Nouvelles d'Afrique

 



UNE VIE DE don et De service À l'AFRIQUE

Homélie prononcée par Mgr Joseph-Marie Ndi-Okalla,
évêque de Mbalmayo

Messe de requiem pour Silvia, 4 juin 2018

 

   

Peuple de Dieu rassemblé pour accompagner en cette Célébration de la Résurrection de Notre Seigneur, sa servante Silvia RECCHI

- Peuple de Baptisés, Consacrés au Seigneur, Ministres ordonnés : Religieux, Religieuses, Fidèles
 Laïcs, chers confrères dans le Sacerdoce ministériel et dans le ministère épiscopal,

- Chers Membres de la Communauté Redemptor hominis, à Mbalmayo et dans le monde, chère Lucia qui nous revenez à Mbalmayo après vingt ans, pour accompagner votre sœur Silvia,

- Tous et toutes, amis dans le Seigneur, loué soit Jésus-Christ ! (- à jamais !)


1. Avec l'auteur sacré de l'épître aux Éphésiens, nous sommes invités avant toute parole, à rendre grâce, en restituant explicitement la doxologie trinitaire : Oui, Gloire au Père, et au Fils, Gloire au Saint Esprit de Dieu

Oui, "Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions dans l'Esprit Saint, aux cieux, dans le Christ ..." (Éphésiens 1, 3).

"C'est ainsi qu'Il nous a élus en Lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l'amour" (Ephésiens 1, 4).

Pour accompagner Silvia et en essayant de faire relecture de sa vie et de recevoir le Mystère sous-jacent d'amour qui l'a animée et qui l'a accomplie, Mystère d'amour qui nous engage à la suite de Jésus, notre Maître et Seigneur, je me suis orienté vers ces deux textes de la Parole de Dieu :

1) Le début de la Lettre aux Éphésiens qui actualise et nous redit, pour elle et pour nous, le Mystère de notre élection dans l'Amour du Créateur, la vocation à l'amour et au salut dont nous bénéficions gratuitement, en Jésus-Christ le Fils bien-aimé ; oui, le dessein bienveillant du Père éternel, pour nous destiner à être avec Lui, auprès de Lui,

- purifiés de nos fautes par le Sang de l'Agneau pascal,

- vivant de la richesse de sa grâce en toute sagesse et intelligence,

- marqués et animés par l'Esprit Saint, anticipant déjà sur l'héritage plénier de notre adoption.

2) L'Évangile du Lavement des pieds au chapitre 13 de Saint Jean qui constitue aussi le corollaire de l'Eucharistie en ce quatrième Évangile pour nous dire la marque de fabrique, le style et la manière de vivre cette vocation à l'amour et au salut, à la suite et à la lumière de notre Maître et Seigneur.

Silvia a vécu devant nous, avec nous, en témoignant de son adoption, de son élection comme enfant de Dieu Silvia, par son service de l'Évangile et de l'Église, d'une humanité universelle, par son service missionnaire, à la suite du Maître et Rédempteur de l'Homme, nous a lavé les pieds :

2. Depuis vendredi soir (1er juin 2018) le corps de Silvia a été accueilli à l'aéroport de Nsimalen et vous étiez nombreux à y avoir été dans une liturgie d'accueil du corps présidée par Mgr Adalbert qui a accueilli Redemptor hominis dans ce Diocèse.

- A suivi le séjour à son Alma Mater, son Université, son jardin, de l'Université Catholique d'Afrique Centrale.

Oui, Silvia a pendant près de 23 ans vécu, enseigné, témoigné de l'Évangile, servi l'Église et sa canonicité, accompagné Évêques, Supérieurs Majeurs, Religieux et Religieuses, son Bureau étant ouvert au tout-venant.

- Oui à l'UCAC, nous l'avons accueillie vendredi soir avec le Recteur et son Département de Droit canonique, avec toute la Communauté Universitaire Silvia était chez elle : au cœur du triangle qui définissait sa vie en ce Campus : l'Eucharistie source chaque jour, le Bâtiment K de sa modeste chambre, et le Bureau et les salles de cours du Département de Droit canonique.

- Les Célébrations eucharistiques pour la confier au Seigneur de toute Miséricorde en disent assez sur l'authenticité d'une vocation et la reconnaissance de la manière dont son Service à l'UCAC a correspondu à sa manière de "laver les pieds" à l'UCAC :

Statuts, Enseignement, Recherche (Droit et culture), Conseil Scientifique, etc., mais aussi, depuis ce lieu, la manière dont elle lavait les pieds au quotidien par ses conseils, ses expertises, orientations, pour les Supérieurs Majeurs, les Religieux et Religieuses par plus de vingt ans d'activités de la Quinzaine.

Mais aussi depuis cette UCAC, ses expertises auprès de la CENC et de la Représentativité Pontificale.

- Comme tout grand témoin de Jésus-Christ dans l'aventure de l'Évangile vécu, oui "dont la vie et la mort ont chanté Jésus-Christ, a illustré Jésus-Christ et l'a donné à voir, à être goûté et partagé, dans des chemins et des lieux de vie en ce monde", Silvia nous entraîne dans la logique du don et de la Croix, du Corps et du Sang, par le lavement des pieds, réalités, symbole et métaphore d'une vie eucharistique, à la manière du Maître, logique du don et de la Croix assumée, de l'offrande et de l'oblation, de l'abandon à la dynamique de l'amour, humble service aux sœurs et aux frères en Jésus-Christ et à cause de Jésus-Christ pour ne pas faire mentir et échouer l'Amour du Père, qui nous a déjà bénis en son Fils bien-aimé.

- Le disciple n'est pas au-dessus de son Maître : "c'est l'exemple que je vous donne pour que vous fassiez, vous aussi, ce que moi j'ai fait pour vous" !

- Depuis samedi (02 juin 2018), le corps de Silvia a rejoint Mbalmayo, sa Communauté Redemptor hominis et la Paroisse Bienheureuse Anwarite d'Obeck, l'autre Pendant à sa Mission de l'UCAC. C'est ici, quelques jours, chaque semaine, qu'elle vivait au sein de ses frères et sœurs, Tonia (Antonietta), Jeannette, Charles, Franco, Gian Paolo... ! C'est ici qu'elle accompagnait sa catéchèse, en formation ecclésiale, le travail de l'Évangélisation, sa paroisse dans l'animation des communautés ecclésiales vivantes. C'est ici qu'elle était membre de divers groupes, Caritas, Liturgie... C'est depuis ce travail paroissial, qu'elle rayonnait vers les autres paroisses de la ville et notamment cette Cathédrale Notre-Dame du Rosaire, où retentit de manière si pédagogique et ecclésiale, sa voix, en cette nef lors des Décades/Mémoires à la Fête Patronale !

- Les Célébrations eucharistiques depuis samedi à la Communauté Redemptor hominis et à Obeck jusqu'aux Laudes de ce matin, attestent de la communauté de foi, d'espérance et de charité d'une Église, famille de Dieu, Famille du Christ, qui se reconnait en sa fille, sa sœur et accueille son exemple, son témoignage de Missionnaire de la Bonne Nouvelle, de notre adoption dans l'Amour du Seigneur :

"Je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître" (Jean 15, 15)

Oui, amis dans le Seigneur, à la suite de Jésus-Christ, recevant de lui pour communiquer le même Amour du Père aux uns et aux autres et son adoption gratuite de chacun de nous,

- Comme Lui, comme Silvia !

Voici qui transfigure littéralement nos géographies habituelles des frontières et des identités, pour nous restituer à la dynamique missionnaire, au goût de l'Évangile, à l'amitié dans le Christ, à la fraternité des disciples du Christ, au sacrement de l'Église dont des contours et l'horizon sont universels  pour "servir l'unité de tous les enfants de Dieu dispersés" ! Saurons-nous en recueillir les implications et les incidences pour notre vocation, nos charismes religieux, sur le terrain de nos champs d'apostolat, de nos cités, de nos représentations, de nos vies, de nos devoirs d'état, de notre service du Bien Commun ?

- Accompagner Silvia aujourd'hui, c'est aussi actualiser l'appel du Pape François à la sainteté "avec ses risques, ses défis et ses opportunités" à partir même de notre quotidien ! Pour mieux accueillir l'exemple de ces "saints de la porte d'à côté", que le Seigneur nous donne comme signe, instance, clin d'œil, exhortation, consolation, encouragements à travers nos responsabilités !

- Humblement, comment ne pas apporter ce témoignage :

Pendant son séjour de près de trois ans de maladie à Hasselt (Zwartberg / Zonhoven), je lui ai rendu visite deux fois et une troisième fois pour célébrer ses funérailles. Lucia, vous m'avez accueilli en votre communauté autour de Pentecôte 2015 Alors que nous essayions de partager le café et un chocolat, Silvia avec qui j'avais passé trente minutes dans votre Oratoire aux belles et spirituelles icônes, disparut. Où était-elle ? Que faisait-elle ? On entendait dans le fond de la chambre quelques bruissements d'emballages. Elle se ramena quelques temps après avec cette Icône du "Christ, Le Miséricordieux" (12e siècle), qu'elle me remit, sa signature, la vôtre Lucia, y furent apposées. En repartant, alors que j'essayais de l'encourager, c'est elle, coiffée d'un turban très stylé qu'elle s'était faite pour dissimuler sa tête déjà décharnée, qui me dit merci... ! du Cours de Droit/Culture à deux voix et les travaux à la Commission pour la Doctrine de la Foi / CENC, et les sessions de formation avec l'Abbé Philippe Mbarga au Grand Séminaire ! Et d'ajouter, le turban c'est pour dissimuler que les cheveux s'en vont (Chimio !).

Oui, ainsi était Silvia, ne pleurnichant pas sur elle, même, ne faisait pas cas de soi-même, cette grande Dame, vous remettait et vous confiait au "Christ Miséricordieux".

- Oui, en contemplant le Christ laver les pieds de ses disciples au cours du dernier repas, nous sommes entraînés par la manifestation de l'amour : elle est "le processus du passage, de la transformation, de la sortie des limites de la condition humaine vouée à la mort dans laquelle nous sommes tous séparés les uns des autres, dans une altérité que seuls, nous ne pouvons pas dépasser" (J. Ratzinger / Benoît XVI).

"C'est l'amour jusqu'à la fin qui opère... la sortie par-delà les barrières de l'individualité fermée, c'est l'amour qui provoque et suscite en nous l'irruption dans la sphère divine".

- Jésus rend à ses disciples un service d'esclave qu'est le lavement des pieds : Jésus corrige et transforme nos prétentions d'amour à la manière humaine, trop humaine, pour revêtir le sacrement d'un amour humble, qui sert, qui entraîne l'autre en confiance: oui, Fides et Caritas.

- Dans la condition humaine, nous arrivons en ce monde, fruit de la décision et de l'amour du Créateur. La rupture intervenue du Créateur par la responsabilité et la liberté humaine, n'entraîne pas la révocation de notre adoption par le Père éternel, notre vocation, notre élection. Pour nous y restituer et nous y établir, dans la logique du don, de l'amour et de la Croix, Dieu Lui-même en Jésus, nous lave les pieds, comme une mère à ses enfants. Ainsi inaugure-t-il notre relèvement. À l'inverse d'Adam qui veut rivaliser avec Dieu, Jésus s'abaisse, et dans sa Kénose, s'agenouillant, se dépouillant de sa splendeur divine, oui, le Christ Miséricordieux, lavant nos pieds sales, nous rend capables de prendre part au Banquet nuptial de Dieu. Heureux les invités au Banquet de l'Agneau pascal.

Silvia nous y précède ! Levons-nous, célébrons l'Eucharistie de la Résurrection, et la grâce de vivre de notre adoption par le Dieu Amour (trinitaire) et à la manière et à la lumière de notre Maître, comme Silvia, de nous engager, par le don et le service, jusqu'à l'extrême d'un amour consumé. "Ce seul Amour est digne de Foi" ! (Hans Urs von Balthasar).


 
 

15/06/2018