Nouvelles d'Afrique

 

 

  CAMEROUN EN MINIATURE

À la découverte de la ville de Mbalmayo

La ville de Mbalmayo se trouve au Cameroun dans la région du Centre, à une quarantaine de kilomètres au sud de la capitale Yaoundé. Considérant les villages limitrophes, elle compte environ 80.000 habitants[1]. Notre Communauté Redemptor hominis y est présente depuis 1990. En 1995, Mgr Adalbert Ndzana, alors évêque de Mbalmayo, nous a confié la paroisse d'Obeck, située au cœur des quartiers populaires de la ville.

La diversité culturelle, ethnique et linguistique fait de notre ville un condensé du Cameroun tout entier. Alors que l'histoire de Mbalmayo tire ses origines de la période coloniale, son importance au niveau administratif, socio-économique et religieux constitue aujourd'hui le levier de son développement et de celui de la région.

 

 

Grandeur et décadence d'une ville coloniale

C'est surtout sa position géographique qui a fait de l'ancien centre nommé Vimli ‒ du nom du grand rocher noir aux contours arrondis sur les bords du fleuve Nyong ‒, habité par l'ethnie Bene, un vrai point de référence pour tous les habitants du Sud Cameroun. C'est à Mbalmayo (du nom du chef de village Mballa, fils de Meyo) que confluaient en effet les pistes qui partaient de l'intérieur vers la côte atlantique. Pour cette raison, à partir déjà de 1910, Mbalmayo représentait un important avant-poste de l'occupation allemande. De cette époque, il reste un puissant fortin servant aujourd'hui de prison et qui domine encore la ville.

L'intensification de l'économie coloniale basée sur la production et l'exportation du cacao, du café et du bois de valeur, le fonctionnement, depuis 1927, du réseau ferroviaire qui reliait ‒ grâce à l'embranchement d'Otélé ‒ Mbalmayo au grand port commercial de Douala et l'exploitation des eaux du Nyong pour le transport des marchandises ont contribué, dès les années '30, au développement de la ville. De nombreux exportateurs, Grecs et Libanais surtout, encore résidents sur la côte, commencèrent à y construire leurs succursales et à y habiter d'une manière stable. Plus tard, une certaine activité industrielle liée à la transformation du bois commença à apparaître. En même temps, l'administration y créa un nombre considérable de services.

C'est dans les années 1950 qu'un pareil mouvement de développement atteignit son apogée. Il fut marqué par la réalisation de plusieurs infrastructures urbaines qui méritèrent à la ville le surnom de Mbalmayo la coquette et par une véritable vague de migrations provenant même des régions les plus lointaines du pays. Mbalmayo devint ainsi une ville multiethnique, un véritable Cameroun en miniature. Pendant cette période, les quartiers populaires commencèrent à se constituer au bord du fleuve Nyong, unique zone laissée libre par les autochtones à cause des marécages et des dangers liés aux inondations.

De la vie de Mbalmayo pendant l'époque coloniale, riche en échanges, mais aussi chargée de contradictions dramatiques, il nous reste, comme témoignage privilégié, les romans Ville cruelle (1954) et Le pauvre Christ de Bomba (1956) du célèbre écrivain Alexandre Biyidi (1932-2001), originaire de Mbalmayo, plus connu à travers les pseudonymes d'Eza Boto et de Mongo Beti. Le succès du premier livre attira l'attention du grand public sur Mbalmayo. Les crimes perpétrés dans la ville à cette époque-là et les exécutions capitales publiques qui suivirent firent en sorte que le nouveau surnom de Mbalmayo soit justement Ville cruelle.

Mbalmayo fut créé comme Arrondissement en 1959, puis érigé en Chef-lieu de département en 1964. En août 1961, avec la création du diocèse homonyme, la ville qui, dès la période allemande, avait été la plaque tournante de l'évangélisation du Sud Cameroun, fut enthousiaste et fière de pouvoir accueillir, comme pasteur propre, Mgr Paul Etoga (1911-1998), premier Évêque noir de l'Afrique francophone. À cause des effets de la révolution des transports qui rendirent obsolètes les succursales disséminées sur le territoire par les compagnies d'exportation, les années 1960 néanmoins sonnèrent la décadence progressive de Mbalmayo que les crises économiques successives ne feront qu'accentuer contribuant de plus en plus à lui donner le statut de ville satellite de la capitale Yaoundé.

En parcourant la ville, l'on aperçoit encore aujourd'hui de vieux magasins et des dépôts de cacao abandonnés ; des routes centrales initialement goudronnées sont dans un état de grave désagrégation. Le surnom La coquette par lequel on l'appelait alors, est de plus en plus oublié. Par contre, celui de Ville cruelle semble être plus résistant à l'usure du temps, surtout parce qu'il est régulièrement repris par les journalistes nationaux, lors des reportages relatifs à une chronique noire de notre ville.

Nouveaux défis

Mbalmayo ne se résigne pas de toute façon à rester enfermée dans son passé, mais elle veut s'ouvrir à l'avenir. Ces dernières années, grâce à la coopération internationale, certains projets ont été timidement initiés en vue de l'expansion et de la modernisation du secteur urbain : la mise en place du plan d'urbanisation, la réhabilitation de certains axes routiers, la gestion des ordures ménagères.

Un certain nombre d'actions en outre ont été menées en vue du renforcement des   potentialités touristiques de la région. La ville de Mbalmayo et ses environs en effet comptent plusieurs sites où on pratique l'écotourisme (le village d'Ebogo, situé sur le fleuve Nyong, a été choisi par l'Organisation Mondiale du Tourisme pour développer et promouvoir le tourisme durable), le tourisme religieux (notamment la Cathédrale de Mbalmayo de la période coloniale et le sanctuaire marial de Nkol Ebindi qui surplombe la ville) et le tourisme culturel qui permet de découvrir aussi les saveurs de la gastronomie locale (le kanga, gros poisson du fleuve Nyong, y tient une place de choix ainsi que différentes qualités de ndomba, mets à base de poisson ou de viande cuits dans les feuilles de bananier).

La ville reste un nœud fondamental de communication et un centre administratif important. Quelques usines de transformation du bois encore en fonction en font pratiquement le seul centre industriel de la région. La ville est en outre le "château d'eau" de la capitale Yaoundé : c'est à Mbalmayo en effet que se trouve le centre de pompage et de purification des eaux du fleuve Nyong qui alimente la capitale.

Une ville jeune

Mbalmayo attire les jeunes des campagnes du Centre-Sud grâce aussi à l'implantation de nombreuses écoles secondaires : lycées francophones et anglophones, instituts techniques et professionnels, sans oublier le lycée artistique, l'unique au Cameroun. Enfin l'école des gardes forestiers de Mbalmayo attire également de nombreux étudiants, certains d'entre eux venant même des pays limitrophes.

Ceci fait de Mbalmayo une ville jeune, avec une concentration singulière de professeurs et de fonctionnaires, de personnes avec un degré d'instruction supérieure à la moyenne de la population. Malgré cela, le taux d'alphabétisation demeure encore insuffisant. Ceci ne favorise pas la croissance sociale des populations, surtout celles qui sont plus défavorisées parmi lesquelles l'analphabétisme de retour est très répandu.

L'on comprend alors que le débat, le dialogue et la circulation d'idées se réalisent avec difficulté et qu'ils soient souvent perçus avec suspicion et méfiance. La gestion du gouvernement de la ville sent le parfum de l'expérience historique des sociétés traditionnelles et de la colonisation. La société civile a des difficultés pour se libérer de la tutelle de l'administration ; les rapports familiaux et les liens de sang restent souvent prioritaires.

Les conséquences les plus graves en sont le tribalisme et le clientélisme, la crédulité et les pratiques magiques qui occupent la place laissée libre par la raison et par la confiance dans la possibilité de conjuguer ensemble unité et différence en vue de la consolidation du bien commun.

Pour faire face à ces nouveaux défis, la ville de Mbalmayo est appelée à ne pas oublier son passé, à savoir que son développement ne dépendra pas uniquement des aides matérielles qu'elle réussira à attirer, ni des structures techniques qu'elle sera capable de réaliser. Un nouvel élan pour la vie de notre ville pourra venir plutôt de la formation des consciences, du mûrissement des mentalités et des comportements de ses citoyens en vue d'une plus grande responsabilité civile et sociale et de la solidarité ethnique de tous ses éléments constitutifs.

À ce niveau, il est indéniable que le rôle joué par l'Église est essentiel. Sa présence sur le terrain, à travers les paroisses où la vie associative est particulièrement vivante, et son engagement résolu en faveur de la promotion humaine s'exprimant à travers ses structures sanitaires et surtout ses établissements scolaires, contribuent à la formation intégrale des personnes et par conséquent à l'édification de la société tout entière.

La nomination, le 27 décembre 2016, du nouvel évêque Mgr Joseph-Marie Ndi-Okalla, originaire de Mbalmayo et doté d'un bagage spirituel et intellectuel acquis pendant ses nombreuses années de service ecclésial dans la recherche théologique et qui lui ont valu aussi la participation en tant qu'expert au deuxième synode pour l'Afrique qui s'est penché sur les défis des sociétés africaines, détermine fort opportunément la ville, véritable Cameroun en miniature, à regarder avec confiance vers le futur.


 


[1] Selon les données fournies par le Rapport de présentation des résultats définitifs du recensement de 2005, Mbalmayo comptait 62.808 habitants avec un taux d'accroissement annuel moyen de 2,2% (http://www.statistics-cameroon.org/downloads/Rapport_de_presentation_3_RGPH.pdf).




22/01/2018