Nouvelles d'Afrique




La Caritas au cœur de la mission de l'Église

Journée de formation diocésaine pour les
groupes Caritas à Mbalmayo

 

 


Une journée de formation a rassemblé les groupes Caritas de la ville de Mbalmayo et les délégués des différentes paroisses du diocèse, le 2 mars dernier, au Centre d'Accueil Notre Dame du Perpétuel Secours, en vue de constituer, dans les deux zones du diocèse, des cellules actives de ce service de la charité qui est appelée à être toujours davantage au cœur de la vie ecclésiale.

Tel est le souhait de l'évêque, Mgr Joseph-Marie Ndi-Okalla, qui a promu cette journée et a invité l'abbé Gabriel Amougou, Aumônier diocésain de la Caritas, à organiser cette première rencontre en vue de formuler un plan de formation et de rayonnement missionnaire des groupes déjà existants sur tout le diocèse.

Mgr Ndi-Okalla a ouvert la journée par la prière. Il a rappelé ensuite que la Caritas n'est pas une institution comme les autres ; elle est l'Amour de Dieu lui-même qui se fait présent au milieu des hommes. Il a souligné l'importance qu'il attribue à la Caritas, puisqu'elle exprime l'une des quatre fidélités de l'Église primitive, décrite dans les Actes des Apôtres (2, 42-47). La mise en commun des biens et le partage, afin que personne ne manque du nécessaire, sont l'inspiration fondamentale de la Caritas, du service des pauvres, dans l'Église. Il a d'ailleurs souligné que sa devise épiscopale met un accent sur les trois vertus théologales dont la Charité est le cœur.

Il y a eu ensuite trois réflexions : celle d'Antonietta Cipollini, de la Communauté Redemptor hominis, missiologue et accompagnatrice du groupe paroissiale de la Caritas d'Obeck ; celle de l'abbé Engelbert Meyongo, Vicaire épiscopal des associations et professeur de droit canonique à l'Université Catholique d'Afrique Centrale, et finalement celle de l'abbé Gabriel Amougou, Aumônier diocésain de la Caritas. Un riche débat et quelques témoignages des participants ont suivi les trois interventions.

La célébration de la messe pontificale a marqué le sommet liturgique de l'événement et finalement un temps d'agape a clôturé la journée. Tout le monde est donc rentré conscient qu'une nouvelle page avait vu le jour pour la Caritas à Mbalmayo.

Tu vois la Trinité quand tu vois la Charité

En revisitant de plus près les différentes interventions, celle d'Antonietta Cipollini a rappelé les sources trinitaires de la mission de l'Église. Elle a approfondi les principes doctrinaux du Décret conciliaire Ad gentes : le projet du Père, déployé dans l'histoire du salut, en Jésus-Christ et par le Saint Esprit, exprime un amour libre, gratuit, universel et miséricordieux. Les mêmes caractères du projet du Père doivent être exprimés par l'Église, appelée à être icône de la Trinité dans l'histoire ; sa charité doit être libre, sans intérêt, ouverte à tous les frères et à toute la famille humaine. Capable d'avoir des entrailles de miséricorde, la charité de l'Église se fera ainsi créative et sera témoignage de la présence de Dieu dans l'histoire.

L'expression de St Augustin : "Tu vois la Trinité quand tu vois la charité"[1] a été un leitmotiv de ce premier entretien qui a souligné la primauté de l'expérience, du témoignage de la charité, pour une confession crédible de la foi trinitaire et de la communion de l'Église.

La présentation de quelques points forts de l'Encyclique Deus Caritas est de Benoît XVI, a permis aux fidèles réunis de situer l'importance de cet amour gratuit du Père, de l'agapé qui dépasse l'eros, tout amour de possession, pour construire l'Église comme "communauté d'amour"[2], qui cherche le bien intégral de l'homme. On a souligné l'importance de la formation du cœur des fidèles et des jeunes à cet amour gratuit, dans un contexte social qui prime sans scrupule l'intérêt et la compétition économique.

En se référant toujours à l'Église primitive, la même encyclique de Benoît XVI, rappelait la nécessité pour l'Église de vivre les trois tâches : Kerigma-martyria, enseignement et témoignage, leiturgia, liturgie et célébration des sacrements, diakonia, service de la charité : "Ce sont trois tâches qui s'appellent l'une l'autre et qui ne peuvent être séparées l'une de l'autre. La charité n'est pas pour l'Église une sorte d'activité d'assistance sociale qu'on pourrait aussi laisser à d'autres, mais elle appartient à sa nature, elle est une expression de son essence elle-même, à laquelle elle ne peut renoncer"[3].

La Caritas doit donc être une activité ordonnée, insérée dans une vision et une pastorale d'ensemble de l'Église, aux différents niveaux : paroissial, diocésain, universel.

En tenant compte de l'expérience pastorale vécue, en ce sens, Antonietta a rappelé que les groupes Caritas promus par la Communauté Redemptor hominis, dans les paroisses qui lui ont été confiées au Cameroun et au Paraguay, se situent à l'intérieur d'un projet pastoral global qui privilégie la prédication, la vie liturgique, la formation des laïcs, promeut le développement et la justice. Elle se définit comme une pastorale de l'intelligence et de la responsabilité.

L'amour libre de Dieu interpelle et attend en effet une réponse libre et intelligente de l'homme puisque l'amour de Dieu n'est pas unilatéral.

De cette approche dialogique de la foi, dérive un engagement responsable des fidèles laïcs pour la Caritas, qui rejette tout assistanat, qui sensibilise par contre les familles et les quartiers par une pastorale de proximité.

La Caritas ainsi conçue est formée souvent par des pauvres qui aident d'autres pauvres, qui s'organisent et sont solidaires en Église.

La Caritas devient alors transversale et touche les différentes réalités de la paroisse : simples fidèles, associations, services ; elle se pose comme un cœur qui pulse et stimule à l'amour. Tous sont entraînés par ce dynamisme, les adultes, comme les jeunes qui participent aux visites des malades et aux activités diverses en faveur des enfants les plus pauvres.

Les pauvres ne sont pas un problème pour l'Église

L'abbé Engelbert Meyongo, dans cette même lancée, a souligné que les pauvres ne sont pas un problème pour l'Église, mais une partie prenante de la vie de la paroisse. Il a insisté sur la dimension pédagogique d'implication de tout le peuple de Dieu, puisque la Caritas est l'affaire de tout le Corps ecclésial. Chacun est appelé à devenir les pieds et les mains de la charité du Christ.

Dans ce sens, la Caritas n'est pas d'abord une association avec des statuts, mais elle est avant tout une affaire de tous les fidèles. Tous les fidèles ont le droit et le devoir de s'engager personnellement dans l'action caritative qui constitue le commandement nouveau laissé par le Christ.

Dans une perspective juridique, les biens de l'Église a-t-il souligné viennent des fidèles et devraient être destinés spécialement aux pauvres. Depuis le début de l'Église, l'accent a été mis sur les pauvres comme destination première des biens de l'Église.

L'Église a aujourd'hui une structure internationale et nationale de la Caritas pour subvenir aux besoins des pauvres des différentes Églises locales.

L'aumônier diocésain, l'abbé Gabriel Amougou, a donc présenté au niveau national la structure ecclésiale de la Caritas et l'importance d'implémenter dans le diocèse la même structure qui est un service rendu aux plus pauvres et en même temps un promoteur du développement intégral de l'homme. Il ne s'agit donc pas a-t-il affirmé de faire de régulières collectes des fonds, mais de penser surtout à des initiatives qui mobilisent et créent des ressources. Par la voie d'une authentique subsidiarité, il sera possible ainsi de participer de la solidarité nationale de la Caritas et de ses projets.

Les témoignages des groupes paroissiaux ont restitué la vie de la Caritas déjà présente sur le terrain. Les groupes aînés de la ville de Mbalmayo, comme celui de la Cathédrale, ont voulu communiquer aux délégués du diocèse leurs joies et leurs difficultés.

La Caritas de la paroisse d'Obeck, qui a dernièrement fêté, par de multiples initiatives de formation et d'attention aux pauvres, sa vingtième année d'existence et de rayonnement dans les autres paroisses, est considérée en quelque sorte comme la Caritas mère du diocèse. Elle a insisté sur le ministère du service des pauvres, notamment des personnes âgées et abandonnées, sur la sensibilisation des familles pour ne pas les soustraire à leurs responsabilités humaines et chrétiennes en affirmant : "Nous ne sommes pas la roue de secours de ceux qui abandonnent leurs parents".

Le travail de la Caritas doit donc être réalisé en même temps avec la promotion de la justice aussi et du changement des mentalités ; cela demande une concertation et un engagement communautaire de toute la paroisse. Le curé doit accompagner ce travail, par la prédication à tout le peuple de Dieu et la formation des membres des groupes Caritas présents dans les différentes réalités de la paroisse : Communautés ecclésiales vivantes, groupes de prière, etc.

Les groupes Caritas dans ce sens ne sont pas les simples courroies de transmission pour les collectes de fond de l'Église (les curés et leur conseil économique pourraient très bien jouer ce rôle), mais la présence aimante de l'Église auprès des plus pauvres et en ce sens ils constituent un levain dans la pâte de toute la paroisse.

Les délégués des différentes paroisses du diocèse ont posé plusieurs questions sur le discernement des situations d'une plus grande fragilité dans un contexte de pauvreté généralisée ; d'autres ont été réconfortés puisque la bonté et la générosité du peuple fidèle réalisent spontanément déjà plusieurs formes de présence auprès des malades et des pauvres. Aujourd'hui, ils sont appelés à organiser ces initiatives individuelles en une réalité ecclésiale et sont conscients qu'ils ne seront plus seuls.

D'autres sessions ont été déjà prévues pour approfondir la formation et impliquer dans ce dynamisme les curés et les collaborateurs laïcs des paroisses.

Lors des conclusions présidées par Mgr Joseph-Marie Ndi-Okalla, une commission a été mise sur pied afin d'établir le plan d'action de la Caritas diocésaine et pour prévoir une mission auprès des différents secteurs du diocèse. Monseigneur Ndi-Okalla a voulu que les jeunes aussi soient membres de cette commission.

Le visage jeune de la Caritas

Quelques jeunes des paroisses de la ville, et notamment d'Obeck, étaient présents à la journée de formation et ont donné leur témoignage. Depuis leur bas âge en effet, ils visitent régulièrement les malades, comme membres des groupes liturgiques de la paroisse et de la catéchèse, et ils animent des journées pour les enfants les plus pauvres et en difficulté.

Ils ont voulu, lors du vingtième anniversaire de la Caritas, se constituer comme Section Jeunes. Cela a produit une note de joie, comme un fruit mûr cueilli au terme d'un long labeur.

Dans un contexte culturel où les personnes âgées sont souvent vues comme des sorciers qui veulent bloquer les jeunes et leur épanouissement, le témoignage de la joie partagée entre jeunes et vieux de la Caritas est un signe d'espérance certaine, une petite plante à soigner afin que l'Église en Afrique, et notamment dans notre diocèse, soit bâtie sur l'Amour qui ne passera jamais.

Antonietta Cipollini




[1] Saint Augustin, De Trinitate, VIII, 8, 12 : CCL 50, 287 : Bibliothèque augustinienne 16, Paris (1955), 65, cité in Benoit XVI, Encyclique Deus Caritas est, 19, in http://w2.vatican.va

[2] Cf. Benoit XVI, Encyclique Deus Caritas est, 19 ss.

[3] Cf. Benoit XVI, Encyclique Deus Caritas est, 25.




08/04/2019