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Droit canonique et cultures/15   

 

 


LITURGIE EUCHARISTIQUE


Forme ordinaire et forme extraordinaire

 


Il n'est pas étonnant que certains fidèles se sentent perdus à entendre parler de la forme ordinaire ou  extraordinaire de la liturgie eucharistique.

Cette terminologie se retrouve dans le magistère récent de l'Église, à la suite d'un certain nombre de questions liturgiques, qui ont exigé des décisions des Pontifes romains. Ces problèmes ont aussi conduit à la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum du Pape Benoît XVI[1], considéré par certains comme l'une des proclamations les plus controversées de son pontificat, mais dont le but était pourtant de promouvoir la réconciliation au sein de l'Église dans le domaine liturgique.

Le motu proprio a voulu rendre plus facile, en fait, l'usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme introduite par Paul VI en 1970; un usage qui exigeait jusqu'alors une autorisation spéciale de l'Évêque diocésain.

Le débat sur ce document a été récemment relancé par la publication de l'Instruction Universa Ecclesia[2] sur l'application du motu proprio précité. Ce débat, malheureusement, fait émerger parfois des positions qui ne sont pas toujours conformes à sa correcte interprétation.

L'intervention de Benoît XVI

Du point de vue canonique, une Lettre Apostolique "motu proprio data", contient des actes législatifs établis par les Pontifes romains sur leur propre initiative (proprio motu), sans une requête préalable. Elle traite des questions d'importance ecclésiale, sans avoir la solennité formelle propre aux Constitutions apostoliques.

La liturgie est une question d'importance fondamentale à laquelle le Pape actuel a consacré une attention prioritaire, afin d'assurer dans ce domaine l'unité substantielle des Églises locales avec l'Église universelle. Cette unité est, en effet, essentielle pour la catholicité, justement parce que la lex orandi de l'Église se traduit dans sa lex credendi.

 Le motu proprio Summorum Pontificum présente d'abord une historique des grandes étapes de l'évolution de la liturgie au sein de l'Église catholique, à commencer par la réforme de Grégoire le Grand, en passant par l'engagement de plusieurs Papes, y compris Pie V qui a permis l'édition de livres liturgiques restaurés et corrigés selon la tradition des Pères de l'Église, jusqu'aux Papes récents.

Significatif à cet égard a été le travail du Concile Vatican II, qui a adapté ultérieurement les rites liturgiques aux exigences de notre temps. Paul VI a approuvé, en 1970, des livres liturgiques en partie renouvelés et traduits en différentes langues modernes. Jean-Paul II a approuvé, ensuite, la troisième édition typique du Missel romain.

Le motu proprio Summorum Pontificum admet, toutefois, qu'il y a des groupes de fidèles, dans certaines régions, attachés aux formes liturgiques antérieures à la réforme de 1970; cette réalité a conduit Jean-Paul II à leur donner, par un indult spécial de la Congrégation pour le Culte Divin[3], le droit d'utiliser le Missel romain publié en 1962 par le Pape Jean XXIII. Quelques années plus tard, avec le motu proprio Ecclesia Dei, Jean-Paul II a exhorté les Évêques à utiliser cette faculté en faveur des fidèles qui l'auraient sollicité[4].

Les nouvelles dispositions

Benoît XVI affirme tout d'abord que le premier Missel romain promulgué par Paul VI doit être considérée comme l'expression ordinaire de la lex orandi de l'Église catholique de rite latin. Le Missel romain publié par Pie V et réédité par Jean XXIII, doit être considéré comme l'expression extraordinaire de la même lex orandi. Les deux expressions ne doivent pas conduire à des conflits ou à des divisions au sein de l'unique lex credendi de l'Église.

Le Pape actuel vise, par son motu proprio, à faciliter l'usage du Missel romain antérieur, tout en clarifiant les conditions dudit usage.

Dans les Messes en l'absence du peuple, ou même en présence de quelques fidèles qui le demandent spontanément, le prêtre peut célébrer selon la forme extraordinaire, sans avoir besoin de l'autorisation de l'Ordinaire. Cela vaut également pour les communautés religieuses qui, cependant, pour un usage plus continu de cette forme, doivent se référer aux dispositions des Supérieurs Majeurs.

 Dans les paroisses où il y a un "groupe stable" de fidèles spécialement liés à la tradition liturgique antérieure, le curé est invité à accueillir leur demande de célébrer la Messe selon le Missel de 1962. Le même curé doit évaluer ce qui est le bien de ces fidèles, en harmonie avec la pastorale de la paroisse, sous la direction de l'Évêque et toujours avec le souci de l'unité.

Le motu proprio a également souligné que les ministres qui célèbrent ces liturgies doivent être "idoines" (voir plus loin l'interprétation de cette expression).

Le curé peut admettre ces liturgies même aux jours de fête ou dans la célébration des sacrements, s'il juge que le bien des âmes le réclame.

L'Évêque a la possibilité d'ériger une paroisse personnelle pour la célébration selon la forme ancienne du Rite romain.

Le motu proprio renvoie enfin, pour tout problème d'interprétation ou conflit éventuel, à l'Commission pontificale Ecclesia Dei.

La Lettre d'accompagnement

Benoît XVI a accompagné le motu proprio Summorum Pontificum d'une Lettre aux Évêques, par laquelle il voulait rendre explicites les raisons du document et en donner quelques principes d'interprétation[5].

La crainte du Saint-Père était celle d'une interprétation erronée du motu proprio qui aurait porté atteinte à l'autorité du Concile Vatican II, en suscitant des doutes sur une de ses principales décisions,  notamment la réforme liturgique. Il affirme très clairement, donc, que le Missel publié par Paul VI en double édition et, ensuite, en troisième édition par Jean-Paul II, reste la forme normale et ordinaire de la liturgie eucharistique dans l'Église. Par contre, le Missel de 1962 représente plutôt sa forme extraordinaire.

Benoît XVI juge non fondées les craintes que les dispositions prises pour autoriser la forme extraordinaire du rite eucharistique, pourraient conduire à la division des communautés paroissiales; l'adhésion au rite antérieur - dit le Pape dans sa Lettre - implique une certaine formation liturgique et la maîtrise du latin, conditions qui sont peu fréquentes aujourd'hui dans les communautés de fidèles.

La préoccupation du Pape est de parvenir à une réconciliation interne, de sorte que tous ceux qui ont le désir sincère de l'unité peuvent la retrouver.

La récente Instruction

La Lettre avec laquelle Benoît XVI a accompagné le motu proprio Summorum Pontificum annonçait une période d'essai de trois ans et demandait aux Évêques de lui envoyer toute information sur d'éventuelles difficultés d'application. Cette période est à considérer close avec la publication de l'Instruction Universa Ecclesia sur l'application du motu proprio[6].

Les Instructions ont pour but, selon le Code de Droit Canonique, de rendre explicites les dispositions des lois et d'en déterminer les procédures d'exécution (cf. can. 34). L'Instruction publiée en 2011 est promulguée, donc, dans le but d'assurer l'interprétation correcte et la bonne application du motu proprio Summorum Pontificum, et de clarifier certaines notions.

Parmi celles-ci, l'expression "groupe stable" de fidèles qui souhaitent assister à la célébration de la Messe dans la forme extraordinaire. L'Instruction laisse aux Pasteurs l'appréciation du nombre de personnes requises pour former un "groupe stable", toutefois elle précise que ce groupe ne doit pas nécessairement être constitué de fidèles d'une même paroisse ; les fidèles peuvent confluer de paroisses différentes ou même de plusieurs diocèses. L'Instruction propose par rapport à ceux-ci, une attitude "d'accueil généreux".

 Le curé doit décider dans chaque cas concret, guidé toujours par un zèle pastoral. Dans le cas de petits groupes, l'Évêque peut établir une église dans le diocèse comme lieu où ces fidèles peuvent se réunir pour de telles célébrations.

Il est particulièrement important de préciser que la clarification faite par l'Instruction rappelle strictement que les fidèles qui demandent la célébration eucharistique dans sa forme extraordinaire, ne doivent en aucune façon appartenir à des groupes qui expriment des attitudes ou soutiennent des positions contraires aux conditions de validité et de légitimité de la forme ordinaire; ce serait en contradiction avec le but même du motu proprio Summorum Pontificum, notamment la réconciliation et la recomposition de l'unité.

Une autre précision de l'Instruction porte sur l'expression "prêtre idoine" pour ces célébrations extraordinaires. En effet, est considéré "idoine" le ministre qui, outre ne pas avoir des empêchements canoniques, connaît le rite à célébrer et a une bonne maîtrise du latin. Là où cela est nécessaire, l'Instruction permet le recours aux prêtres des Instituts érigées par la Commission pontificale Ecclesia Dei.

L'Instruction rappelle enfin la compétence de cette Commission, à laquelle l'on peut faire recours dans les situations de conflit au niveau diocésain; par ailleurs, les décisions de cette Commission peuvent être contestées auprès du Tribunal Suprême de la Signature Apostolique.

Confusions à éviter

Benoît XVI a pris grand soin d'éviter toute confusion et d'empêcher une interprétation erronée du motu proprio, comme en témoignent les documents que nous avons présentés.

Il faut admettre, cependant, que des postures non correctes conduisent parfois à une certaine confusion qui devient plus grave si elle est causée par des déclarations de représentants diocésains qualifiés (comme nous avons eu l'occasion de le lire, par exemple, dans une site web)[7].

En effet, la forme extraordinaire de la célébration liturgique demeure toujours une "concession" à l'égard de fidèles qui y sont particulièrement attachés; elle est à envisager comme une possibilité qui leur est offerte, dans un esprit de réconciliation, pour éviter leur "séparation" de la communauté ecclésiale.

Ne sont donc pas justifiées, des déclarations selon lesquelles le diocèse devrait désormais s'engager à veiller à ce que, dans les églises paroissiales, soit garantie une messe hebdomadaire en forme  extraordinaire et que les fidèles, qui n'ont aucun besoin et aucune aspiration vis-à-vis de cette forme, devraient y être préparés.

Doivent également être considérées comme déviantes, les déclarations, comme celles du  site déjà mentionné, qui affirment que l'autorisation de la forme extraordinaire a pour objectif une réduction progressive des différences entre les deux formes de célébration eucharistique, avec l'intention de parvenir à la fin, à l'unification des deux rites. Une telle vision s'écarte totalement de l'intention du motu proprio Summorum Pontificum.

Le Pape a demandé de ne pas exclure de la liturgie de l'Église les fidèles attachés au rite liturgique antérieure; il n'a manifesté aucun propos de vouloir unifier les deux rites, déjouant la réforme liturgique de Vatican II dont il a réaffirmé l'importance. Moins encore, il n'a pris de dispositions pour transformer la liturgie dans les communautés paroissiales, en imposant partout la célébration eucharistique dans la forme extraordinaire, ce qui la rendrait ainsi ... "ordinaire" dans les paroisses qui devraient alors si c'était le cas, se soucier de dispenser des cours de langue latine aux pauvres fidèles!

Silvia Recchi

 




____________________

[1] Benoît XVI, Lettre Apostolique, motu proprio data, Summorum Pontificum, 7 juillet 2007.

[2] Commission Pontificale Ecclesia Dei, Instruction Universa Ecclesia sur l'application de la Lettre Apostolique motu proprio data Summorum Pontificorum, 30 avril 2011.

[3] Cf. Congrégation pour le Culte Divin, Lettre Quattuor abhinc annos, 3 octobre 1984.

[4] Jean-Paul II, Lettre Apostolique, motu proprio data, Ecclesia Dei, 2 juillet 1988.

[5] Cf. Benoît XVI, Lettre aux Évêques à l'occasion de la publication de la Lettre Apostolique, motu proprio data, Summorum Pontificum, 7 juillet 2007.

[6] Cf. Commission Pontificale Ecclesia Dei, Instruction Universa Ecclesia, 30 avril 2011.

[7] Cf. http://diocesiscde.info/index.php?option=com_content&view=article&id=1965:el-papa-ha-ordenado-que-el-rito-romano-se-celebre-en-todas-las-diocesis-de-acuerdo-a-sus-dos-formas&catid=25:noticias-de-la-diocesis&Itemid=81


14/06/2012

 

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