfant, un jeune en formation, un adulte qui n’a pas encore déterminé par choix personnel son état de vie, est un laïc par vocation ou un laïc par généralisation.

La vocation comporte toujours le choix personnel d’un état de vie. Il faudrait peut-être ramener le caractère laïc à un choix vocationnel, qui est tout d’abord un appel divin et, en ce sens, une vocation personnelle qui situe celui qui y répond dans l’Église et dans le monde. Ce qui revient à dire, selon une expression utilisée, qu’il y a “des laïcats dans le laïcat” et qu’il faut spécifier la position de chaque laïc dans l’Église comme dans le monde[3].

L’exhortation Christifideles laici a voulu donner une description positive très large du laïc ; mais la réflexion sur son identité et sur sa vocation n’est pas achevée.

Comme définition descriptive du laïc, nous pouvons retenir qu’il s’agit du fidèle qui, tout en demeurant dans la consécration baptismale commune, dans l’Église et dans le monde, contribue à édifier le Royaume de Dieu, en témoignant de la foi, selon une vocation propre qui est celle de la sécularité, vécue selon une modalité qui est déterminée par les services concrets et la variété des ministères de fait exercés[4].

Il nous reste maintenant à analyser le sens du mot “religieux”.

Silvia Recchi

(À suivre)

 

 

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[1] Can. 204 §1: “Les fidèles du Christ sont ceux qui, en tant qu’incorporés au Christ par le baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui, pour cette raison, faits participants à leur manière à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer selon leur condition propre la mission que Dieu a confiée à l’Église pour qu’elle l’accomplisse dans le monde”.

[2] Cf. Christifideles laici, 9.

[3] Cf. J. Beyer, Renouveau du droit et du laïcat dans l’Église, Tardy, Paris 1993, 117-121.

[4] G. Ghirlanda, Laico, in Nuovo Dizionario di Diritto Canonico. A cura di C. Corral Salvador, V. De Paolis, G. Ghirlanda, San Paolo, Cinisello Balsamo (MI) 1993, 612-614.


30/08/2014